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Crimes contre l'humanité en RD Congo : l'ex-chef rebelle Roger Lumbala condamné à Paris
Roger Lumbala, ancien chef rebelle congolais, a été condamné, lundi, par la cour d'assises de Paris à 30 ans de réclusion criminelle pour complicité des crimes contre l'humanité commis par ses soldats en 2002-2003 en RD Congo. L'accusé, qui a dix jours pour faire appel, a refusé d'assister à son procès.
Ce croquis du tribunal fourni par TRIAL International et daté du 25 novembre 2025 montre un plaignant témoignant à Paris lors du procès de l'ancien chef rebelle congolais Roger Lumbala. © Augustin Guichot, AP

L'ancien chef rebelle congolais Roger Lumbala a été condamné, lundi 15 décembre, à Paris, à 30 ans de réclusion criminelle pour complicité des crimes contre l'humanité commis par ses soldats en 2002-2003 en République démocratique du Congo.

La cour d'assises de Paris a jugé cet homme de 67 ans au titre de la compétence universelle qu'elle s'octroie pour juger les crimes contre l'humanité. Roger Lumbala, qui a dix jours pour faire appel, a refusé d'assister à son procès, déniant toute légitimité à la justice française. Mais il est revenu écouter le verdict, impassible.

Le parquet national antiterroriste (Pnat), compétent sur ces crimes, avait requis la réclusion criminelle à perpétuité, la peine la plus lourde prévue par le code pénal français.

Trois chefs de guerre ont déjà été condamnés par la Cour pénale internationale pour des crimes commis lors des conflits qui ravagent l'est de la RD Congo depuis trois décennies. Mais aucune cour nationale d'un pays s'octroyant la compétence universelle n'a jusqu'à présent condamné quiconque pour ces atrocités, relèvent les ONG.

Des millions de morts et de déplacés

Viols utilisés comme armes de guerre, esclavage sexuel, travail forcé, tortures, mutilations, exécutions sommaires, pillage systématique, racket, captation des ressources (diamants, coltan...) : durant un mois, la cour a écouté le récit d'exactions commises lors de l'offensive "Effacer le tableau", menée contre une faction rivale dans le nord-est du pays par le RCD-N, le groupe rebelle de Lumbala. Soutenu par l'Ouganda voisin, celui-ci était allié au MLC de l'actuel ministre congolais des Transports, Jean-Pierre Bemba.

À l'instar de procès passés sur le génocide des Tutsi au Rwanda, la première guerre civile au Liberia ou les exactions du régime syrien de Bachar al-Assad, Roger Lumbala a été jugé au titre de la compétence universelle que s'octroie sous certaines conditions la France pour les crimes contre l'humanité.

Les organisations de défense des droits humains espèrent que ce verdict mettra à mal le sentiment d'impunité de belligérants qui, depuis 30 ans, guerroient dans l'est de la RDC, avec l'implication de pays voisins comme le Rwanda ou l'Ouganda, et avec comme objectif principal le contrôle des ressources minières et naturelles.

Ces guerres, dont le bilan est impossible à établir, ont fait des millions de morts et de déplacés. Au moment où tombe le verdict Lumbala, l'accord "pour la paix" entériné début décembre à Washington demeure lettre morte et la région reste le théâtre d'affrontements entre le M23, groupe soutenu par Kigali, et l'armée congolaise, appuyée par les forces burundaises.

Trois chefs de guerre, Thomas Lubanga, Germain Katanga et Bosco Ntaganda, ont certes été condamnés entre 2012 et 2021 par la Cour pénale internationale. Mais aucune cour nationale d'un pays s'octroyant la compétence universelle n'a jusqu'à présent condamné pour des atrocités commises dans l'est de la RDC, relèvent les ONG.

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"Une des têtes pensantes"

L'opération "Effacer le tableau" s'inscrit dans cette longue succession de combats entre multiples factions. Selon Hervé Cheuzeville, un travailleur humanitaire venu témoigner, elle fut "un paroxysme d'horreur", "une orgie sans précédent de violences et de pillages".

Les faits examinés par la cour depuis le 12 novembre ne sont que "la partie émergée de l'iceberg" des atrocités même si elles en sont "un échantillon représentatif", selon un avocat des parties civiles, Henri Thulliez.

Durant le procès, un homme a ainsi expliqué comment son frère avait été amputé de l'avant-bras puis exécuté après avoir été incapable de manger son oreille sectionnée; des femmes ont livré le récit de viols par des soldats, souvent collectifs et sous les yeux de parents, d'époux, d'enfants.

Les victimes étaient majoritairement nande ou pygmées bambuti, groupes ethniques accusés par les assaillants de pencher du côté d'une faction rivale.

Et Roger Lumbala avait "une position d'autorité" sur ses troupes, selon le parquet qui a balayé l'autoportrait d'un simple politique sans prise sur les combattants, brossé par l'accusé pendant l'enquête.

Selon les avocats généraux, cet "opportuniste", qui posait volontiers en uniforme et se vantait dans la presse des conquêtes de ses soldats, les a non seulement laissé commettre leurs crimes mais y a "directement participé", certes pas sur le front mais en leur fournissant notamment munitions et armes, financées par le racket de la population. Il fut bien "l'une des têtes pensantes" de cette offensive sanglante, selon l'accusation.

Avec AFP