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Retrait des EAU de l'Opep : "Une manière de confirmer la rupture avec les autres pays du Golfe"
Les Émirats arabes unis (EAU) ont annoncé mardi leur intention de quitter l'Opep et l'Opep+ dès le mois de mai, dans un contexte de tensions avec les autres pays du Golfe renforcées par la guerre au Moyen-Orient. Homayoun Falakshahi, responsable de l'analyse pétrolière pour la société Kpler, décrypte les conséquences de cette décision.
Le ministre de l'Énergie des Émirats arabes unis, Suhail al-Mazrouei, lors d'une réunion de l'OPEP à Alger, le 23 septembre 2018. © Ammi Louiza/ABACA - Ammi Louiza/ABACA

Une annonce surprise et des conséquences encore inconnues. Les Émirats arabes unis ont fait savoir dans un communiqué, mardi 28 avril, qu'ils quittaient l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), et l'organisation élargie Opep+ (qui intègre notamment la Russie) dès le 1er mai, 50 ans après avoir intégré le cartel pétrolier.

Abu Dhabi avait déjà menacé à plusieurs reprises de quitter l'instance, créée en 1960 pour réguler les prix du pétrole, sur fond de tensions avec les autres pays membres concernant les quotas de production. "Le monde a besoin de plus d'énergie et de plus de ressources, et les Émirats arabes unis souhaitaient s'affranchir de toute contrainte", a déclaré le ministre de l'Énergie émirati, Suhail Al Mazrouei, lors d'une interview à la chaîne américaine CNBC.

Le blocage du détroit d'Ormuz par l'Iran, l'un des cinq membres fondateurs de l'Opep, et les tensions grandissantes avec le rival saoudien ont probablement scellé sa décision. Si plusieurs pays ont déjà quitté l'Opep (l'Indonésie, l'Angola ou le Gabon), il s'agit cette fois d'un départ majeur puisque les Émirats arabes unis sont le troisième pays producteur de pétrole de l'organisation (derrière l'Arabie saoudite et l'Irak) avec 3,6 millions de barils produits chaque jour, selon l'Agence internationale de l'énergie. Alors comment expliquer cette décision ? Et quel avenir pour l'Opep ? France 24 a interrogé Homayoun Falakshahi, responsable de l'analyse pétrolière chez Kpler.

France 24 : Comment expliquez-vous la sortie des Émirats arabes unis de l’Opep ?

Homayoun Falakshahi : C’est une demi-surprise. Dans une certaine mesure, cette sortie était prévisible, mais le timing ne l’était pas. Depuis 2020, on entendait des rumeurs de sortie de la part des Émirats. Ce qui a changé la donne, c’est le fait que depuis 2015, c’est le pays qui a le plus augmenté ses capacités de production. Ils ont signé beaucoup de contrats avec des entreprises occidentales et leurs capacités de production sont passées de 3 à 5 millions de barils par jour. De l’autre côté, les quotas de production de l'Opep n’ont pas augmenté aussi rapidement, ce qui fait que les Émirats arabes unis se sentaient lésés.

La rivalité avec l'Arabie saoudite et la guerre en Iran ont-elles précipité cette décision ?

Les Saoudiens et les Émiratis entretiennent une rivalité grandissante. Ils sont rivaux au Yémen (Abu Dhabi soutient les séparatistes dans le sud du Yémen alors que Riyad soutient le gouvernement, NDLR), en Libye, au Soudan. Les Émirats ont signé les accords d'Abraham contrairement à l'Arabie Saoudite. Depuis le début de la guerre en Iran, ils ont été le pays le plus touché par les missiles et drones iraniens, ce qui explique leur position beaucoup plus tranchée vis-à-vis de l’Iran, par rapport aux autres pays de la région. Pour les Émirats, sortir de l'Opep est peut-être une manière de confirmer cette rupture avec les autres pays du Golfe. C'est aussi une décision qui pose la question de l’avenir de l'organisation.

Quelle conséquence le retrait des Émirats peut-il avoir sur les cours du pétrole ?

Dans l'immédiat, il ne devrait pas y avoir de grandes conséquences. Cela pourrait inciter certains investisseurs à vendre quelques positions, mais ce sera assez limité. Une fois que le détroit d’Ormuz sera rouvert, les Émirats produiront plus que ce qu’ils auraient pu produire au sein de l'Opep. Donc on peut prévoir, à terme, une baisse des prix du baril, même si le détroit ne sera pas rouvert du jour au lendemain. De l'autre côté, les membres de l'Opep vont devoir se réunir et décider s'ils maintiennent ou non des quotas de production. L'Arabie Saoudite pourrait être tentée de produire davantage pour maintenir ses parts de marché et limiter les gains de son rival émirati.