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CAN 2025 : pourquoi l'Égypte est toujours le méchant préféré de la compétition ?
Sept fois sacrée, l'Égypte trône au sommet du football africain, mais sa domination agace. Entre complexe de supériorité supposé, jeu défensif et poids historique, les Pharaons endossent encore une fois à la CAN 2025 le costume du "méchant". Mais pourquoi un tel désamour envers les Pharaons ? Eléments de réponses avec deux spécialistes du football africain.
L'Egypte à la Coupe d'Afrique, une équipe mal aimée. © Mosa'ab Elshamy, AP

Lourde est la couronne du roi d'Afrique. Demandez aux Pharaons d'Égypte qui, malgré - ou à cause de - leurs sept victoires dans la compétition, restent souvent une équipe mal aimée de la Coupe d'Afrique.

Alors que l'on a vu des scènes de fraternisation entre supporters marocains et algériens au début de la CAN 2025 ou du chambrage bon enfant entre les fans du Sénégal et du Mali, ou de la Côte d'Ivoire et du Cameroun, l'Égypte, elle, laisse le public relativement indifférent... Ou l'énerve.

"C'est des ingrats ! L'accueil que tous les peuples africains ont eu au Maroc, tu ne l'auras pas en Égypte. Tu peux être gentil avec eux, tout faire pour eux... La preuve : quand à Agadir, des Marocains ont supporté les Béninois [en 8es de finale, ndlr], l'entraîneur égyptien a commencé à mal parler aux supporters marocains. Mais, on supporte qui on veut !" s'emporte Sofiane, supporter marocain d'une trentaine d'années, rencontré dans la médina de Rabat.

Le sélectionneur Hossam Hassan a évoqué cet épisode à Agadir : "Nous aurions souhaité un soutien plus important de la part des supporters marocains, mais nous n'avons pas bénéficié de leur appui total."

Le milieu égyptien Zizo était quant à lui prêt à acheter des billets aux Marocains pour qu'ils viennent admirer les Pharaons.

"L'Égypte, c'est un peu la bête noire du Maroc parce qu'ils les ont éliminés deux fois des récentes Coupes d'Afrique, donc il y a une petite rivalité, mais qui est bon enfant", raconte Toufik, Marocain d'une trentaine d'année, qui a assisté au match Égypte - Côte d'Ivoire en supportant les Éléphants.

"La mère du monde"

"Ils ont un peu un complexe de supériorité par rapport aux équipes du Maghreb, explique Nabil Djellit, spécialiste du football africain et animateur du blog Maghreb FC sur L'Équipe. D'ailleurs les Égyptiens appellent leur pays 'Oum El Dounia', c'est-à-dire ‘la mère du monde'"

Ce désamour du continent pour la sélection reine trouve ses racines dans l'histoire même de la Coupe d'Afrique, selon Xavier Barret, consultant football pour France 24 : "Ils ont une espèce de supériorité historique qui n'est pas toujours bien perçue par les autres. C'est vu parfois en Afrique comme de la morgue, de l'arrogance. Cette situation est d'abord liée au fait qu'ils sont membres fondateurs de la Confédération africaine".

En effet, en 1957, la CAF a été créée par l'Égypte, l'Éthiopie, le Soudan et l'Afrique du Sud – rapidement exclue des compétitions en raison de l'apartheid. Les Pharaons ont d'ailleurs remporté les deux premières éditions de la Coupe d'Afrique. "C'est un peu un mythe fondateur, c'est l'incarnation du football africain" renchérit Nabil Djellit.

Depuis, l'Égypte a remporté 7 titres de champions d'Afrique, dont trois d'affilée entre 2006 et 2010. "Ils ont gâché la fête de pas mal de bonnes générations à l'époque, explique Nabil Djellit. Depuis 1998, ils ont toujours battu la Côte d'Ivoire par exemple."

"Ils marchent sur l'Afrique"

Cette domination sportive crée forcément des rivalités et les Pharaons sont depuis 2010 l'équipe à battre de la CAN. Pour Moustapha, supporter camerounais, c'est aussi simple que cela : "Ce n'est pas que l'Égypte est détestée, c'est que l'Égypte a trop gagné la CAN et que les autres pays veulent la gagner." Paco Diatta, Sénégalais, est du même avis : "C'est une belle équipe, une bonne équipe, une équipe très puissante. Dans la vie, quand tu es très puissant, forcément, il y a beaucoup de critiques."

