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Ambition, finances, forêts… les enjeux de la COP30 de Belém
Du 10 au 21 novembre, la communauté internationale se réunit à Belém, au Brésil, pour la COP 30. Alors qu'aucun sujet particulier n'a pour le moment été mis en avant par le président Luiz Inacio Lula da Silva, quels seront les grands enjeux qui agiteront cette nouvelle grand-messe climatique ? France 24 fait le point. 
Des militants de l'Amazonie brésilienne à côté d'un capybara gonflable, lors d'une manifestation pour demander aux négociateurs de la COP30 de protéger les forêts amazoniennes, en octobre 2025. © Mateus Bonomi, Reuters

À chaque COP, son combat. En 2023, aux Émirats arabes unis, la bataille portait sur les énergies fossiles. Après des heures de débats houleux, les États étaient finalement parvenus à un accord appelant à abandonner progressivement le pétrole et le charbon. L'année suivante, la COP29 s'était imposée comme celle "de la finance", et avait abouti avec la promesse de verser 300 milliards de dollars (environ 257 milliards d'euros) pour aider les pays du Sud à affronter le dérèglement climatique.

Mais la COP30, qui s'ouvre à Belém, au Brésil, le 10 novembre prochain, semble faire exception. Cette fois, alors que l'échéance approche, aucune thématique majeure ne semble s'imposer. "Aucun grand sujet ne devrait monopoliser les débats et les négociations cette année. À l'inverse, ce sont plutôt une myriade de thématiques très diverses qui seront au menu", confirme Gaïa Febvre, responsable des politiques internationales au Réseau Action Climat.

Point d'étape dix ans après les accords de Paris, droits des populations autochtones, protection des forêts… France 24 revient sur les différents enjeux qui animeront cette nouvelle grand-messe du climat. 

Faire un point d'étape dix ans après Paris

Premier grand dossier, et non des moindres, la COP30 permettra de faire un point d'étape dix ans après les Accords de Paris. Depuis 2015, chaque pays doit soumettre tous les cinq ans une feuille de route climatique détaillant sa stratégie de réduction des émissions de gaz à effet de serre. L'objectif collectif : maintenir le réchauffement sous la barre fatidique des 1,5 °C.

Mais avant même la COP, le bât blesse. Premier problème ? Les retardataires. Alors que ces "contributions déterminées au niveau national (CDN)" devaient être rendues avant la fin du mois de septembre, de nombreux pays manquent toujours à l'appel. L'Union européenne, par exemple, s'affiche très divisée sur la question et ne devrait remettre la sienne que le 4 novembre, soit à quelques jours du sommet.

Quant aux "bons élèves" qui ont rendu leur copie à l'heure, le constat est sans appel : les efforts sont insuffisants. Mi-octobre, seuls la Norvège et le Royaume-Uni présentaient des CDN qui respectaient les accords de Paris. À l'inverse, la Chine, par exemple, a rendu une feuille de route bien en dessous des attentes, avec un objectif très modeste de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre de 7 à 10 % d'ici 2035.

"Nous ne nous faisons pas d'illusion, en faisant la synthèse de ces CDN, cette COP va faire le constat que nous ne sommes pas alignés avec l'Accord de Paris", résume Gaïa Febvre. "Le grand enjeu à Belém sera donc de voir comment les États répondent collectivement et politiquement à ce fossé d'ambitions. Autrement dit, comment les dirigeants du monde entier comptent-ils réduire l'écart entre leurs promesses actuelles et la nécessité de limiter au maximum le réchauffement sous la barre des 1,5 °C ?

Car malgré tout, note Gaïa Febvre, "l'Accord de Paris fonctionne. Avant lui, nous étions plutôt sur une trajectoire autour de +4 °C. Depuis 2015, la courbe s'est infléchie et nous tendons plutôt à un réchauffement entre +2,6 et +2,8 °C", rappelle-t-elle. "Mais ce n'est pas suffisant pour rester sur une planète vivable. Garder cette trajectoire ne peut pas être une stratégie politique viable."

Établir une feuille de route de "Bakou à Belém"

La question financière reviendra aussi au centre des discussions. "La COP30 sera également une COP de la finance dans la continuité de Bakou", souligne Lorelei Limousin, chargée de campagne climat à Greenpeace.

En Azerbaïdjan, les pays développés avaient promis de verser au moins 300 milliards de dollars par an d'ici 2035 aux nations vulnérables pour les aider à s'adapter aux effets du dérèglement climatique et enclencher leur transition énergétique. Mais l'accord avait immédiatement été jugé insuffisant. Les pays concernés réclamaient un montant quatre fois supérieur, et surtout déploraient des modalités d'application trop floues.

