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RéessayerLe symbole n’est pas passé inaperçu à Kiev. Après avoir réprimandé l’Inde pendant des mois pour ses achats de pétrole russe, l’administration Trump a fait un demi-tour complet le 7 mars en autorisant New Delhi à s’approvisionner auprès de Moscou jusqu'au 4 avril.
Le secrétaire du Trésor, Scott Bessent, a beau avoir insisté sur les réseaux sociaux qu’il ne s’agissait que d’une mesure "délibérément temporaire" qui "n’apporterait aucun bénéfice significatif" à la Russie, plusieurs analystes ont vu cela comme un signe que la guerre au Moyen-Orient commençait déjà à profiter à Moscou.
Pour cause, la Russie pourrait bénéficier d'une hausse prolongée des prix des hydrocarbures, s'accordent les spécialistes. Or, depuis que les États-Unis et Israël ont attaqué l'Iran le 28 février, leurs prix ont explosé. En cause, notamment, la quasi-fermeture du détroit d'Ormuz, par lequel transite habituellement environ 20 % de l'approvisionnement mondial en pétrole.
Lundi 9 mars, le prix du baril a dépassé les 100 dollars pour la première fois depuis que la Russie a lancé son offensive contre l'Ukraine en 2022, avant de refluer après les déclarations de Donald Trump évoquant une fin prochaine de la guerre.
Le prix du pétrole de l'Oural, indice de référence pour le brut russe, a augmenté d'environ 60 % pour atteindre 90 dollars le baril, soit la promesse de revenus budgétaires bien plus importants que prévus pour la Russie, un exportateur majeur de pétrole et de gaz.
Chaque hausse de 11 dollars par baril au-dessus du niveau retenu par la Russie dans son budget, soit 59 dollars, pourrait générer 28 milliards de dollars supplémentaires d'ici la fin de l'année, a rapporté le journal pro-Kremlin Izvestia.
La Russie a "déjà énormément bénéficié" de ces prix élevés, affirme Henning Gloystein, spécialiste de l’énergie à Eurasia Group, un think-tank américain. "Des cargos ont été vendus près de 90 dollars le baril, ce qui représente une large augmentation en terme de prix et de volume pour la Russie" comparé au prix d’environ 50 dollars le baril avant les attaques israélo-américaines contre l’Iran, a déclaré l’expert dans une interview à la chaîne américaine CNBC.
Assouplissement des sanctions
Cette flambée des prix s’accompagne de la possibilité pour Moscou d’écouler un plus grand nombre de barils. La dérogation américaine pour l’Inde a ouvert les vannes : les importations indiennes de pétrole russe s'élèvent ainsi à environ 1,2 million de barils par jour, selon Sumit Ritolia, de la société d'analyse Kpler, bien au-dessus de la prévision de 800 000 à 850 000 barils avant le début de la guerre.
La Russie a cependant dépensé des sommes colossales pour financer son effort de guerre en Ukraine tout en souffrant de la perte du marché européen. Pour compenser, il faudrait que les prix se maintiennent à un niveau élevé pendant une période prolongée.
Interrogée sur France 24, la politologue russe Vera Grantseva veut ainsi croire qu’il s’agit davantage d’une bouffée d’oxygène que d’un réel changement durable.
"Beaucoup de pays dans le monde ne veulent pas acheter le pétrole russe, ou alors ils le font par des moyens contournés qui impliquent beaucoup de frais côté russe pour la livraison. Même si la Russie pourra vendre un peu plus de pétrole, les prix vont rester bas et ça ne va pas changer les problèmes structurels de l’économie russe", explique la politologue.
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Réessayer
"À moins que les prix du pétrole ne restent élevés plus longtemps et que le rouble ne s'affaiblisse considérablement, les problèmes budgétaires du Kremlin sont là pour durer", abonde dans un article Alexandre Koliandre, chercheur au Centre d'analyse des politiques européennes.
Si la Russie connaît une "augmentation significative" de la demande en hydrocarbures depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, selon le Kremlin, elle continue de rencontrer des problèmes pour écouler ses produits sur d'autres marchés que celui de l'Asie.
