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Ukraine : un drone kamikaze dopé à l’intelligence artificielle attaque les convois russes
Souvent évoqués, mais rarement observés, les drones pilotés par intelligence artificielle sont en cours de déploiement sur le front ukrainien. Partiellement guidé par l’IA, le drone de fabrication américaine Hornet est au cœur de la nouvelle stratégie ukrainienne de ciblage de la logistique russe.
Sur cette vidéo partagée par le corps Azov de la Garde nationale ukrainienne le 16 avril 2026, un camion russe est touché par un drone Hornet ukrainien guidé par l’IA. Le véhicule est alors marqué par un carré rouge qui le désigne comme une cible potentielle. © X / azov_media

Depuis plusieurs mois, un drone rôde le long des routes logistiques russes : le Hornet. Surnommé "Martian-2" par les Russes, ce drone kamikaze de moyenne portée dispose d’un guidage partiel par intelligence artificielle.

Construit en polystyrène, ce drone d’une envergure de 2 mètres et d’une portée de plus de 100 km coûte 6 000 dollars. Il peut se faire exploser sur sa cible à une vitesse de 200 km/h et il transporte une charge utile de 4,5 kg. Le drone décolle à l’aide d’une catapulte qui le projette en l’air. Propulsé par un moteur électrique à hélice, le drone vole presque sans faire de bruit, selon des sources russes. Une fois en vol, le Hornet se pilote par l'intermédiaire de deux caméras.

Conçu aux États-Unis, le Hornet a été développé par l’entreprise américaine Perennial Autonomy fondée et financée par l’ancien PDG de Google, Eric Schmidt. Le drone est fréquemment utilisé lors des entraînements de l’US Army. Mais c’est en juillet 2025 que Perennial Authority - alors nommée Swift Beat - officialise sa collaboration avec l’État Ukrainien dans le but de lui fournir des drones. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a annoncé, le 5 mai, que l’Ukraine a quadruplé entre février et avril 2026 les sorties de drones à moyenne portée, soit à plus de 20 km.

Ukraine : un drone kamikaze dopé à l’intelligence artificielle attaque les convois russes
Ici, un drone Hornet sur sa rampe de lancement. © US Army

Une fois en territoire occupé par les Russes, l’engin serait capable de se diriger seul grâce à l’intelligence artificielle. Un système qui le rend moins vulnérable au brouillage russe. 

L’engin serait également capable d’effectuer une identification automatique de sa cible avant de la frapper. Il est cependant très difficile d’estimer avec précision le rôle joué par l’intelligence artificielle dans la prise de décision au moment de la frappe. Contacté par la rédaction des Observateurs, Perrenial Autonomy n’a pas souhaité s’exprimer sur le système de guidage du drone. L’armée ukrainienne n’a pas répondu non plus à nos sollicitations.

Des unités d’élite ukrainiennes comme Corps Azov ou la brigade Khartia partagent des images montrant le drone Hornet s’abattre sur des camions de ravitaillement russes. Sur sa chaîne Telegram, le blogueur militaire russe Alexandre Kharchenko admet volontiers que “la logistique [russe, NDLR] est fortement perturbée”. Selon lui, le Hornet permet aux Ukrainiens de frapper à une distance inédite : “jusqu'à récemment, les gars patrouillaient tranquillement à 50 km de la ligne de front. Maintenant, cette zone est sous le feu des Hornets”. 

"Le drone s'approche de sa cible silencieusement, on n'a pas le temps de réagir"

De vidéo en vidéo, un même scénario se répète. Le drone survole la zone, désigne un camion ou un matériel russe d’un carré rouge et fonce sur sa cible pour se faire exploser. 

Ukraine : un drone kamikaze dopé à l’intelligence artificielle attaque les convois russes
Un camion russe est vidé par un drone Hornet du corps Azov. © X / azov_media

Sur Telegram, un autre blogueur militaire russe décrit le mode opératoire des drones Hornet : "Dans la plupart des cas, le drone vole à basse altitude (environ 200 m) le long de nos routes, puis se fixe sur sa cible et lance une attaque. Le drone s'approche silencieusement, la plupart du temps, on n'a pas le temps de réagir".

Cette vidéo partagée le 16 avril 2026 par le corps Azov de la Garde nationale ukrainienne montre huit frappes successives sur des équipements russes. X / azov_media

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Un drone qui frappe derrière les lignes 

Le 8 mai dernier, le corps Azov déploie un drone Hornet dans la ville ukrainienne de Marioupol, occupée par les Russes. Le drone survole les portes de l’agglomération, située à plus de 100 kilomètres des premières positions ukrainiennes. 

