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RéessayerLe Louvre change de tête. Emmanuel Macron a nommé, mercredi 25 février en Conseil des ministres, Christophe Leribault à la présidence du musée le plus visité au monde. Jusqu’ici à la tête du Château de Versailles, il succède à Laurence des Cars, qui a présenté sa démission la veille, après le cambriolage retentissant du 19 octobre et des mois de tensions internes.
Dans un communiqué, le ministère de la Culture dit sa confiance en Christophe Leribault, convaincu qu’il saura "s’appuyer sur l’ensemble des forces vives du musée" pour ouvrir "une nouvelle page" de l’histoire de l’institution.
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Un habitué des grandes maisons
Historien de l’art, conservateur général du patrimoine, Christophe Leribault, 62 ans, n’est pas un inconnu dans le paysage des musées français. Depuis février 2024, il présidait le Château de Versailles, l’un des postes les plus convoités de la culture en France.
Il connaît aussi déjà la pyramide du Louvre : entre 2006 et 2012, il y fut directeur adjoint du département des arts graphiques. Diplômé de la Sorbonne, il débute sa carrière au musée Carnavalet (1990-2006), consacré à l’histoire de Paris, avant de diriger le musée national Eugène Delacroix. En 2012, il prend la tête du Petit Palais, qu’il dynamise grâce à une programmation remarquée et une politique d’ouverture à l’art contemporain.
En 2021, il succède déjà à Laurence des Cars à la présidence des musées d’Orsay et de l’Orangerie. À la tête du musée d'Orsay, il relance la fréquentation après la crise sanitaire de Covid-19, notamment grâce à des expositions "blockbusters", comme celles consacrées à Edvard Munch ou à Van Gogh à Auvers-sur-Oise.
Élu à l’Académie des beaux-arts en 2023, spécialiste du XVIIIe siècle, il revendique une approche ouverte du patrimoine. "Je ne souhaite pas faire que du Louis XIV", le roi à l'origine du château de Versailles, explique-t-il au Figaro en juin 2025.
Sous sa présidence, le château de Versailles accueille notamment les épreuves hippiques des Jeux olympiques et paralympiques de 2024 et poursuit les grands projets de restauration et d'ouverture à l'art contemporain.
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Une démission sous pression
Laurence des Cars, nommée fin 2021, devait théoriquement rester en poste jusqu’en 2026. Mais le spectaculaire vol des joyaux de la Couronne dans la galerie d’Apollon a précipité sa chute.
Le 19 octobre 2025, un commando s’est emparé en plein jour de huit pièces estimées à 88 millions d’euros. L’affaire a provoqué une onde de choc mondiale et mis en lumière des failles majeures dans les dispositifs de sécurité du musée, qui accueille quelque neuf millions de visiteurs par an.
Une série de rapports a pointé une "sous-estimation chronique" des risques de vol et l’obsolescence des dispositifs de sûreté, ainsi que la priorité donnée à des "opérations visibles et attractives" au détriment de la sécurité. La présidente sortante a également reconnu n’avoir pris connaissance d’un audit alarmant sur la vulnérabilité de la galerie qu’après le cambriolage.
À cette crise sécuritaire s’est ajoutée une défiance politique et sociale croissante. La dirigeante semblait aussi avoir été lâchée par sa ministre de tutelle, Rachida Dati, elle-même en partance du gouvernement pour briguer la mairie de Paris, et qui avait pourtant refusé sa démission au lendemain du braquage.
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Un chantier colossal et un climat social explosif
Christophe Leribault arrive dans une institution fragilisée. Sa priorité : "conduire des chantiers majeurs pour l'avenir de l'institution" comme "la sécurisation et la modernisation", a déclaré la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon.
Le climat interne est tout aussi tendu. Depuis la mi-décembre, les agents mènent le plus long conflit social de l’histoire du musée. Ils dénoncent leurs conditions de travail et l’absence de dialogue, dans un établissement miné par la surfréquentation et le vieillissement des infrastructures. Plusieurs fermetures ponctuelles ont déjà entraîné des pertes de recettes estimées à quelques deux millions d’euros. Le nouveau président devra ainsi "restaurer un climat de confiance", a ajouté le ministère de la Culture.
Autre dossier brûlant : le projet "Louvre Nouvelle Renaissance", vaste plan de rénovation annoncé par Emmanuel Macron début janvier 2025. Évalué à plus d’un milliard d’euros, il prévoit notamment une rénovation du bâtiment, la création d’une nouvelle entrée et d’une nouvelle salle dédiée à la Joconde, le portrait le plus célèbre au monde. Contesté par les syndicats, le projet a déjà connu un revers avec le report de la désignation d’un groupement d’architectes en charge d'une partie du chantier.
Le nouveau président du Louvre devra également se pencher sur la gouvernance de l’établissement, qualifié d’"État dans l’État" par le député Alexandre Portier, à la tête d’une commission d’enquête parlementaire sur la sécurité des musées. Auditionnée lundi à huis clos à l’Assemblée nationale, Rachida Dati a évoqué "17 mesures" de réforme, sans en dévoiler le contenu.
À cela s’ajoute une affaire de fraude massive à la billetterie, révélée début février. Selon le parquet, un réseau de détournement de billets aurait coûté "plus de 10 millions d’euros" au musée. Neuf personnes, dont deux agents du Louvre des guides touristiques, ainsi qu'une personne "soupçonnée d'avoir organisé le réseau", ont été interpellées.
Avec AFP
