
Présent dans une cinquantaine de pays dans le monde, le groupe français Capgemini fait l'objet de critiques après la révélation d'un d'un contrat avec l'ICE. © AFP, Eric Piermont
Sous le feux des critiques après la révélation d'un contrat avec la police américaine de l'immigration (ICE), le groupe d'informatique français Capgemini a assuré, jeudi 29 janvier, que celui-ci n'était pas "pas en cours d'exécution", ajoutant qu'un conseil d'administration "exceptionnel" est prévu ce week-end.
Côté au CAC40 et présent dans une cinquantaine de pays dans le monde, Capgemini a vu l'attention médiatique et les interrogations en interne se décupler depuis plusieurs jours.
Selon des informations de l'association L'Observatoire des multinationales publiées la semaine dernière et développées par France 2, Capgemini a notamment fourni à l'ICE un outil d'identification et de localisation de personnes étrangères, alors que cette police est mobilisée par le président américain dans une vaste campagne anti-immigration.
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"J'ai 32 ans d'ancienneté chez Capgemini, je n'ai jamais connu une situation de crise comme celle d'aujourd'hui", résume auprès de l'AFP Frédéric Boloré, délégué syndical central CFDT. "C'est un choc énorme pour les salariés".
Interrogé par l'AFP, le groupe a assuré jeudi que "d'après les informations qui ont été portées à sa connaissance, ce contrat attribué en décembre 2025 n'est à [ce jour] pas en cours d'exécution."
Il a également convoqué un conseil d'administration extraordinaire, qui doit se tenir ce weekend.
Dans un message interne envoyé aux salariés du groupe mercredi et consulté par l'AFP, Capgemini a indiqué sans plus de précisions que le contrat "n'était pas en cours d'exécution car il faisait l'objet d'un recours".
Le directeur général de Capgemini, Aiman Ezzat, s'est exprimé dimanche dans un message publié sur LinkedIn, expliquant avoir découvert "par des sources publiques" l'existence de ce contrat passé avec une filiale du groupe spécialisée dans les services au gouvernement fédéral américain.
Selon le dirigeant, cette filiale, soumise à la législation américaine, "prend les décisions de manière autonome, dispose de réseaux étanches, et (...) le groupe Capgemini est dans l'impossibilité d'accéder à toute information classifiée, à des contrats classifiés".
D'après des documents publics de l'administration américaine, la contrat passé le 18 décembre porte sur un montant de 4,8 millions de dollars.
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L'éthique de l'entreprise en question
Depuis plusieurs jours, des responsables syndicaux et politiques ont interpellé le groupe sur sa responsabilité.
"Cette histoire-là met en lumière ce que peut faire une technologie", soulève Louis Duvaux, responsable CFTC au sein de l'entreprise. "Est-ce qu'on va avoir un système d'éthique qui va pouvoir contrôler que les travaux qui nous sont confiés soient bien compatibles avec les valeurs du groupe ?", s'interroge-t-il.
"La moindre des choses, je pense, de la part d'une entreprise française (...), c'est d'être transparente sur les contrats qu'elle a avec ICE, mais peut-être aussi qu'elle les questionne", a réaffirmé jeudi le ministre de l'Économie Roland Lescure lors de ses voeux à la presse.
À gauche, plusieurs personnalités, comme Ian Brossat (Parti communiste), ou Clémence Guetté (LFI) ont également vilipendé ce lien avec l'ICE. Sophie Binet, secrétaire général de la CGT, a publié mardi un message sur X appelant Capgemini à "cesser immédiatement" sa collaboration avec l'ICE.

Inter
Dans son message sur LinkedIn, le directeur général Aiman Ezzat a assuré que "la nature" et le périmètre du contrat avaient "soulevé des interrogations au regard de ce que [Capgemini faisait] habituellement en tant qu'entreprise de services et de technologie", sans plus de précisions.
Selon Benjamin Girard, représentant CGT au sein du groupe, les révélations au sujet du contrat avec l'ICE n'ont pas été "une découverte".
"Capgemini travaille avec des organisations gouvernementales qui participent aux politiques migratoires qui sont en ce moment assez autoritaires", assure-t-il.
L'oeil du 20 heures de France 2 affirme que le groupe a également signé ces dernières années d'autres contrats aux États-Unis en lien avec la surveillance des lieux de détention et du transport des étrangers interpellés.
Le syndicat a lancé une pétition en ligne à destination des salariés du groupe pour demander l'arrêt du contrat passé avec l'ICE.
À la clôture de la Bourse jeudi, le titre baissait de 2,78 % à 127,85 euros, dans un marché stable, et a perdu plus de 10 % depuis le début de l'année.
Avec AFP
