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En Iran, le pouvoir traque sans relâche les manifestants de janvier
Exécutions, condamnations à mort, détentions de mineurs… Des mois après la répression des soulèvements de décembre 2025 et janvier 2026, les autorités en Iran continuent de traquer les manifestants, tandis que des familles cherchent toujours, en ce lundi 1er juin, à connaître le sort de leurs proches.
Un policier monte la garde lors d'un rassemblement d'État à Téhéran, en Iran, le 29 avril 2026. AP - Vahid Salemi

Ses proches le cherchent partout. Son nom ne figure ni sur la liste des détenus, ni parmi les victimes identifiées par l'Organisation de médecine légale iranienne. Morteza Ebrahimi, 35 ans, est porté disparu depuis le 8 janvier, date qui coïncide avec le pic des manifestations contre le régime à Téhéran.

Cette nuit-là, alors que les autorités coupent l'accès à Internet dans le pays, la répression s'abat sur plusieurs quartiers de la capitale. Des unités spéciales ouvrent le feu avec des armes de guerre contre les manifestants. Plusieurs milliers de personnes sont tuées.

Dans les jours qui suivent, les familles partent à la recherche de leurs proches disparus. Beaucoup convergent vers la morgue de Kahrizak, une banlieue au sud de Téhéran, où affluent des dizaines de corps transportés par camions frigorifiques.

Depuis, aucune nouvelle de Morteza Ebrahimi. Son cas illustre les nombreuses zones d'ombre qui continuent d'entourer la répression des soulèvements de décembre 2025 et janvier 2026.

Le difficile recensement des victimes

"Avec le déclenchement de la guerre le 28 février [contre Israël et les États-Unis], accompagné de coupures et de perturbations généralisées d'Internet, l'accès aux informations sur le statut des détenus et des prisonniers est devenu beaucoup plus difficile, aggravant encore l'anxiété des familles", écrit le site IranWire, qui documente cette disparition.

La guerre a éclaté quelques semaines à peine après des manifestations inédites en Iran, d'abord motivées par la dégradation des conditions de vie, avant de se transformer en un vaste mouvement de contestation du régime. Le conflit a également interrompu les efforts entrepris par plusieurs ONG iraniennes basées à l'étranger pour documenter l'ampleur de la répression.

Dans son dernier bilan publié fin février, l'organisation Human Rights Activists in Iran (Hrana) affirmait avoir confirmé la mort de 6 488 manifestants, dont près de 3 000 personnes encore non identifiées, répertoriées dans plusieurs listes de victimes anonymes. Plus de 11 700 signalements restaient en cours d'investigation.

Un bilan dont l'établissement reste complexe, car la répression déclenchée en janvier continue, plusieurs mois après les manifestations, à faire de nouvelles victimes.

Des pendaisons chaque semaine

Ce lundi 1er juin, Mehrdad Mohammadinia et Ashkan Maleki, deux manifestants arrêtés lors des rassemblements de janvier à Téhéran, ont été pendus à l'aube. La justice iranienne les avait condamnés à mort pour "participation à des actions opérationnelles contre la sécurité nationale" et "coopération avec des gouvernements hostiles".

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Leurs exécutions s'inscrivent dans une vague de condamnations qui se poursuit à un rythme soutenu. Accusés d'avoir attaqué les forces de sécurité ou d'intrusion dans des installations militaires, des dizaines de manifestants arrêtés pendant les soulèvements ont été condamnés à mort. Certains ayant déjà été exécutés.

Les organisations de défense des droits humains contestent la régularité de leurs procès, qu'elles jugent expéditifs et inéquitables. "Les autorités iraniennes profitent de ce qu'elles appellent des 'conditions de guerre' pour intensifier la répression de la dissidence par des arrestations arbitraires massives, des procédures judiciaires accélérées et manifestement inéquitables, des exécutions à motivation politique, des peines de prison sévères et des confiscations de biens", dénonce notamment Amnesty International.

Des adolescents derrière les barreaux

Parmi les détenus figurent également des mineurs. Dans un rapport consacré à la répression des enfants, le Center for Human Rights in Iran affirme que des centaines de jeunes iraniens ont été arrêtés arbitrairement, soumis à des disparitions forcées et privés de contact avec leurs familles et leurs avocats. L'organisation recense également 216 enfants tués pendant les manifestations.

Certains adolescents restent aujourd'hui derrière les barreaux. C'est le cas de Nima Araban, 17 ans, arrêté lors des manifestations de janvier 2026 à Naein, dans la province d'Ispahan. Il est détenu depuis plus de quatre mois dans un centre de correction et de réhabilitation pour mineurs d'Ispahan. Il avait été arrêté en même temps qu'Abbas Akbari Feyzabadi, pendu le 25 mai.

"Nima Araban a actuellement 17 ans et 9 mois, il atteindra la majorité dans environ trois mois. À la suite de l'exécution de son coaccusé, les inquiétudes de sa famille et de ses proches se sont accrues quant à la possibilité qu'il soit condamné à une lourde peine une fois majeur", a indiqué une source proche du dossier à Hrana.

Iran Wire rapporte également le cas de Diana Taherabadi, une lycéenne de 16 ans, arrêtée à son domicile fin janvier et détenue au centre de réhabilitation et de correction pour mineurs de Kachoui.

"Des sources proches de la famille de l'étudiante ont rapporté que des aveux lui auraient été extorqués lors de sa détention, une allégation qui n'a pas été vérifiée de manière indépendante. Cependant, lors de son audience, elle a rejeté les accusations portées contre elle et a déclaré n'avoir joué aucun rôle dans les faits qui lui étaient reprochés", rapporte le média.

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Ces cas contredisent les déclarations du porte-parole du ministère de l'Éducation, Ali Farhadi, qui affirmait début février à l'agence officielle ISNA que "grâce au suivi du ministre iranien de l'Éducation, aucun élève n'est resté en détention dès les premiers jours des troubles".

Les familles rendent hommage à leurs morts

D'autant qu'en parallèle, les autorités continuent de brandir la menace d'une nouvelle répression exacerbée par l'ambiance sécuritaire de la guerre. Le 13 mars, les Gardiens de la révolution ont averti que toute nouvelle mobilisation contre le pouvoir entraînerait une réponse "plus cinglante" que celle de janvier. "Aujourd'hui, l'ennemi, incapable d'atteindre ses objectifs militaires sur le terrain, cherche de nouveau à instiller la terreur et provoquer des émeutes", ont-ils déclaré.

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Malgré les risques, des familles continuent de réclamer justice et de rendre hommage aux victimes. La semaine dernière, des proches de Pajman Norooz Rajabi, athlète de 27 ans tué par les forces de sécurité le soir du 8 janvier à Shahsavar, ont transformé l'endroit où il a été abattu en mémorial improvisé.

Des fleurs ont été déposées au sol et des portraits du champion de VTT exposés pour rappeler son souvenir aux passants.