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L'instant + : découverts au Maroc, des fossiles éclairent les origines africaines de l’humanité
Des fossiles découverts dans une carrière au Maroc et récemment datés révèlent des spécimens d'hominidés vieux de 773 000 ans, proches de l'ancêtre de l'homme moderne.
Mandibule ThI-GH-10717, vieille de 773 000 ans, provenant de la carrière Thomas au Maroc. Image publiée le 7 janvier 2026. © Hamza Mehimdate, Programme préhistoire de Casablanca via AFP

Où est apparue notre espèce ? Des fossiles, découverts au Maroc et récemment datés de 773 000 ans, renforcent l'hypothèse d'une origine africaine d'Homo sapiens, selon une étude publiée mercredi dans Nature.

Le plus vieux fossile d'Homo sapiens – le seul représentant du genre Homo encore vivant aujourd'hui – découvert à Jebel Irhoud (Maroc), date de 300 000 ans.

Mais nos ancêtres se seraient séparés bien plus tôt – il y a 750 à 550 000 ans – des lignées eurasiennes ayant donné naissance aux Néandertaliens et aux Dénisoviens, deux de nos cousins aujourd'hui disparus.

Or jusqu'à présent, dans l'ouest de l'Ancien monde les principaux fossiles d'hominines archaïques datant de cette époque avaient été retrouvés en Espagne, à Atapuerca. Daté d'environ 800 000 ans, cet "Homo antecessor" combinait des traits rappelant ceux plus anciens d'Homo erectus et d'autres se rapprochant des Sapiens et des Néandertaliens/Dénisoviens.

Ce qui a conduit à l'hypothèse – débattue – qu'Homo sapiens aurait vu le jour hors d'Afrique, avant d'y retourner.

Il y avait un "trou dans la documentation fossile en Afrique", explique à l'AFP le paléoanthropologue Jean-Jacques Hublin, principal auteur de l'étude.

Celle-ci vient le combler en datant les fossiles de la "Grotte aux hominidés", découverte en 1969 à Casablanca sur la côte atlantique du Maroc. Les scientifiques préfèrent aujourd'hui le terme d'"hominines" pour qualifier les humains et leurs ancêtres.

Sporadiquement occupé par des hominines qui y ont laissé des outils en pierre typiques de l'industrie acheuléenne, le lieu était aussi un repère de carnivores. Comme en témoigne un fémur humain portant des traces de consommation, probablement par une hyène, qui avait fait l'objet d'une précédente étude.

Une trentaine d'années de fouilles menées par une équipe maroco-française a permis de mettre au jour des vertèbres, des dents et des fragments de mâchoires humaines, dont la morphologie a immédiatement intrigué les chercheurs.

En particulier, une mandibule "très gracile", découverte en 2008. "Les hominines qui vivaient il y a un demi-million ou un million d'années, n'avaient généralement pas de petites mandibules. Là, on voyait bien que c'était quelque chose de bizarre. Et on se demandait quel âge ça pouvait avoir", se souvient Jean-Jacques Hublin.

Inversion du pôle magnétique

Plusieurs tentatives de datation se sont révélées infructueuses. Jusqu'à l'utilisation en 2022 d'une méthode s'appuyant sur l'inversion de polarité magnétique de la Terre.

Il y a 773 000 ans, le champ magnétique terrestre s'est inversé. Jusque-là, le pôle nord magnétique était proche du pôle Sud géographique. Partout dans le monde, des roches ont gardé la trace de ce changement.

Les fossiles de la "Grotte aux hominidés" ont été trouvés exactement dans les niveaux qui correspondent à cette inversion, permettant une datation "très, très précise", explique Jean-Jacques Hublin.

Grâce à cette datation, l'"absence d'ancêtres" plausibles d'Homo sapiens en Afrique est "abolie", se félicite le paléoanthropologue.

"Jean-Jacques Hublin et ses collègues renforcent ainsi l'idée de plus en plus répandue que tant les origines de Homo sapiens que le dernier ancêtre commun (à Sapiens, et aux Néandertaliens/Dénisoviens, NDLR) se situent en Afrique, et leur travail suggère également que la divergence évolutive de la lignée Homo sapiens pourrait avoir commencé plus tôt que ce qui est généralement admis", estime dans un commentaire publié dans Nature le paléobiologiste Antonio Rosas, qui n'a pas participé à l'étude.

Comme Homo antecessor, les hominines de Casablanca présentent une "mosaïque de caractères primitifs et de caractères dérivés", explique Jean-Jacques Hublin, qui préfère qualifier ces derniers d'"Homo erectus tardifs sensu lato (au sens large, NDLR)".

Proches, les fossiles marocains et espagnols ne sont toutefois pas totalement similaires, signe de "populations qui sont en train de se séparer, de se différencier", ajoute le paléoanthropologue.

Si le Proche-Orient est considéré comme la route migratoire principale des hominines hors d'Afrique, la baisse du niveau de la mer à certaines périodes aurait pu créer des voies de passage entre la Tunisie et la Sicile et au niveau du détroit de Gibraltar.

Ces fossiles sont "un jeton de plus à mettre dans la boîte de l'hypothèse d'échanges possibles" entre le Nord de l'Afrique et le Sud-Ouest de l'Europe, selon Jean-Jacques Hublin.

Avec AFP