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Bolivie : la contestation contre le président s'accentue, violents heurts à La Paz
Policiers et manifestants se sont violemment affrontés à La Paz, capitale administrative de la Bolivie, coupée du reste du pays par des barrages routiers, alors que la contestation contre le président Rodrigo Paz s'intensifie. Paysans, ouvriers, mineurs et enseignants dénoncent la pire crise économique qu'ait connue le pays depuis quatre décennies.
Des policiers antiémeutes lancent des grenades lacrymogènes sur des manifestants lors d'une protestation réclamant la démission du président bolivien Rodrigo Paz, le 18 mai 2026 à La Paz. © Aizar Raldes, AFP

Rodrigo Paz face à la pression de la rue. À peine six mois après son arrivée au pouvoir, la contestation contre le nouveau président ne faiblit pas en Bolivie où des violences ont éclaté dans la capitale administrative La Paz. 

Le dirigeant de centre droit fait face à une pression croissante de paysans, ouvriers, mineurs et enseignants, qui dénoncent la pire crise économique qu'ait connue le pays depuis quatre décennies.

Armés d'explosifs artisanaux, de bâtons et de pierres, des manifestants ont tenté d'entrer sur la place Murillo, où se trouve le palais présidentiel, a constaté l'AFP. Des centaines de policiers antiémeutes les ont repoussés à coups de gaz lacrymogène.

"Nous voulons qu'il démissionne parce qu'il est incapable. La Bolivie vit un moment de chaos", a déclaré à l'AFP Ivan Alarcon, un paysan aymara de 60 ans, en référence au président Paz.

Le parquet a annoncé avoir ordonné l'arrestation du chef du principal syndicat ouvrier du pays, Mario Argollo, l'un des leaders des manifestations, accusé notamment "d'incitation publique à commettre des délits" et de "terrorisme".

Un groupe de manifestants a pillé un bureau du registre national des biens, emportant du mobilier, des ordinateurs et d'autres équipements, selon des images diffusées par le gouvernement.

En fin d'après-midi, le calme est revenu dans la ville.

Les autorités n'avaient pas encore communiqué de bilan des interpellations, mais la chaîne Unitel a fait état de plus d'une centaine d'arrestations.

L'AFP a constaté qu'au moins deux personnes avaient été blessées.

Le gouvernement accuse l'ancien président socialiste Evo Morales (2006-2019), sous le coup d'un mandat d'arrêt dans une affaire de traite présumée d'une mineure, d'être derrière les troubles.

Les manifestants sont des "opérateurs politiques" utilisés par le leader cocalero pour tenter de revenir "au pouvoir", a déclaré à la chaîne Red Uno le ministre de l'Économie, José Gabriel Espinoza.

Barrages routiers autour de La Paz

Des partisans de Evo Morales sont arrivés lundi à La Paz après sept jours de marche depuis le département d'Oruro, réclamant eux aussi le départ du président Paz.

Certains craignent qu'il soit prochainement arrêté. Depuis 2024, il vit retranché dans son fief politique du Chapare.

Sur son compte X, Evo Morales a exprimé sa solidarité avec les manifestants et qualifié Mario Argollo ainsi que d'autres dirigeants syndicaux de victimes d'une "brutale persécution".

La mobilisation s'accompagne depuis plus de deux semaines de barrages routiers qui paralysent les accès à La Paz. L'organisme public Administradora Boliviana de Carreteras recensait lundi soir au moins 32 points de blocage dans tout le pays.

Samedi, policiers et militaires avaient réussi à rouvrir temporairement certaines routes d'accès à La Paz après des affrontements avec des manifestants. Mais les protestataires ont repris le contrôle de plusieurs points de blocage le jour même.

Le vice-ministre de l'Intérieur et de la Police, Hernan Paredes, a indiqué qu'un manifestant était mort lors de ces affrontements après être tombé dans un fossé.

Le gouvernement a annoncé qu'il interviendrait de nouveau mardi sur les routes bloquées afin de mettre en place un nouveau "corridor humanitaire" pendant six heures.

La semaine dernière déjà, plusieurs manifestations antigouvernementales avaient secoué La Paz, sur fond de pénuries de carburant et de forte inflation.

La Bolivie traverse sa pire crise économique depuis les années 1980. Le pays a épuisé ses réserves de dollars pour financer les subventions aux carburants, supprimées en décembre. L'inflation sur un an a atteint 14 % en avril.

Avec AFP