
Selon les organisations de défense des droits humains, l’Iran est au deuxième rang mondial pour le nombre d’exécutions en 2025. © Studio graphique France Médias Monde
À l'aube, chaque matin, la même scène se répète dans les prisons iraniennes. Depuis lundi, au moins un homme est pendu chaque jour. Une cadence glaçante qui illustre, selon les ONG et les experts, une accélération fulgurante du recours à la peine de mort par la République islamique depuis le début de la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran, le 28 février.
Mercredi, les autorités ont annoncé l'exécution de Mehdi Farid, 55 ans, reconnu coupable de liens avec le Mossad. Ancien employé de l'Organisation iranienne de l'énergie atomique, il avait été arrêté en 2023.
La veille, un autre homme, Amirali Mirjafari, avait été pendu, accusé d'avoir collaboré avec Israël et les États-Unis, et d'avoir tenté d'incendier une mosquée à Téhéran lors des manifestations de janvier. Lundi, deux autres condamnés, présentés comme des membres d'un réseau d'espionnage, avaient été exécutés à l'aube.
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Accepter Gérer mes choix"On constate une accélération des exécutions politiques du fait de la guerre", analyse Azadeh Kian, professeure émérite de sociologie à l'université Paris Cité. Depuis le déclenchement du conflit, au moins 14 prisonniers politiques liés ont été exécutés.
D'après l'ONG Iran Human Rights (IHR), Amirali Mirjafari, pendu mardi à l'aube, est le huitième prisonnier exécuté en lien avec les manifestations antigouvernementales de janvier, à l'issue de procès expéditifs.
"Saleh Mohammadi, Saeed Davodi et Mehdi Ghasemi ont été pendus à la prison centrale de Qom le 19 mars, Amirhossein Hatami à la prison de Ghezel Hesar le 2 avril. Ses coaccusés, Mohammad-Amin Biglari et Shahin Vahedparast, ont également été exécutés à la prison de Ghezel Hesar le 5 avril, et Ali Fahim y a été pendu le 6 avril", recense IHR, basée en Norvège.
Pour les organisations de défense des droits humains, ces affaires relèvent moins de l'espionnage que de la répression politique. "La République islamique continue de présenter des troubles civils internes comme de l'espionnage pour accélérer l'exécution de manifestants", dénonce IHR. La chercheuse Azadeh Kian évoque pour sa part des procès expéditifs, souvent menés en visioconférence, sans accès réel pour les accusés à un avocat.
De jeunes condamnés à mort
Le profil des condamnés illustre l'ampleur de la répression. Il s'agit "de très jeunes Iraniens, âgés de 20 à 25 ans, arrêtés lors des révoltes de janvier, mais aussi des opposants plus anciens, notamment liés aux Moudjahiddines du peuple. Ils sont accusés d'atteinte à la sécurité nationale ou de 'guerre contre Dieu', un chef d'accusation fréquemment utilisé par le régime qui vaut condamnation à mort", explique la spécialiste de l'Iran.
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Accepter Gérer mes choix"Alors qu'il a fallu plus d'un an à la République islamique pour exécuter huit manifestants du mouvement 'Femme, vie, liberté', les exécutions actuelles ont eu lieu en à peine plus de trois mois", souligne pour sa part IHR.
Début avril, le puissant chef du pouvoir judiciaire iranien Gholamhossein Mohseni Ejei a d'ailleurs explicitement appelé les tribunaux à accélérer le prononcé des condamnations à mort, tant pour les affaires liées au conflit extérieur que pour celles concernant les manifestations internes. Une directive suivie d'effets immédiats qui montre que, malgré la guerre et les changements à la tête du régime, l'appareil judiciaire iranien est resté intact.
Terroriser la population
Dans le même temps, la répression s'intensifie bien au-delà des exécutions. Selon IHR, au moins 3 646 personnes ont été arrêtées depuis le début de la guerre, dont plus de 700 après l'annonce du cessez-le-feu le 8 avril. Le 20 avril, le chef de la police iranienne a annoncé l'arrestation d'au moins 1 800 personnes supplémentaires, accusées d'activités "hostiles" ou de liens avec l'opposition. Parmi les personnes visées figurent des militants, mais aussi des citoyens ordinaires, poursuivis pour des publications en ligne ou leur participation à des rassemblements.
