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Réessayer"Longue vie au Shah !", "Ceci est la bataille finale, Pahlavi va revenir"… Depuis une dizaine de jours, son nom est scandé dans les manifestations en Iran. À 64 ans, Reza Pahlavi, fils du dernier Shah d'Iran chassé en 1979 du pouvoir, occupe le devant de la scène, notamment sur les réseaux sociaux, et se rêve en homme providentiel de l'Iran post-République islamique.
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Accepter Gérer mes choixChaque jour, il répond aux manifestants depuis les États-Unis, où il vit en exil depuis près d'un demi-siècle. Dans une série de messages vidéo, l'héritier les exhorte à maintenir la pression dans la rue, à ériger des barrages routiers, affirmant que "la victoire est proche".
Il fixe également des rendez-vous symboliques à ses partisans et les a appelé à entonner des slogans à 20 h (heure de Téhéran) ces jeudi 8 janvier et vendredi 9 janvier, où qu'ils se trouvent, tout en annonçant de nouveaux appels à l'action.
Une action qui a été largement suivie jeudi soir. "Plusieurs groupes de jeunes ont commencé à se rassembler dans divers quartiers de Téhéran", a observé, depuis la capitale iranienne, le correspondant de France 24 Siavosh Ghazi en début de soirée. "Ils ont lancé des slogans contre le pouvoir, a-t-il détaillé. On entendait 'Mort au dictateur', ou encore 'Prince, l'Iran est prêt, on t'attend'."
Des vidéos relayées plus tard sur les réseaux sociaux montrent la présence d'une foule massive dans les rues de Téhéran, mais aussi de Shiraz, de Babol, Arak, Tabriz et de nombreuses villes iraniennes.
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Accepter Gérer mes choixDans sa dernière intervention, mercredi, posant en costume-cravate devant le drapeau iranien d'avant la révolution islamique, frappé de l'emblème du Shir-o Khorshid ("Le lion et le soleil"), Reza Pahlavi s'est adressé directement aux forces de sécurité, les exhortant à faire sécession et à le rejoindre : "C'est votre dernière chance de vous rallier à la nation et de dissocier votre destin de celui de la République islamique, un navire qui coule", affirme-t-il solennellement.
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Accepter Gérer mes choixSi son nom est de plus en plus scandé dans les manifestations, avec une popularité qui ne cesse d'augmenter depuis trois ans, celle-ci reste difficilement quantifiable. "Ces appels au Shah existent, mais il faut faire preuve de prudence, souligne Jonathan Piron, historien spécialiste de l'Iran pour le centre de recherche Etopia à Bruxelles, car les monarchistes ont une communication politique bien huilée et il est impossible de vérifier correctement sur le terrain l'ampleur que prennent ses slogans, puisque qu'on ne peut pas aller sur place."
La plupart de ces vidéos sont postées sur X. Or, rappelle le chercheur, la plateforme d'Elon Musk est soumise à un algorithme susceptible d'introduire des biais et fonctionne comme un "miroir déformant".
D'autre part, "ces slogans sont amplifiés par une partie des chaînes d'opposition en persan (Iran international et Manoto, NDLR) basées à l'étranger et acquises à sa cause", souligne le journaliste du Point Armin Arefi, à l'antenne de France 24.
Un retour sur le devant de la scène préparé en coulisses
Reza Pahlavi prépare depuis des années le retour de sa dynastie, depuis les États-Unis où il s'est rendu en 1978, à 19 ans, pour une formation de pilote de l'air, peu avant la chute de son père. Sa mère, la dernière impératrice d'Iran, Farah Diba, exilée à Paris, disait de lui en 2007 qu'il avait été "élevé pour prendre la suite en tant que prince héritier".
Sa voix se fait entendre davantage et le personnage prend de l'assurance à chaque crise qui fragilise la République islamique. Et ces épisodes se succèdent à un rythme de plus en plus rapproché.
Dès 2009, lors des manifestations suivant la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad, le fils du Shah appelle les Iraniens à "continuer la lutte dans la discipline" et exhorte "les forces de l'ordre à la désobéissance civile et à la neutralité". Mais c'est en 2023, alors que le mouvement "Femme, vie, liberté" secoue le régime, après la mort tragique de Mahsa Amini des mains de la police des mœurs, qu'il se fait remarquer. Aux côtés d'autres figures de l'opposition comme la Prix Nobel Shirin Ebadi et la journaliste Masih Alinejad, il propose de faire front commun contre le régime.
Ses partisans lancent une vaste pétition en ligne avec le message "Le prince Reza Pahlavi est mon représentant". Dans une interview à Manoto TV, chaîne iranienne royaliste basée à Londres, les jours suivants, l'héritier plaide en faveur de l'organisation d'élections libres et de la formation d'une assemblée constituante.
Surfant sur cet élan, Reza Pahlavi parcourt les chancelleries pour tenter de trouver des soutiens et faire passer le message qu'il est désormais prêt à prendre la relève. Et c'est en Israël que son initiative est la mieux reçue. Il pose au côté du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, en avril 2023 lors d'un voyage pour "rétablir les relations historiques entre l'Iran et Israël".

