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Comment Viktor Orbán tente de vampiriser la Transylvanie
Dracula, son château, des forêts à perte de vue…  La Transylvanie fait rêver les esprits amateurs de fantastique depuis des siècles. Mais cette célèbre région de Roumanie, autrefois hongroise, est aussi au cœur de crispations régionales. Dans ce nouvel épisode de la série "Grandir en Europe", ENTR s’est rendu sur place dans la ville de Târgu Mureș, pour rencontrer la jeunesse transylvanienne, aujourd'hui prise en étau entre deux nationalismes.

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Pourquoi cette célèbre région roumaine fascine autant le Premier ministre hongrois ? © ENTR

"Je refuse de dire que je viens de Roumanie ou de Hongrie. Quand on me demande, je réponds toujours : 'Je viens de Transylvanie, virgule, en Roumanie'". Dalma, 25 ans, tient à poser le décor : la jeune femme, de nationalité roumaine, a grandi au sein d’une famille hongroise de Transylvanie. Elle se considère donc avant tout à travers cette identité : Hongroise de Transylvanie, en Roumanie. 

Dans le Pays sicule, sa région d’origine, le cas de Dalma est loin d’être isolé. Ces trois comtés de Transylvanie recensent plus de Hongrois de Roumanie que de Roumains. Certains villages y sont même uniquement magyarophones. Et les grandes villes, elles, sont bilingues. Dalma a grandi à Târgu Mureș, appelée Marosvásárhely en hongrois. Dans les rues, les panneaux et inscriptions à l'entrée des bâtiments de bâtiments sont tous déclinés dans les deux langues. Même chose pour les vitrines et les devantures de magasins. 

Comment Viktor Orbán tente de vampiriser la Transylvanie
En Roumanie, le Pays sicule recense au total plus de Hongrois que de Roumains. © ENTR

"Je me souviens d’une discussion avec un ami à la fac. Il vient du sud de la Roumanie et, quand il a emménagé ici pour étudier, il a eu un sacré choc culturel", s’amuse Radu sur le chemin qui le mène à l’université. "Il m'a même dit : 'Mais c’est la Hongrie ici !'". Cet étudiant en médecine de 24 ans a aussi grandi à Târgu Mureș, dans une famille roumaine. Il se considère donc comme "100 % Roumain". Il ne parle d’ailleurs presque pas hongrois, comme beaucoup de Roumains de la région, mais reconnaît que ce serait un atout non négligeable pour y exercer, plus tard, son métier.

Une région roumaine, contestée par la Hongrie

Cette présence hongroise en Transylvanie remonte à des siècles. Et pour cause : cette région, connue pour être la terre de Dracula, a longtemps fait partie de la Hongrie, et ce, jusqu’en 1920. À la fin de la Première Guerre mondiale, le traité de Trianon est signé à Versailles et acte le démantèlement de l'empire austro-hongrois. Le royaume de Hongrie perd alors une partie de son territoire et un grand nombre de ses ressortissants de langue magyare, dont ceux de Transylvanie. 

Aujourd'hui, la situation est plus apaisée, mais certains esprits restent toujours à vif sur le sujet. En 2018, plusieurs partis des Hongrois de Transylvanie ont présenté un projet d'autonomie territoriale et culturelle, sur le modèle de la Catalogne ou du Tyrol du Sud, en Italie. Initiative qui n’a, à ce jour, pas abouti. "C’est un sujet plutôt tabou ici. Et, pour ma part, je veux que les droits de toutes les minorités soient respectés. Mais je vois la Transylvanie comme faisant partie de la Roumanie. C’est une région roumaine", estime Radu. 

Dans le viseur de Viktor Orbán

Dans le pays voisin, ce passage de l'histoire transylvanienne reste présenté comme une plaie béante pour la Hongrie par son dirigeant, le très conservateur Viktor Orbán. Essentiellement symbolique, l’attachement du Premier ministre hongrois à la Transylvanie se traduit toutefois par des investissements bien réels à destination de la région, à travers le financement de lieux de culte, d’écoles, de crèches, de médias, de stades de foot…

En 2011, il décrète également qu’il n‘est plus nécessaire de résider sur le territoire hongrois pour obtenir la nationalité du pays. Parler la langue et prouver son origine hongroise sont des critères suffisants. Le nombre de Magyars naturalisés a ainsi passé la barre du million dès fin 2017. 

Dalma a elle aussi obtenu le passeport hongrois : "Le parti au pouvoir en Hongrie est le seul qui dit vraiment : 'Je me soucie des Hongrois qui ne vivent pas sur le territoire hongrois'. Ce qui, je dois l'admettre, paraît formidable vu comme ça." Mais elle observe ces mesures d’un œil sceptique. "Quand, en même temps, on vous dit : 'Rappelez-vous que je vous donne le droit de vote…', je pense que ça renvoie un tout autre message."

Des enjeux politiques des deux côtés de la frontière 

Le vote des Hongrois de Transylvanie ne pèse que pour très peu de sièges au Parlement hongrois, et seule une minorité d’entre eux votent aux élections du pays voisin. Toutefois, Viktor Orban pourrait chercher à mettre toutes les chances de son côté, même les plus infimes, en perspective des prochaines élections législatives hongroises d’avril 2026. 

Il tente par ailleurs de brandir la carte de la grandeur perdue de la Hongrie pour correspondre à une partie de son électorat national, quitte à se mettre à dos une partie des Hongrois de Transylvanie. En effet, lors de l’élection présidentielle roumaine de mai 2025, le leader hongrois avait apporté un soutien à peine dissimulé au candidat d’extrême droite roumain, George Simion, lorsque ce dernier a appelé à voter pour lui afin de rassembler une "Europe des nations et de la chrétienté". Mais cet épisode n’a pas plu aux Hongrois de Roumanie, car George Simion était connu pour ses multiples positionnements anti-hongrois par le passé. Cette polémique illustre la forte récupération politique de la Transylvanie, par les extrêmes des deux côtés de la frontière.

Mais face à ces questions identitaires, comment se positionne la nouvelle génération ?

Découvrez la totalité des témoignages de Dalma et Radu dans ce nouvel épisode de la série ENTR "Grandir en Europe". 

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