
Des policiers montent la garde alors que la rue menant à l'Élysée est bloquée lors d'une perquisition au domicile de l'ancien responsable de la sécurité présidentielle Alexandre Benalla, inculpé pour participation à une bande, à Paris, le 25 juillet 2018. © Bertrand Guay, AFP
Après une première tentative infructueuse mi-avril, une perquisition a été menée jeudi 21 mai au palais de l'Elysée dans le cadre des investigations sur l'attribution des cérémonies d'entrée au Panthéon, une première depuis l'affaire Benalla en 2018.
"Des opérations de perquisitions ont eu lieu le 21 mai dans des locaux de l'Elysée, dans le cadre de l'information judiciaire visant notamment les conditions d'attribution de certains marchés publics relatifs à l'organisation de cérémonies de panthéonisation par le Centre des monuments nationaux (CMN)", a expliqué le Parquet national financier (PNF) à l'AFP, confirmant une information du Monde.
"Ces opérations ont été précédées d'échanges institutionnels afin d'en permettre le déroulement", a-t-il précisé.
Interrogé par l'AFP, l'Elysée s'est refusé à tout commentaire.
"Favoritisme, prise illégale d'intérêt, corruption et trafic d'influence"
Le 14 avril, les enquêteurs et magistrats du PNF n'avaient pas été autorisés à accéder au palais présidentiel lors de leur première tentative de perquisition.
Ils s'étaient vu opposer "une analyse selon laquelle l'article 67 de la Constitution emporterait l'inviolabilité des locaux rattachés à la présidence de la République", avait expliqué le procureur de la République financier, Pascal Prache, dans un communiqué.

Selon l'article 67 de la Constitution, le président de la République n'est, en règle générale, pas responsable des actes accomplis en cette qualité. Il ne peut, durant son mandat et devant aucune juridiction ou autorité administrative française, être requis de témoigner ni faire l'objet d'une action, d'un acte d'information, d'instruction ou de poursuite.
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Le 14 avril, il avait été indiqué aux enquêteurs que "les documents des agents de l'Élysée, détachables de l'activité du chef de l'Etat, et ainsi communicables, leur seraient transmis sur demande", selon Pascal Prache.
La perquisition a été menée dans le cadre d'une information judiciaire ouverte en octobre 2025 pour "favoritisme, prise illégale d'intérêt, corruption et trafic d'influence". Au cœur des investigations, les conditions d'attribution de certains marchés publics relatifs à l'organisation de cérémonies de panthéonisation.
"2 millions d'euros"
Selon Le Canard Enchaîné, qui a révélé l'affaire, les enquêteurs s'interrogent sur le choix de la société Shortcut Events pour organiser ces cérémonies d'entrée au Panthéon des femmes et hommes illustres pendant 22 ans, jusqu'à l'hommage à Missak Manouchian en 2024.

Chaque panthéonisation a été facturée à l'Etat "autour de 2 millions d'euros", assure l'hebdomadaire satirique.
Shortcut Events est également derrière l'organisation de plusieurs événements, comme le 80e anniversaire du Débarquement à Omaha Beach, en Normandie, en juin 2024.
"Chargée d'organiser des cérémonies de panthéonisation dès 2002, la société Shortcut Events a pleinement profité de la multiplication des hommages nationaux sous la présidence d'Emmanuel Macron en remportant systématiquement les appels d'offres", écrivait le journal Le Monde le 14 avril.
Le CMN a attribué, en 2025, la cérémonie d'entrée de Robert Badinter au Panthéon --d'une valeur de 2,4 millions d'euros selon Le Monde-- à une autre agence, Auditoire, mettant ainsi fin à la série de marchés remportés par Shortcut Events.

Le procureur financier avait fait état le 14 avril d'"opérations de perquisition visant divers lieux, dont des services de la présidence de la République ainsi que des domiciles", sans davantage de détails.
Les investigations sont confiées à la Brigade financière et anticorruption de la police judiciaire parisienne.
En amont de l'information judiciaire, le PNF avait diligenté une enquête préliminaire en décembre 2023.
La dernière perquisition à l'Elysée remontait au 25 juillet 2018, dans l'affaire Benalla, sous le premier mandat d'Emmanuel Macron. Alexandre Benalla, un collaborateur du chef de l'Etat, venait alors d'être mis en examen pour des violences commises à la fin d'une manifestation le 1er mai. Il a depuis été condamné à un an de prison ferme.
Avec AFP