"Dans les années 2000, ils marchent sur l'Afrique, ils battent des équipes qui ont dans leur rang des joueurs de Ligue des champions en Europe alors que les Égyptiens, ils n'en ont quasiment pas", résume Nabil Djellit.

L'Égypte souffre sûrement aussi d'un déficit de visibilité, puisque la quasi-totalité des joueurs de la sélection jouent dans le championnat local et restent peu connus du public. À l'exception notable de Mohamed Salah (Liverpool) ou Omar Marmoush (Manchester City), mais qui sont en délicatesse avec leur club et ne bénéficient pas d'un immense capital sympathie. La majorité des Pharaons évoluent dans les trois principaux clubs égyptiens : Al-Ahly, Zamalek et Pyramids FC, qui comptent 18 Ligues des champions d'Afrique à eux trois.

"Ils n'ont pas besoin de visibilité, estime Nabil Djellit. Leur championnat est le plus puissant d'Afrique. Al-Ahly c'est comme le Real Madrid en Europe. C'est pour ça qu'ils dégagent une forme d'arrogance. Parce que ce sont les meilleurs et qu'ils se considèrent comme les meilleurs."

"Des petites choses qui les arrangent"

Il y a aussi pour Xavier Barret une autre raison à cette défiance envers l'Égypte, une raison administrative moins anodine qu'il n'y parait : "Le siège de la Confédération africaine se trouve au Caire, le secrétaire général a très longtemps été égyptien, le personnel est égyptien. Et de ce fait, on leur reproche souvent de faire des petites choses qui les arrangent. Au moment des tirages au sort, dans l'organisation des calendriers, par exemple."

Le journaliste met aussi en avant un autre reproche fait à l'Égypte, celui de bénéficier d'un arbitrage plus favorable : "Il y a une conférence de presse mémorable de l'entraîneur du club sud-africain des Mamelodi Sundowns, après un match contre Al-Ahly en 2023, qui arrive avec une vidéo compilant toutes les erreurs d'arbitrage en faveur des adversaires. C'est une démonstration magistrale. Certes, ce n'est pas l'équipe nationale d'Égypte, mais c'est le même principe."

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D'ailleurs Ibrahim Hassan, adjoint et frère jumeau du sélectionneur, a un lourd passif avec l'arbitrage. En 2008, la Fifa l'a suspendu pour une durée de cinq ans, alors qu'il était directeur du club d'Al-Masry, pour avoir agressé physiquement un arbitre lors d'un match contre le MO Béjaïa en Algérie.

À la CAN, lors du match Égypte - Afrique du Sud, l'arbitrage a fait couler beaucoup d'encre : les Pharaons ont bénéficié d'un penalty généreux tandis que les adversaires auraient pu en avoir un, finalement non sifflé. "Pour moi il n'y avait penalty, ni pour l'un ni pour l'autre. Mais ça crée un déséquilibre. Et sur les réseaux sociaux, si je me suis fait allumer par quelques Égyptiens, tout le reste du continent africain était d'accord avec ça", s'amuse Xavier Barret.

CAN 2025 : les Pharaons d'Egypte favorisés par l'arbitrage ?

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CAN 2025 : pourquoi l'Égypte est toujours le méchant préféré de la compétition ?
© France 24
01:48

Après le quart de finale, le sélectionneur de la Côte d'Ivoire, Emerse Fae, n'a pas été tendre non plus après la défaite des Éléphants : "On les connaît. Depuis la nuit des temps, l'Égypte ça a toujours été comme ça, pleurnicher, simuler… Ils ont l'expérience, ils le font bien. Si les arbitres tombent dans leur jeu, on ne peut pas maîtriser ça".

Car on peut également ajouter que le jeu proposé par l'Égypte durant la compétition au Maroc n'est pas franchement flamboyant. "Ils ont du métier", résume sobrement Nabil Djellit.

"L'Égypte a eu cette époque de beau jeu, mais là ils sont retombés sur un schéma plus défensif. On verrouille, on procède en contre-attaque, analyse Xavier Barret. Mais ils ont toujours le bon réflexe quand il faut. Ce sont un peu les Italiens d'Afrique"

Autre comparaison avancée par Nabil Djellit, "L'Égypte, c'est comme l'Allemagne" à l'époque. Autrement dit, en Afrique, le football est un sport qui se joue à 11 contre 11 et à la fin, c'est l'Égypte qui gagne.