
Des policiers patrouillent dans la zone du port de Balboa, géré par le groupe hongkongais CK Hutchison Holdings, à l'entrée du canal de Panama, le 23 février 2026 à Panama City. © Martin Bernetti, AFP
Après l'annulation en justice de la concession accordée au groupe hongkongais CK hutchson, les autorités panaméennes ont pris, lundi 24 février, le contrôle de deux ports du canal de Panama.
Fin janvier, la Cour suprême du Panama avait jugé "inconstitutionnel" le contrat qui avait permis depuis 1997 à la société Panama Ports Company (PPC), filiale de CK Hutchison, de gérer deux ports situés aux deux extrémités du canal, celui de Cristobal, côté océan Atlantique, et celui de Balboa, côté Pacifique.
Le président panaméen José Raul Mulino a estimé lundi que "sous prétexte d'exploiter les deux ports, on a, pendant des années, mis en place un territoire autonome", dénonçant le contrat avec PPC qui "a soumis tout un pays, sans aucune transparence".
Selon la Cour des comptes panaméenne, qui a contesté la concession devant la Cour suprême, le Panama n'a pas perçu 1,2 milliard de dollars dus par PPC.
APM Terminals, filiale du groupe danois Maersk, a annoncé avoir déjà lancé ses premières opérations à Balboa avec l'installation d'un nouveau système d'exploitation, "afin que le port puisse reprendre progressivement ses activités", a déclaré Marliz Bermudez, sa directrice au Panana, par voie de communiqué.
CK Hutchison considère "que la prise de contrôle des terminaux est illégale" et que "les mesures prises par l'Etat panaméen font également peser de graves risques sur les opérations (...) et la sécurité des terminaux de Balboa et Cristobal", a déclaré le conglomérat hongkongais dans un communiqué publié mardi.
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Le groupe continuera d'étudier "tous les recours disponibles", y compris d'éventuelles "poursuites judiciaires contre la République du Panama et ses agents et les tiers qui ont agi de concert avec eux".
Le secrétaire au Commerce de Hong Kong, Algernon Yau Ying-wah, a également exprimé "sa vive insatisfaction et son opposition à la prise de contrôle forcée par le gouvernement panaméen, hier (23 février), de deux ports panaméens", dans un communiqué mardi.
Transition de 18 mois
Cette reprise intervient alors que les États-Unis cherchent à limiter l'influence chinoise sur le canal, voie stratégique de 80 kilomètres par laquelle transite environ 5 % du commerce maritime mondial.
La semaine dernière, CK Hutchison avait demandé au gouvernement panaméen d'entamer des négociations pour continuer à exploiter ces deux terminaux et ainsi "éviter le chaos".
Mais lundi, "l'Autorité maritime du Panama a pris possession de ses ports et garantit la continuité de l'exploitation", a annoncé Max Florez, le directeur des ports de l'institution. La mesure a été formalisée par un décret après la publication de la décision de la Cour au journal officiel.
Le "décret d'occupation" ouvre une période de transition de 18 mois durant laquelle les ports seront exploités par deux autres entreprises avant d'être attribués dans le cadre d'un nouvel appel d'offres international, a-t-il précisé.
APM Terminals, filiale du groupe danois Maersk, doit opérer le port de Balboa pour un montant de 26 millions de dollars. Terminal Investment Limited (TiL), appartenant à MSC, exploitera celui de Cristobal pour environ 16 millions, a annoncé le gouvernement.
L'an dernier, 38 % des conteneurs ayant transité par le Panama sont passés par ces deux ports.
"Pas du bon travail"
La ministre du Travail et du Développement, Jackeline Muñoz, a assuré qu'il n'y aurait "pas de licenciements" dans les deux terminaux, où travaillent quelque 1 200 personnes.

"Tout est à l'arrêt, nous ne savons pas ce qu'il adviendra de nous", a toutefois déclaré à l'AFP un salarié ayant requis l'anonymat sur le port de Balboa.
Washington s'est réjoui de l'annonce de la prise de contrôle par le Panama. "C'étaient des opérateurs qui ne faisaient pas du bon travail", a déclaré à la presse l'ambassadeur des États-Unis au Panama, Kevin Cabrera, soulignant que les Panaméens avaient droit à ce "que leur système judiciaire prenne ses propres décisions".
CK Hutchison, se disant victime de "graves préjudices", a annoncé contester la décision panaméenne devant la Chambre de commerce internationale (CCI), dont le siège est à Paris.
La Cour suprême du Panama a jugé que la concession de CK Hutchison, qui avait été renouvelée pour 25 années supplémentaires en 2021, était "inconstitutionnelle" car elle avantageait de façon "disproportionnée" le groupe hongkongais "au détriment des caisses de l'État" panaméen.
Cette décision avait provoqué la satisfaction de Washington mais une vive réaction de Pékin qui a promis de "protéger les droits et intérêts légitimes de ses entreprises".
Avec AFP
