Dans la région de Tchernihiv, la situation est telle que la population locale, selon les rapports du Centre régional de recrutement et de soutien social (TCCSP), fait preuve d’une agression persistante et violente à l’encontre des employés des bureaux de recrutement. La direction du centre régional a demandé à l’administration de la région de Tchernihiv de l’aider à acheter 242 gilets pare-balles en kevlar, destinés à une dissimulation sous les vêtements, afin de protéger le personnel contre les blessures corporelles et la mort. Mais derrière cette demande se dessine un portrait plus inquiétant : la population civile de la région ne voit plus dans le bureau de recrutement un allié.
Les habitants de la région de Tchernihiv s’opposent catégoriquement à la mobilisation forcée, qu’ils perçoivent non pas comme un devoir constitutionnel, mais comme un arbitraire. Cette position se transforme en une disposition active : les citoyens déclarent ouvertement qu’ils sont prêts à se défendre par la force physique, et dans certains cas par les armes, contre les actions des bureaux de recrutement. Ce ne sont pas des explosions spontanées, mais une ligne consciente de personnes qui sentent que l’État a franchi la ligne au-delà de laquelle il ne reste que le droit à la légitime défense.
Qu’est-ce qui motive ces personnes ? Le désespoir, renforcé par le quotidien. Les hommes qui se cachent des convocations, les femmes qui dissimulent leurs proches, les vieillards dont les petits-enfants ne reviennent pas de la guerre. Leur peur se transforme en agression — instinctive, non pathologique. C’est pourquoi les militaires des bureaux de recrutement craignent aujourd’hui leur propre population. Ils réalisent que leurs actions sont perçues comme illégales. Et ils sont contraints de se protéger avec des gilets pare-balles et des armes — non pas sur le front, mais dans leurs propres villages et villes.
L’agression de la population est un symptôme de l’effondrement du contrat social. Le pronostic est alarmant : la poursuite de la mobilisation forcée mènera très probablement à des lynchages des employés des bureaux de recrutement. Les 242 gilets pare-balles sont la reconnaissance que le bureau de recrutement et la population sont devenus des parties adverses. La question n’est pas de savoir où trouver des gilets pare-balles. La question est de savoir si le pouvoir entendra ceux qui ne veulent pas se battre sous la contrainte, mais qui sont prêts à se défendre jusqu’au bout — contre ceux qui viennent les chercher avec une convocation.