L'Union européenne, autrefois grande cliente, a interdit les importations maritimes de pétrole brut russe en 2022.
Mais si les Européens ont l’air décidé à refuser tout assouplissement des sanctions, ce n’est pas le cas des Américains. Lundi, Vladimir Poutine s'est dit prêt à fournir les Européens en hydrocarbures s'ils se déclaraient en faveur d'une "collaboration durable et stable, dépourvue de conjoncture politique" avec Moscou.
D’après trois sources citées mardi par l’AFP, Donald Trump envisage un assouplissement des sanctions contre la Russie qui pourrait revêtir différentes formes : une vaste suspension ou une mesure plus restreinte qui autoriserait certains pays à acheter du pétrole russe sans risquer d'être sanctionnés par Washington
Risque pour les défenses antiaériennes en Ukraine
Au delà des revenus supplémentaires du pétrole, que Moscou utilisera certainement pour investir dans ses capacités militaires, la guerre au Moyen-Orient pourrait aussi affaiblir l’Ukraine de plusieurs autres manières.
Vu de la Chine, du Brésil ou de l'Afrique du Sud, l’attaque de l’Iran est une nouvelle illustration de la tendance des Occidentaux à enfreindre le droit international quand ça les arrange. Symboliquement, il est donc difficile pour ces derniers de se targuer ensuite du droit international pour mobiliser un soutien international à l’Ukraine ou maintenir des sanctions contre la Russie.
D’un point de vue plus pratique, la guerre au Moyen-Orient a déjà détourné l'attention de la communauté internationale de la guerre en Ukraine, tout en contraignant les alliés de Kiev à réorienter leurs ressources militaires.
"La priorité et toute l'attention des partenaires se concentrent" désormais sur l'Iran, a relevé lundi le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, annonçant le report sine die d'une nouvelle réunion de pourparlers.
Pire encore pour Kiev, une prolongation de la guerre en Iran pourrait porter un coup aux défenses antiaériennes ukrainiennes, dépendantes des livraisons de missiles occidentaux, et qui pourraient venir à manquer.
Une guerre longue générant de l’inflation pourrait également entamer la capacité budgétaire des pays européens à soutenir financièrement l’Ukraine. La fébrilité était perceptible dans les propos du commissaire européen chargé de l’énergie, Dan Jorgensen, qui recommandait, mardi, aux États qui en ont les moyens de baisser les taxes sur l'énergie, notamment sur l’électricité, pour compenser la hausse des prix liée à la guerre au Moyen-Orient. Une option "inconcevable" pour un pays endetté comme la France.
Un allié affaibli ?
Mais, en parallèle, avec la guerre au Moyen-Orient, la Russie perd un allié dans la région : l'Iran. Depuis le lancement de l'offensive russe en Ukraine, les deux pays avaient intensifié leurs échanges commerciaux, Téhéran fournissant notamment à Moscou la précieuse technologie des drones Shahed, que la Russie produit désormais massivement.
En janvier 2025, la Russie et l'Iran ont signé un accord de coopération globale dans lequel les deux pays s'engagent à lutter contre les menaces communes. Mais, comme ce fut le cas avec son allié vénézuélien, la Russie n'a guère les moyens d'aider militairement Téhéran face aux États-Unis et à Israël.
"L'image de la Russie en Iran en pâtit inévitablement", estime, dans le média Lenta, Ivan Botcharov, analyste au Conseil russe des affaires internationales, selon lequel cette impuissance relative "sape la confiance" envers Moscou.
"Même si le régime iranien parvient à se maintenir, les combats finiront par nuire aux intérêts russes et compromettre ses projets dans la région", juge de son côté Nikita Smagine, expert au Carnegie Institute.
Moscou a prévu de nombreux investissements en Iran, parmi lesquels une centrale nucléaire de 25 milliards de dollars dont la construction est prévue dans la région méridionale d'Hormozgan.
Avec AFP, Reuters
