
Des Rohingya dans le marché d'un camp de réfugiés de Cox's Bazar, au Bangladesh, le 13 mars 2025. © Mahmud Hossain Opu, AP
Dans les camps de la ville de Cox's Bazar, dans le sud du Bangladesh, les réfugiés de la communauté birmane des Rohingya suivent avec espoir le début des audiences à la Cour internationale de justice. Le procès, ouvert lundi 12 janvier, doit examiner la plainte déposée par la Gambie contre la Birmanie, accusée d'actes de génocide – meurtres, viols, destructions – sur la minorité musulmane en 2017.
Cette année-là, près d'un million de ses membres ont fui la répression de l'armée et des milices bouddhistes pour s'installer en urgence au Bangladesh voisin. Dans sa maison de bambou, à 8 000 km du procès ouvert à La Haye, aux Pays-Bas, Janifa Begum, 37 ans, se remémore.
"Nos femmes ont perdu leur dignité lorsque la junte militaire (birmane) a procédé à notre expulsion", décrit-elle. "Ils ont brûlé les villages, tué les hommes, et les femmes ont été victimes de violences généralisées."
"Ma maison a été détruite", poursuit cette mère de deux enfants. "J'ai fui avec mon mari et deux beaux-frères sans nourriture et en laissant tout sur place. J'ai appris plus tard qu'ils avaient saisi toutes mes terres."
Jusqu'au 29 janvier, la CIJ doit entendre à huis clos des témoins des événements de 2017, puis les plaidoiries des avocats de la Gambie et de la Birmanie.
Les décisions de la plus haute instance judiciaire des Nations unies sont contraignantes et sans appel mais celle-ci n'a aucun moyen de les faire appliquer.
Un procès pour apaiser les souffrances
Membre du Conseil uni des Rohingya, une organisation représentative des réfugiés, Mohammad Sayed Ullah, 33 ans, en attend toutefois beaucoup.
"J'espère que la CIJ mettra un peu de baume sur les blessures qui continuent à nous faire souffrir", ajoute-t-il. "Les coupables doivent être jugés et punis. De la façon la plus rapide et la plus équitable possible (...) afin que nous puissions commencer à rentrer chez nous."
Cet ancien enseignant se souvient encore parfaitement des événements de 2017. Plus de deux semaines d'exode pour rallier la frontière bangladaise, la peur au ventre.
"Nous étions quatre de la famille. C'est ma mère, âgée, qui en a le plus souffert", décrit Mohammad Sayed Ullah.
"Sur la route, nous avons vu des villages en flammes. Le sang a coulé", se souvient-il. "Les soldats ont tiré sur plusieurs dizaines de personnes qui s'étaient regroupées. La junte a assiégé tout le secteur, ils ont massacré les hommes et torturé les femmes."
"Rendra aux victimes leur dignité"
Militant pour la défense des droits des réfugiés rohingyas, Maung Thein Myint souligne la portée symbolique des audiences qui débuteront lundi.
"J'espère que la Cour reconnaîtra clairement que ce dont les Rohingya ont souffert relève du génocide : une tentative délibérée et systématique de l'État (birman) de mettre fin à notre existence", souligne-t-il.
"Seule cette reconnaissance rendra aux victimes leur dignité (...) et entretiendra nos espoirs de justice et d'un retour sûr, volontaire et digne au pays", estime Maung Thein Myint.
"Je veux que les souffrances que nous avons subies soient reconnues pendant ce procès", insiste Janifa Begum. Il en va selon elle de l'avenir de ses deux enfants. "J'espère qu'un jour nous pourrons tous rentrer chez nous et y vivre dignement", répète-t-elle.
Avec AFP.