Lorsque l'État hébreux attaque l'Iran en juin 2025, l'opération militaire israélienne porte le nom de "Rising lion", référence à l'animal symbole de la dynastie Pahlavi.
Durant la guerre des 12 jours au cours de laquelle les frappes israéliennes tuent des centaines de civils, Reza Pahlavi ne cache plus ses ambitions. Il qualifie les bombardements d'"opportunité" et affirme que l'intention du gouvernement israélien n'est pas de viser les civils iraniens.
Son épouse, Yasmine Pahlavi, moins mesurée, publie sur Instagram la photo d'un graffiti proclamant "Hit them Israel, Iranians are behind you" ("Frappez-les Israël, les Iraniens sont derrière vous"). Ces prises de position lui vaudront la réprobation d'une partie de ses partisans.

Selon le quotidien israélien Haaretz, une vaste opération d'influence israélienne en langue persane aurait été orchestrée durant la guerre pour présenter le fils du Shah comme la figure légitime d'un Iran post-République islamique, alors que le conflit fragilisait encore davantage le régime iranien.
"Un plan pour le futur de l'Iran"
Celui qui se fait appeler "prince" lors de ses interventions publiques attend son tour avec impatience. Il propose même "un plan pour le futur de l'Iran" en guise de transition pour les 100 jours qui suivront la chute du régime en place.
Dans une interview le 29 juillet donnée à Bild, il estime que "la chute du régime n'est plus une question de 'si' mais de 'quand'". Le 28 septembre, il se félicite cette fois du rétablissement des sanctions de l'ONU contre l'Iran, qualifiant la mesure de "victoire pour tous ceux qui réclament depuis longtemps une pression maximale sur ce régime", alors que l'économie du pays continue de sombrer.
Depuis la reprise de la contestation, il multiplie les interventions médiatiques. Dans le Washington Post, il parle d'une "opposition coordonnée" et salue le soutien de Donald Trump au peuple iranien. Le président américain a menacé de frapper "très durement" l'Iran si les autorités tuaient de nouveau des civils.
"Le moment fatidique approche", écrit le fils du Shah dans cette tribune, dans laquelle il se présente comme le "garant d'une transition nationale vers la démocratie". "Les manifestants scandent mon nom et appellent à la liberté et à l'unité nationale. Je n'y vois pas une invitation à prendre le pouvoir, mais une profonde responsabilité."
Sur Fox News, il propose même un référendum sur "la future forme démocratique de gouvernement" et se dit prêt à intervenir aux côtés de ses compatriotes "pour mener le combat ultime".
Fils d'un dictateur impopulaire
Pourtant, Reza Pahlavi ne fait pas l'unanimité. Et le slogan "Ni Shah, ni mollah" continue de se faire entendre, notamment dans les universités.
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Accepter Gérer mes choix"La questions des circonstances de son retour interroge", souligne l'historien Jonathan Piron. "Si c'est à la faveur d'une intervention étrangère, il pourrait être perçu comme un personnage importé."
S'il tire de son nom un prestige héréditaire, Reza Pahlavi souffre pourtant du lourd héritage de son père, qui fut un dictateur impopulaire sur la fin de son règne. Or, l'héritier n'a jamais vraiment dénoncé la tyrannie exercée par le régime du Shah, marquée par les arrestations politiques de la Savak (police politique), les cas de torture et d'exécution d'opposants.
Dans ses soutiens, gravitent encore certaines personnalités issues du milieu sécuritaire de ces années noires, au rang desquels figure Parviz Sabeti, ancien chef des services de renseignement et responsable de la torture et des exécutions d'opposants.
"Make Iran great again"
S'il reste assez vague sur ses propositions politiques, Reza Pahlavi s'affiche aux côtés des figures des milieux néo-conservateurs et de l'extrême droite européenne. En 2025, invité à la Conférence d'action politique conservatrice (CPAC), grand-messe des conservateurs américains, il prend parole aux côtés de Javier Milei, Nigel Farage, Giorgia Meloni, Steve Bannon, Elon Musk ou encore Donald Trump.
Ses partisans affectionnent le slogan "MIGA", pour "Make Iran great again", repris par le président américain à plusieurs reprises.
Dans une photo partagée par le sénateur républicain Lindsey Graham, prise à bord d'Air Force One, Donald Trump arbore une casquette "Make Iran Great Again". Le cliché a été pris dimanche 4 janvier, au lendemain de la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro, allié de Téhéran, par les forces américaines.

Cette proximité avec l'univers trumpiste n'est toutefois pas revendiquée par tous ses soutiens. "Je ne suis pas MIGA", rétorque une partisane récente de Reza Pahlavi, jointe à Téhéran. "Le pahlavisme, dit cette Iranienne qui n'a connu que la République islamique, ça n'est pas le soutien à la figure de Reza Pahlavi, ça n'est pas la volonté d'avoir une nouvelle monarchie. Pour moi, c'est synonyme de nationalisme, de modernité et de laïcité."
Plus largement, souligne le journaliste Armin Arefi, l'urgence domine aujourd'hui chez de nombreux manifestants. "Aujourd'hui, leur but premier, c'est de se débarrasser des mollahs à n'importe quel prix", analyse-t-il. "Pour ceux qui scandent son nom, la personnalité la plus légitime est Reza Pahlavi, et c'est la raison pour laquelle ils le soutiennent."
Dans ce contexte, le fils du Shah apparaît à leurs yeux comme la figure la mieux placée pour incarner une alternative, moins pour ce qu'il est, mais plutôt pour ce qu'il symbolise : la possibilité, enfin, d'un changement de régime.
