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Mettre la main sur le Groenland, une idée fixe des États-Unis depuis fort longtemps
Quelques jours après l’enlèvement du président Maduro par des forces américaines au Venezuela, Donald Trump a laissé entendre que d’autres régions du monde figuraient dans sa ligne de mire, notamment le Groenland. Depuis son premier mandat, le président américain affiche son intérêt pour ce territoire autonome danois de l’Arctique, riche en minerais. Un intérêt qui ne date toutefois pas de l’ère Trump. 

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Donald Trump a réaffirmé son souhait de voir le Groenland passer sous la coupe américaine. © Studio graphique FMM
01:38

Dans une déclaration commune, la France, l'Allemagne, l'Italie, la Pologne, l'Espagne et le Royaume-Uni ont apporté, mardi 6 janvier, leur soutien au Danemark face aux revendications de Donald Trump sur le Groenland. "Il revient au Danemark et au Groenland, et à eux seuls, de décider des questions concernant le Danemark et le Groenland", ont déclaré les dirigeants européens, soulignant que le royaume fait "partie" de l'Otan comme les Etats-Unis, eux-mêmes liés à Copenhague par un accord de défense."

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Cette déclaration fait suite aux nouvelles menaces proférées par le président américain à l’encontre de ce territoire autonome danois. Interrogé par le magazine américain The Atlantic sur les implications pour le Groenland de l'opération militaire menée par les forces spéciales américaines au Venezuela qui ont mené à l'enlèvement du président Maduro et de son épouse, Donald Trump a déclaré en fin de semaine dernière que c'était à ses partenaires de les évaluer : "Ils vont devoir se faire leur propre opinion. Je ne sais vraiment pas". "Nous avons besoin du Groenland du point de vue de la sécurité nationale, et le Danemark ne sera pas en mesure de s'en occuper", a-t-il ensuite réaffirmé devant des journalistes à bord d'Air Force One dimanche soir. Et d’ajouter : "Nous nous occuperons du Groenland dans environ deux mois... parlons du Groenland dans 20 jours".

Lors de son premier mandat, le locataire de la Maison Blanche avait déjà fait part de ses envies d’annexion de cet immense île arctique peuplée de 57 000 habitants. En août 2019, il avait affirmé vouloir acheter le territoire au Danemark. "C’est une grosse transaction immobilière", avait-il alors déclaré après des révélations du Wall Street Journal sur son intérêt pour l’île. 

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Le Groenland © Guillermo RIVAS PACHECO, Valentina BRESCHI, Clara MORINEAU / AFP/Archives

Une terre de convoitises

Cette province danoise suscite des convoitises depuis des centaines d’années. À partir du Xe siècle, les Scandinaves commencent à coloniser ce territoire découvert en 982 par le Viking Eric le Rouge et habité jusque-là par des Amérindiens. Jusqu'au début du XVIIIe siècle, Norvégiens et Danois se disputent sa souveraineté. En 1814, lorsque les deux royaumes se séparent, Le Groenland est conservé par le Danemark en vertu du traité de Kiel.

À la même époque, les Américains revendiquent le Groenland comme faisant partie de leur sphère d’influence. Avec la doctrine du président James Monroe en 1824, ils mettent ainsi en garde les Etats européens contre toute ingérence dans les affaires des "Amériques". "D’un point de vue états-uniens, le Groenland est nord-américain", souligne sur l’antenne de France 24, Mikaa Blugeon-Mered, chercheur en géopolitique spécialiste des régions arctiques.

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Mettre la main sur le Groenland, une idée fixe des États-Unis depuis fort longtemps
Questions directes © France 24
13:04

D’une guerre à l’autre

Quelques décennies plus tard, ils font déjà une première tentative d’annexion. En 1867, ils tentent de de l'acquérir dans un "lot" qui comprend aussi l’Islande, mais le Danemark refuse l’offre. Ils doivent se contenter de l’Alaska, acheté sept millions de dollars à la Russie. Lors de la Première Guerre mondiale, les deux pays sont de nouveau en pourparlers. Les Etats-Unis achètent en 1917 au Danemark les îles vierges (anciennement indes occidentales danoises) pour sécuriser le canal de Panama contre la somme de 25 millions dollars. Dans le même temps, ils reconnaissent la souveraineté du royaume scandinave sur le Groenland.