Cette vidéo publiée par le corps Azov le 9 mai 2026 montre un drone Hornet survoler la ville occupée de Marioupol, à plus de 100 km des positions ukrainiennes. X / azov_media

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Ukraine : un drone kamikaze dopé à l’intelligence artificielle attaque les convois russes
Ici, un drone Hornet déployé par le corps Azov de la Garde nationale ukrainienne survole la porte de la ville de Marioupol occupée par les troupes russes. Localisation : 47°13'21.08"N 47°13'21.08"N © X / azov_media

Ce n'est pas la première fois qu’un Hornet s’aventure aussi loin : selon une analyse par la rédaction des Obervateurs, sur treize vidéos de frappes du drone diffusées par diverses unités ukrainiennes, neuf de ces attaques ont eu lieu à plus de 80 kilomètres de la ligne de front.  

Pour George Barros, directeur de l'innovation de l’Institute for the Study of War, le Hornet est partiellement guidé par intelligence artificielle : 

"Une fois que le Hornet est entré en territoire russe, son guidage partiel par intelligence artificielle peut lui permettre de choisir seul sa cible. Même sans connexion avec le pilote, le drone peut reconnaître un camion ou un blindé russe. Cela le rend donc imperméable au brouillage, car il ne dépend plus du signal qui permet au pilote de la guider. 

Le Hornet est également capable de voler seul dans les derniers mètres de l’attaque grâce à l’intelligence artificielle. C’est assez utile parce que certains véhicules russes sont équipés de brouilleurs. Mais on ne connaît pas en détail le rôle de l’IA dans le fonctionnement du drone.“

Selon le chercheur, ce système permet au drone de frapper en profondeur derrière les lignes russes, notamment dans la région de Marioupol : 

"Marioupol est un nœud logistique important avec de nombreuses routes reliant le sud de l'Ukraine à la région de Donetsk. Il y a beaucoup d'hommes et de munitions qui transitent par cette région. 

Avec les petits drones kamikazes type FPV, ils pouvaient déjà toucher les positions russes situées à 30 km du front. Au moyen de missiles et de drones à longue portée, ils peuvent frapper des raffineries russes à des centaines, voire des milliers de kilomètres. Mais il y a un vide opérationnel ukrainien entre 30 km et 120 km, ce qui permet aux Russes de déployer leur logistique pour planifier leurs assauts. C'est dans cet espace nommé 'profondeur intermédiaire' que les ukrainiens essaient d'agir."

Quand une organisation russe désosse le drone 

Selon la chaîne Telegram russe Ghost_Malleus_Maleficarum, spécialisée dans l’analyse technique des drones ukrainiens, le Hornet dispose "d'un haut taux de réussite de 80 %". Les Russes ont donc rarement l’occasion de désosser l’engin. C'est pourtant ce qu'ont pu faire les volontaires de Centre de coordination pour l’aide à la Novorussie (KCPN), une organisation qui forme les soldats russes au maniement des drones. Les volontaires de cette structure ont rédigé un rapport d’une centaine pages sur les composants présents dans le drone Hornet.

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Dans leur rapport l’association KCPN décortique pièce par pièce le drone Hornet. © kcpn.info

Le document évoque le recours à l’intelligence artificielle et mentionne la présence d’un processeur Qualcom, une pièce capable de traiter les données de plusieurs caméras présentes sur l’engin à l’aide de l’intelligence artificielle. 

Pour le blogueur militaire russe UAVDEV, le signal permettant de piloter le drone à distance serait situé sur la même plage que les bande du Wi-Fi civil. Le Hornet camoufle ainsi son signal dans les ondes civiles, contournant les systèmes de guerre électronique russes qui ne brouillent pas les Wi-Fi non militaires.

Ukraine : un drone kamikaze dopé à l’intelligence artificielle attaque les convois russes
Ici, les antennes du drone placées dans les ailes de l’appareil photographiées par les russes. © kcpn.info

De l’aveu même des blogueurs militaires russes, les détecteurs de drones en service dans l’armée russe auraient des "zones aveugles" couvrant les fréquences radios utilisées par le  Hornet. Selon KCPN, les Ukrainiens auraient récupéré et analysé des détecteurs russes afin d’adapter les liaisons avec ces nouveaux drones. Le rapport fustige les concepteurs de brouilleurs russes qui ne font pas état de leurs failles face aux drones ukrainiens. 

Mais George Barros, la guerre électronique n’est pas en mesure de pallier la menace des drones : 

"Les brouilleurs ne peuvent pas être efficaces à 100 % contre les drones. Ils ne peuvent opérer que sur des fréquences limitées, c’est impossible de brouiller toutes les fréquences à la fois. Un brouilleur peut couper les signaux dans une zone géographique limitée par sa portée, il faut donc faire des choix. Ces engins ne peuvent pas non plus fonctionner 24 heures durant car ils doivent être rechargés. 

Il n’y a donc pas de solution miracle. Les Russes vont devoir ajuster l'ensemble de leur chaîne logistique s'ils veulent protéger leurs arrières."