logo

Plus de 200 prisonniers en grève de la faim au Venezuela, déplorant l'exécution de la loi d'amnistie
Un mouvement de grève de la faim a débuté vendredi à la prison de Rodeo I, en périphérie de Caracas, pour protester contre la faible portée de la récente loi d'amnistie. Dimanche, plus de 200 prisonniers "politiques" au Venezuela y participaient, ont annoncé des familles à l'AFP.
Des manifestants brandissent une banderole réclamant l'amnistie lors d'une manifestation à Caracas, le 12 février 2026. © Ariana Cubillos, AP (archives)

"Environ 214 au total, entre Vénézuéliens et étrangers", tous prisonniers "politiques", se sont déclarés en grève de la faim dimanche 22 février au Venezuela après la libération de 80 autres la veille dans le cadre d'une vaste loi d'amnistie, a expliqué Yalitza García, belle-mère d'un gendarme argentin accusé de terrorisme, à l'Agence France-Presse (AFP).

"Ils ont décidé d'entamer une grève de la faim vendredi, suite aux résultats de la loi d'amnistie, qui ne bénéficie pas à la grande majorité d'entre eux", a expliqué de son côté Shakira Ibarreto, fille d'un policier arrêté en 2024.

Le mouvement a commencé à la prison de Rodeo I, en périphérie de Caracas. Les familles expliquent que les détenus protestent contre la portée de la loi d'amnistie, qui ne bénéficie pas à beaucoup des prisonniers de cet établissement.

Une commission du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est entrée dans la prison pour examiner les détenus. Elle a également obtenu l'accès à d'autres prisons, dont la tristement célèbre prison de l'Hélicoide.

"C'est la première fois qu'on nous donne l'accès à cette prison", a relevé Filippo Gatti, coordinateur santé du CICR pour le Venezuela. "C'est un premier pas, et je crois que nous sommes sur la bonne voie".

23 prisonniers libérés dimanche

La justice vénézuélienne a accordé la liberté à 402 prisonniers politiques à la suite de l'adoption d'une loi d'amnistie. Quatre-vingt d'entre eux ont été libérés samedi et 23, dont un cadre du parti de l'opposante et lauréate du prix Nobel de la paix Maria Corina Machado, dimanche.

Votée et promulguée jeudi, cette loi d'amnistie avait été promise, sous la pression des États-Unis, par la présidente par intérim Delcy Rodriguez.

Cette dernière a amorcé une normalisation des relations avec Washington, rompues depuis 2019, depuis qu'elle a pris les rênes du pouvoir après la capture du président Nicolas Maduro au cours d'une opération militaire américaine le 3 janvier.

En plus des libérations déjà annoncées, l'Assemblée nationale a installé vendredi une commission spéciale chargée d'analyser les dossiers de prisonniers politiques exclus de l'amnistie. Au total, 1 557 détenus ont demandé leur libération en vertu de la loi, selon Delcy Rodriguez en conférence de presse.

Plusieurs experts mettent néanmoins en doute la portée de la loi d'amnistie : des centaines de détenus, tels que des policiers et des militaires impliqués dans des activités qualifiées de "terroristes", pourraient en être exclus.

La mesure ne couvre pas entièrement la période 1999-2026, celle des présidences de Hugo Chavez (1999-2013) et de son successeur Nicolas Maduro.

Une amnistie "pas automatique"

De nombreuses familles de détenus politiques attendent depuis des jours la libération potentielle de leur proche. Lassées du délai, dix femmes ont mené une grève de la faim. L'une d'elles a tenu plus de cinq jours, jusqu'à l'adoption de la loi jeudi.

"En convalescence. Sans réponse", indiquait une pancarte placée devant un matelas où elle récupérait, devant la "Zone 7", prison de la police nationale à Caracas, où c'était samedi le jour des visites.

"Mon mari va bien", a déclaré une femme qui a préféré rester anonyme. "Nous continuons d'attendre, espérons que ce ne soit pas une plaisanterie."

Vendredi, le directeur de Foro Penal, Alfredo Romero, a souligné que l'amnistie n'était "pas automatique", critiquant la procédure à suivre en justice pour pouvoir en bénéficier.

En outre, la loi d'amnistie au Venezuela accordera la pleine liberté à 11 000 prisonniers politiques qui ont passé près de trente ans en prison et ont ensuite été placés en liberté conditionnelle, a expliqué Delcy Rodríguez samedi.

L'opposant Juan Pablo Guanipa, libéré le 8 février après neuf mois de détention pour "conspiration" puis à nouveau arrêté quelques heures plus tard, a annoncé vendredi être complètement libre, son assignation à résidence n'étant plus en vigueur.

Plus de 200 prisonniers en grève de la faim au Venezuela, déplorant l'exécution de la loi d'amnistie
L'opposant Juan Pablo Guanipa a annoncé vendredi être complètement libre. © Issa Urrutia, Reuters

"Nous allons tous nous battre pour que ce qui vient de commencer devienne une réalité et que nous ayons la démocratie, la liberté pour tous et à égalité !", a lancé cet allié de Maria Corina Machado, devant ses sympathisants réunis à Maracaibo, la deuxième ville du pays, réclamant des élections.

Avec AFP