Effectivement, un an plus tard, les zones d'ombre persistent. "On ne sait pas qui va financer quoi. Si ce sera du financement public, du financement privé, s'il sera alloué à l'atténuation, à l'adaptation, ou aux pertes et dommages liés au dérèglement climatique. Tout est vraiment très flou", déplore la chargée de plaidoyer à Greenpeace. "Il faut désormais un vrai plan d'action, concret, pour avancer." L'une des missions de la COP30 sera ainsi de répondre à toutes ces questions pour établir une feuille de route intitulée de "de Bakou à Belém". 

En parallèle, les discussions porteront sur les sources de financement privées susceptibles de compléter les 300 milliards promis. Parmi les pistes envisagées : des "taxes de solidarité" sur les transactions boursières et obligataires, sur les émissions liées aux combustibles fossiles, ou encore sur les billets d'avion.

Lorelei Limousin met toutefois en garde : "On ne peut pas tout miser sur la finance privée car elle est là pour générer de l'argent, pas sauver le climat."

"D'autant plus que l'argent, on sait où le trouver. En taxant les profits des industries fossiles, nous pourrions générer 400 milliards d'euros par an à reverser en financements publics aux pays du Sud. On évoque cette idée depuis plusieurs années. Il est temps que la COP30 envoie un message fort : l'industrie fossile doit payer pour les dégâts climatiques qu'elle cause."

Améliorer la protection des forêts

En organisant la COP aux portes de l'Amazonie, Lula affiche par ailleurs clairement son ambition : braquer les projecteurs sur les forêts. Dans cette optique, le chef de l'État brésilien pousse pour la création d'un nouveau fonds pour lutter contre la déforestation : le "Tropical Forever Forest Facilities", TFFF. 

"Ce fonds aurait pour vocation de réunir 125 milliards de dollars, placés ensuite sur les marchés financiers. Les bénéfices seraient reversés aux pays abritant des forêts tropicales en Amazonie, dans le bassin du Congo ou en Asie du Sud-Est", détaille Clément Helary, chargé de campagne forêts à Greenpeace. Le Brésil a déjà annoncé qu'il verserait 1 milliard de dollars, la Chine et les Émirats arabes unis également. 

"Cela est présenté comme une solution globale pour lutter contre la destruction des forêts et comme un moyen de fournir des financements directs aux peuples autochtones", salue Clément Helary. "Mais de nombreux points sont encore à discuter. Il faut des garde-fous sur la façon dont cet argent sera réinvesti. Il faut par exemple exclure les investissements dans les mines ou l'agroindustrie, vecteurs de déforestation." 

L'urgence est réelle. En 2014, des dizaines de gouvernements s'étaient engagés, par la déclaration de New York, à mettre un terme à la déforestation d'ici 2030. L'ambition avait été renouvelée en 2021 à Glasgow, lors de la COP26. Mais cette promesse piétine. En 2024, 8,1 millions d'hectares ont été déforestés, selon une étude coordonnée par l'ONG Climate Focus. Les forêts primaires tropicales, les plus riches en carbone et en biodiversité, ont été les plus touchées avec 6,7 millions d'hectares perdus.

Faire de cette COP, une "COP des peuples"

Après trois éditions organisées dans des pays autoritaires - Égypte, Émirats arabes unis, Azerbaïdjan - et des rendez-vous perturbés par la pandémie de Covid-19, ce nouveau sommet doit vraiment être "une COP des peuples", appelle de son côté Fanny Petitbon, responsable France de l'ONG 350.org. 

"Belém doit apparaître comme un sas où la population civile peut retrouver sa liberté d'expression", poursuit-elle. "C'est l'occasion de relancer une mobilisation citoyenne très forte et de redonner la parole aux populations les plus vulnérables aux impacts du réchauffement climatique, notamment les peuples autochtones, les populations les plus précaires et les femmes."

En ce sens, un "sommet des peuples" est organisé du 12 au 16 novembre, notamment pour réclamer une meilleure prise en compte des besoins et des savoirs autochtones dans les négociations. Une grande marche pour le climat aura également lieu le 15 novembre, mobilisant la société civile dans les rues de la ville hôte.

"Mais il ne s'agit pas seulement de se réapproprier les espaces extérieurs de la COP", insiste Fanny Petitbon. Depuis un an, une coalition de peuple autochtone - "la réponse, c'est nous" - composée de représentants de toute l'Amérique latine, appelle à intégrer les espaces de négociations officiels. "Ils veulent être représentés dans les débats et les groupes de travail et avoir une voix au même titre que les délégations nationales. Ils ne veulent plus être là en tant que simples observateurs", résume la défenseure du climat. 

"Il ne s'agit pas de faire une COP pour les peuples autochtones, mais une COP avec eux", conclut-elle.