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RéessayerLes États‑Unis et Israël ont mené, samedi 28 février, une série de frappes contre l’Iran. La République islamique a répliqué par des tirs de missiles, faisant craindre une nouvelle escalade dans la région.
Des explosions ont été signalées dans plusieurs villes du Golfe abritant notamment des bases américaines, et de nombreux pays de la région ont fermé leur espace aérien, entraînant des annulations de vols en série en provenance et à destination du Moyen-Orient.
Le régime iranien a-t-il les capacités de tenir ? Décryptage avec Joseph Bahout, professeur de sciences politiques et directeur de l'Institut Issam Fares de politiques publiques et d'affaires internationales à l'Université américaine de Beyrouth.
France 24 : La riposte iranienne à cette opération majeure d'Israël et des États-Unis ne s'est pas fait attendre ?
Joseph Bahout : Elle a été très rapide et c'est une des différences majeures avec la séquence de juin 2025 [la guerre dite "des 12 jours" entre Israël et l’Iran, NDLR]. C'était plus ou moins attendu. Il y a quelques semaines déjà, l'Iran, mais aussi ses alliés dans la région, ont envoyé plusieurs signaux indiquant que toute frappe serait considérée comme le début d'une guerre régionale. Au Liban, le Hezbollah avait prévenu que si, cette fois, c'était le régime qui était menacé, alors la région entière serait prise dans le feu iranien. Je crois que Téhéran a très vite compris la teneur du message délivré par le président américain Donald Trump ce matin. Un message dans lequel les buts de guerre ne sont pas limités cette fois-ci à ramener l'Iran à la table des négociations. C'est plus largement l'existence même du régime qui est en jeu. Il l'a dit. Et les frappes américaines le montrent, puisqu'il y a un ciblage de l'élite politique et militaire iranienne.
Jusqu’ici, presque tous les pays du Golfe ont été atteints : le Qatar, le Koweït, l'Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et la Jordanie. Et je crois aussi que le Liban va rentrer dans ce cycle-là. On est dans une séquence beaucoup plus large que celle de 2025. Reste à savoir si on est dans quelque chose de définitif.
Voyez-vous une différence entre la prise de parole de Donald Trump et celle de Benjamin Netanyahu ?
Ce qui est frappant dans le discours de Donald Trump, c'est qu'il remonte dans la liste des comptes à régler avec l'Iran au début de la révolution islamique iranienne, en 1979, puisqu'il a rappelé la prise d'otages de l'ambassade américaine à Téhéran. Il évoque ensuite le très grand contentieux qui avait été un peu oublié entre les États-Unis et l'Iran, celui des attaques de 1983 contre l'ambassade américaine au Liban et contre les Marines à Beyrouth, qui avaient aussi fait des morts parmi les parachutistes français. On a l'impression que cette fois, Donald Trump est en train de régler l'ensemble de ces comptes. La différence avec juin 2025, c’est qu'il s’agissait d’une guerre israélienne contre l'Iran, les États-Unis n’étant intervenus qu’au dixième jour pour y mettre fin. Là, c'est une guerre américaine.
Dans le discours israélien, évidemment, il y a depuis le début, en juin, la volonté d'entraîner les États-Unis dans une guerre totale avec changement de régime, ce à quoi Trump se refusait jusque-là. Là, il a l'air d'y avoir été amené dans les dernières heures ou dans les derniers jours, pour des raisons qu'il va encore falloir élucider. Jusqu'à hier soir, Washington penchait en faveur d’une guerre limitée qui amènerait l'Iran à la négociation. Aujourd'hui, on est dans une autre focale, que ce soit en Israël ou aux États-Unis. Et c'est pour ça, encore une fois, que je crois que l'Iran ne s'est pas trompé et a choisi très très vite de répondre au plus haut niveau.
Pensez-vous que l'Iran a les moyens d'une longue guerre ?
Une guerre durable, si elle est asymétrique et je dirais une guerre du faible au fort, peut-être. La grande question est de savoir si les États-Unis et Israël ont les moyens de décapiter le commandement iranien, qu'il soit politique ou militaire. Le régime iranien a la possibilité et la capacité de faire très mal à la région. Il peut frapper les bases américaines. C'est ce qu'il est en train de faire. Il peut frapper les installations pétrolières et gazières en Arabie saoudite, dans les Émirats arabes unis, au Qatar, etc. Si le régime iranien se convainc dans les heures qui viennent qu’il s'agit cette fois de la bataille finale et que c'est sa tête qui est en jeu, je crois qu'il ne reculera devant rien.
Donald Trump, par nature, déteste les opérations longues, compliquées, complexes. Il rêvait en juin et il rêve encore d'une frappe rapide, décisive et définitive contre l'Iran. Tous les spécialistes de l'Iran disent que c'est très loin d'être facilement atteignable. Je ne sais pas ce qu'il a en stock, on va le voir très rapidement. Mais c'est sûr que l'Iran a des alliés dans la région. Les Houthis au Yémen, ce matin, sont entrés en action. Probablement que le Hezbollah va annoncer quelque chose. Si on va dans cette configuration-là, je crois que ce n'est plus seulement une guerre iranienne stricto sensu, mais c'est tout le Moyen-Orient qui va être pris dans le brasier.
