
Dans l'enclave espagnole de Ceuta en Afrique du Nord, un groupe de migrants s'approche du poste-frontière pour regagner le Maroc, le 2 août 2026. © Henry Nicholls, AFP
Faire retomber la température : les Européens ont cherché mardi 4 août à enterrer la hache de guerre après la crise migratoire à Ceuta et les vives tensions diplomatiques qu'elle a provoquées.
L'afflux de dizaines de milliers de personnes dans cette enclave espagnole d'Afrique du Nord "nous a mis à l'épreuve", a souligné le commissaire européen chargé des questions migratoires, Magnus Brunner. "C'était une crise, mais heureusement, elle est désormais derrière nous", a-t-il souligné à l'issue d'un échange entre les 27 pays de l'UE.
L'incident est clos : voilà le message que l'UE et ses États membres ont essayé de relayer après une réunion d'urgence entre ministres de l'Intérieur. Durant plus de trois heures, ces responsables sont revenus sur l'épisode de Ceuta, qui a mis en lumière les fragilités de la coopération européenne sur les questions migratoires.
"Tous les États membres, tous sans aucune exception, ont marqué leur solidarité avec l'Espagne", a souligné le ministre français Laurent Nuñez. Une démonstration d'unité qui contraste nettement avec les vives tensions apparues au plus fort de la crise.
Fermeté contre solidarité
À coups de missives, contre-missives et d'invectives sur les réseaux sociaux, deux camps se sont opposés plusieurs jours durant. Il y avait d'un côté l'Espagne de Pedro Sanchez, dont le gouvernement défend une approche plus ouverte en matière migratoire. De l'autre, les États de l'UE partisans d'une ligne migratoire très ferme, comme l'Italie ou le Danemark.
Dès les premières photos et vidéos de migrants franchissant illégalement la frontière hispano-marocaine à pied ou à la nage, ces pays sont montés au créneau, déplorant qu'une "immigration incontrôlée" constitue "une menace pour l'Europe".
Les tensions se sont d'abord concentrées autour de l'espace Schengen, cette zone de libre circulation européenne dont l'Italie a réclamé dès jeudi que l'Espagne soit exclue – une mesure politiquement explosive et contraire au droit européen. Puis autour de divergences bien plus larges sur les questions de solidarité, de fermeté.
Le Premier ministre espagnol s'est ainsi emporté durant le week-end contre l'attitude "égoïste" de certains pays de l'UE. Quand 22 pays, emmenés par l'Italie, le Danemark, l'Allemagne ou la Hongrie, ont au contraire continué à défendre leur ligne de fermeté sur l'immigration. Et en ont profité pour promouvoir les nouvelles règles européennes, qui autorisent notamment l'envoi de migrants dans des centres situés hors des frontières de l'Union européenne.
La France a choisi de ne pas se rallier à ce camp, jugeant qu'une telle lecture revenait à instrumentaliser la crise survenue dans l'enclave espagnole. Alors que l'immense majorité des migrants ayant franchi la frontière avaient déjà été reconduits au Maroc.
Ingérences étrangères
À en croire les déclarations publiques, l'ambiance autour de toutes ces questions a été bien plus conciliante mardi.
Selon Laurent Nuñez, tous les participants à la réunion ont désormais "déploré qu'à la faveur de la circulation d'un certain nombre d'images" sur la crise de Ceuta, "on ait eu un certain nombre d'ingérences informationnelles d'États étrangers qui ont utilisé ces images pour critiquer la politique de gestion migratoire de l'Union européenne, essayer de diviser les États membres entre eux".
Soulignant qu'"aucun État membre n'avait intérêt à la division et que tous avaient intérêt à la solidarité", le ministre français a affirmé que ce qui a été dit lors de cette réunion en visioconférence était "de ce point de vue (...) très rassurant", avec des "messages de grande solidarité".
"Tous les États membres, tous sans aucune exception, ont marqué leur solidarité avec l'Espagne. Ils ont salué la gestion qui avait été celle du gouvernement espagnol" ainsi que "la coopération remarquable avec le Maroc", a-t-il aussi assuré.
Avec AFP