Pendant le conflit suivant, alors que le Danemark est occupé par l’Allemagne nazie et que tout contact avec le Groenland est rompu, les Etats-Unis appliquent la doctrine Monroe qui condamne tout tentative d’expansion des puissances américaines sur le continent américain. En avril 1941, ils signent un accord de défense avec l’ambassadeur du Danemark aux Etats-Unis, contre les instructions de son propre gouvernement en exil. Ce texte permet la présence de troupes américaines sur le sol groenlandais, devenant de facto un protectorat américain. Ils y établissent un certain nombre de bases dont celle de Thulé, connue aujourd’hui sous le nom de Pittufik. Après la Seconde Guerre mondiale, le président Harry Truman propose de nouveau en 1946 d’acheter l’île pour un montant de 100 millions de dollars, mais le Danemark oppose de nouveau son refus.

Au cours de la Guerre froide, le territoire se révèle encore une fois stratégique. Les deux pays concluent un nouvel accord permettant aux Américains de renforcer leur base de Thulé qui devient une véritable enclave de l’armée américaine. "S’il y avait eu des échanges de missiles intercontinentaux balistiques qui devaient se diriger vers les Etats-Unis, ils devaient passer par l’arctique. C’est pour cela qu’ils ont créé cette base qui existe toujours. C’est leur premier rideau de défense", explique Mikaa Blugeon-Mered, auteur de "Les mondes polaires" (éditions PUF). 

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Des enjeux politiques, de stratégie et de ressources

Compte tenu de cette longue histoire, ce chercheur n’a pas été surpris par les récentes déclarations du président américain. "Quand il a proposé de racheter le Groenland en 2019, cela avait fait hausser beaucoup de sourcils. Beaucoup de journalistes m’appelaient en me disant que c’était complètement débile, alors que ce n’est pas du tout le cas. Il y a des enjeux politiques, de stratégie et de ressources", estime-t-il.

Avec le réchauffement climatique et la fonte des glaces, le Groenland se trouve aujourd’hui sur le chemin de nouvelles routes maritimes très convoitées susceptibles de raccourcir le trafic commercial. En mars 2025, Donald Trump s’était dit inquiet des présences chinoises et russes dans la région arctique. "Nous avons nos larrons habituels en vadrouille près des côtes et nous devons faire attention, nous vous en reparlerons", avait-il affirmé.

Ce territoire de deux millions de km2 recouvert à 85 % de glace dispose également de vastes réserves minières, y compris de terres rares, ces métaux indispensables à la production de nos smartphones, ordinateurs ou voitures électriques, mais aussi pétrolières inexploitées. "Selon le service géologique des États-Unis, le Groenland pourrait avoir des réserves d'hydrocarbures de l'ordre de 31 milliards de barils équivalent pétrole. Ça représente à peu près 15 % des réserves de l'Arabie saoudite pour donner un ordre de grandeur", décrit Mikaa Blugeon-Mered. Mais l’accès à ces ressources s’annonce toutefois compliqué. "Toutes les entreprises étrangères qui ont essayé de trouver des gisements commerciaux ou en tout cas exploitables ont fait chou blanc", précise le chercheur.  

Pour Mikaa Blugeon-Mered, “cette bataille géoéconomique se transforme en bataille géopolitique". "Quand les Chinois s'intéressent au Groenland, c'est essentiellement pour la question des ressources. Quand les Russes s’y intéressent, c'est essentiellement pour la question du verrou. Enfin, quand ce sont les Américains ou les Européens, c'est pour l'ensemble de ces sujets", estime-t-il. 

Face à ces velléités, le Groenland répète en tout cas ne pas être à vendre et vouloir décider seul de son avenir. En janvier 2025, 85 % des Groenlandais s'étaient dit opposés à leur rattachement aux États-Unis, selon un sondage publié dans la presse danoise et groenlandaise. Seuls 6 % y étaient favorables.