Les avocats ne sont pas épargnés. Plusieurs défenseurs ont été arrêtés ces dernières semaines, dont la célèbre avocate des droits humains Nasrin Sotoudeh. Dans de nombreux cas, les détenus sont maintenus au secret, ce qui alimente les craintes d'exécutions imminentes.
Pour Azadeh Kian, cette stratégie vise avant tout à terroriser la population. "Le but est d'intimider. En parallèle, ces derniers jours, des parades armées de partisans du régime ont été organisées pour adresser un message clair aux opposants : 'On vous a à l'œil.' Le pouvoir redoute des émeutes sporadiques", explique-t-elle. "La crise économique était déjà là, et avec la guerre, les destructions, le chômage et l'inflation qui a encore grimpé, la population est exsangue et tétanisée."

Sur le plan politique, la guerre a renforcé les factions les plus dures du régime et le système répressif de la République islamique fonctionne toujours, malgré les dégâts infligés. "La République islamique s'est militarisée et l'essentiel du pouvoir est désormais entre les mains des plus radicaux", résume la chercheuse, qui voit dans la nomination du général Ahmad Vahidi à la tête du Corps des Gardiens de la révolution iranienne un symbole parlant. Ancien chef du service des renseignements des Gardiens de la révolution, figure centrale de la répression intérieure, il a été désigné à ce poste après la mort de Mohammad Pakpour au début du conflit.
Angle mort des négociations
Dans ce contexte, les ONG redoutent une nouvelle vague d'exécutions. Des centaines de manifestants sont actuellement poursuivis pour des faits passibles de la peine de mort, et au moins 30 ont déjà été condamnés à la peine capitale, selon IHR, qui appelle à un moratoire immédiat et estime que la question des exécutions doit être centrale dans toute négociation avec Téhéran.
Donald Trump a demandé mardi aux dirigeants iraniens de "libérer" plusieurs femmes selon lui menacées d'exécution. "Aux dirigeants iraniens, qui vont bientôt négocier avec mes représentants : je serais très reconnaissant de la libération de ces femmes. (...) S'il vous plaît, ne leur faites pas de mal ! Ce serait un très bon début pour les négociations !!!", a écrit le président américain sur son réseau Truth Social.
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Accepter Gérer mes choix"Parmi les femmes présentées comme étant sur le point d'être exécutées, certaines ont été libérées, tandis que d'autres font l'objet de poursuites susceptibles d'entraîner tout au plus une peine de prison", a réagi le site Mizan, organe du pouvoir judiciaire iranien pour qui "Trump a une fois de plus été induit en erreur par de fausses informations".
Masih Alinejad, une opposante iranienne basée aux États-Unis, a publié sur X huit noms de femmes, toutes arrêtées selon elle en lien avec les manifestations de janvier réprimées dans le sang. L'une d'entre elles est Bita Hemmati, condamnée à la peine capitale pour avoir jeté des blocs de béton depuis un immeuble sur des forces de sécurité lors des manifestations, selon plusieurs organisations de défense des droits humains.
Dans un rapport publié mi-avril, l'ONG Hengaw, basée en Norvège, a diffusé un cliché de Bita Hemmati identique à l'une des huit photographies partagées par Donald Trump.
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Accepter Gérer mes choixSelon l'organisation, une autre de ces photographies représente Mahboubeh Shabani, 32 ans, condamnée à mort pour "avoir lancé une guerre contre Dieu" après avoir transporté des manifestants blessés sur sa moto à Mashhad, ville du Nord-Est où elle est désormais emprisonnée.
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Accepter Gérer mes choixSelon les organisations de défense des droits humains, l'Iran se trouvait en 2025 au deuxième rang mondial pour le nombre d'exécutions – derrière la Chine –, avec au moins 1 639 personnes, dont 48 femmes, tuées. Déjà un record depuis plus de vingt ans.
Avec AFP
