
Le candidat socialiste à la mairie de Paris, Emmanuel Grégoire, s'est allié dès le premier tour au communiste Ian Brossat et à l'écologiste David Belliard. © AFP / Studio graphique, FMM
Sous les acclamations du public et en dépit de son manque de notoriété auprès des Parisiens, il était arrivé sur scène comme une rock star. Mercredi 14 janvier, Emmanuel Grégoire lançait sa campagne pour la mairie de Paris avec un premier meeting à la Bellevilloise, dans le 20e arrondissement. Une belle mise en scène pour célébrer une union inédite de la gauche dans l’histoire des élections municipales parisiennes, mais aussi pour mettre en garde contre la victoire d’une possible alliance entre la droite et l’extrême droite.
"Nous devons collectivement mesurer la gravité du moment", lançait ainsi Emmanuel Grégoire devant 2 000 personnes, accusant ses adversaires Rachida Dati et Sarah Knafo de vouloir "faire de Paris le laboratoire trumpiste de l’union de la droite et de l’extrême droite" et affirmant : "Paris ne sera pas votre labo facho !"
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Accepter Gérer mes choixPour le Parti socialiste (PS), aux manettes de la capitale depuis 25 ans – deux mandats de Bertrand Delanoë (2001-2014) et deux mandats d’Anne Hidalgo (2014-2026) –, le danger Rachida Dati est bien là. Tout près et bien visible. La candidate du parti Les Républicains (LR) et ministre de la Culture soutenue par le gouvernement profite de sa notoriété et de son expérience de candidate malheureuse en 2020 pour se placer comme favorite du scrutin (15 et 22 mars). Ses vidéos sur les réseaux sociaux cartonnent. Et elle pourrait bénéficier au second tour du report de voix de sa concurrente d’extrême droite Sarah Knafo (Reconquête).
Conscients d’une possible victoire de la droite, Emmanuel Grégoire et le Parti socialiste, David Belliard et Les Écologistes, Ian Brossat et le Parti communiste français, Place publique, L’Après et le parti Gauche républicaine et socialiste se sont donc unis autour d’une candidature commune, laissant seulement Sophia Chikirou et La France insoumise (LFI) en-dehors de l’alliance.
Si cette union pourrait permettre à Emmanuel Grégoire d’arriver en tête au soir du premier tour, elle ne garantit en rien une victoire au second tour. D’autant que l’ancien premier adjoint d’Anne Hidalgo (2018-2024) est entré dans la course avec de nombreux handicaps.
Un candidat inconnu du grand public
Il y a d’abord son quasi-anonymat. Dans l’ombre de la maire sortante pendant des années, Emmanuel Grégoire a quitté l’équipe d’Anne Hidalgo avec fracas en 2024, avant d’être élu député lors des législatives anticipées provoquées par la dissolution de l’Assemblée nationale. Au-delà des observateurs réguliers de la vie politique parisienne, pas grand monde ne le connaît. Début janvier, le député de 48 ans s'est affiché avec Bertrand Delanoë sur un marché, où l'ancien édile socialiste a été souvent mieux reconnu.
"Sur le terrain, on ressent un manque de notoriété, mais il passe bien. Et puis en 2001, les Parisiens ne connaissaient pas tant que ça Delanoë", se souvient Franck Guillory, secrétaire de la section socialiste de Paris Centre interrogé par l’AFP.
Quand Rachida Dati compte 198 000 followers sur Instagram et Sarah Knafo 512 000, Emmanuel Grégoire est à la peine avec seulement 25 000. À l’inverse de la maire du 7e arrondissement qui peut se permettre de faire campagne à l’abri des journalistes, le candidat socialiste est, lui, contraint de mener une campagne plus traditionnelle en multipliant les événements médiatiques.
Présentation de ses propositions pour le logement, pour le commerce, pour la culture, pour les services publics, pour l’environnement, pour les personnes âgées, pour les personnes handicapées, pour le sport, sur la place des animaux dans Paris, visite chez l’association Stop Homophobie, conférence sur sa future méthode de gouvernance, audition des candidats par le Medef… La boucle WhatsApp d’Emmanuel Grégoire destinée à la presse tourne à plein régime : déjà plus d’une trentaine d’invitations depuis le meeting à la Bellevilloise mi-janvier !
Emmanuel Grégoire doit également faire avec le bilan d’Anne Hidalgo, en mettant en avant ses réussites tout en essayant de se distancier de ses échecs. Or, ces derniers sont du pain béni pour l’opposition qui ne cesse d’insister depuis des années sur le manque de propreté de Paris, sur l’insécurité, sur les quartiers abandonnés aux toxicomanes ou aux tentes de migrants et de SDF.
Accusations liées aux violences sexuelles dans le périscolaire
En réponse, le candidat socialiste, qui a reconnu "des ratés" lorsqu’il était à l’Hôtel de Ville, promet "une rupture de méthode" importante avec Anne Hidalgo et met le paquet dans son projet sur les annonces liées au logement, à la santé et à la transition écologique.
Mais ses propositions sont difficilement audibles dans une campagne électorale dominée par les affaires de violences verbales et sexuelles dans le périscolaire parisien révélés ces dernières semaines. Le sujet s'est imposé au premier plan, alors que la Défenseure des enfants de la Ville de Paris a indiqué fin janvier avoir reçu quelque 150 saisines depuis son entrée en fonctions en décembre.
"A posteriori, j'aurais dû plus m'occuper de ce sujet", a concédé Emmanuel Grégoire, dimanche 15 février sur BFMTV, reconnaissant des "manquements", même si le périscolaire "n'était pas du tout dans [son] portefeuille".
Le candidat propose d’organiser une "convention parisienne sur les temps de l’enfant" et de "mettre en place un contrôle interne et un contrôle externe au long cours pour évaluer les procédures et leur bonne application". "J’ai observé des choses inacceptables, nous allons tout revoir", promet-il.
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Accepter Gérer mes choixUn scandale qui n’aide pas à hausser le niveau de la campagne. La candidate LFI Sophia Chikirou a fait coller des affiches sur lesquelles était inscrit : "Leur bilan 2025 : 1 enfant mort noyé, 52 signalements pour violences sexuelles". De son côté, Rachida Dati a accusé Emmanuel Grégoire et ses alliés David Belliard et Ian Brossat, mercredi 18 février sur le réseau social X, d’être responsables du "recrutement de pédocriminels" dans le périscolaire.
Le candidat socialiste a fustigé "l'ignominie et la violence mensongère" de la candidate LR. "Il y a une grave accusation de sa part qui évidemment fera l'objet d'une plainte en diffamation, c'est la deuxième en deux jours, ça devient une habitude", a-t-il regretté sur RTL, dénonçant "un langage trumpiste" et "une déformation de la vérité".
