

Elle avait mis un terme à sa carrière sportive en Chine il y a 35 ans. À 58 ans, la joueuse de tennis de table sino-chilienne Zhiying Zeng fait ses premiers pas olympiques, samedi 27 juillet, lors des JO de Paris à l'Arena 4 de Paris Sud.
"C'est fou de pouvoir vivre cela à cet âge", a déclaré Zhiying Zeng à l’AFP, lors d’un entraînement avec l'équipe nationale mixte de tennis de table au Centre d'entraînement olympique (CEO) de Santiago, au Chili.
Entre sauts, cris et revers envoyés avec sa raquette, elle affirme même "oublier" son âge. "Peu de personnes de l'âge de Tania peuvent jouer au tennis de table au même niveau qu'elle", confie Francisco Seijas, entraîneur de l'équipe chilienne dont elle fait partie.
Contrairement à la plupart de ses adversaires, la quinquagénaire adopte un style de jeu défensif, une technique acquise durant son enfance en Chine. Zhiying Zeng "est une joueuse qui se bat, qu'il faut battre point par point et qui fait preuve d'une grande régularité", poursuit Francisco Seijas.
"C’est mon truc"
Née en 1966 à Foshan, dans le sud de la Chine, Zhiying Zeng baigne dans le tennis de table dès le plus jeune âge, avec une mère entraîneuse. La jeune fille commence à taper dans la petite balle blanche lorsqu’elle a neuf ans. Quatre ans plus tard, elle devient professionnelle et finit troisième au niveau national.
En 1989, à 22 ans, sa vie prend un tournant inattendu lorsqu’elle accepte d'aller enseigner le tennis de table à de jeunes athlètes au Chili. Elle atterri dans la ville d'Arica, à 2 000 km au nord de Santiago, à la frontière avec le Pérou.
Sans parler espagnol, elle commence à enseigner le tennis de table, mais se tourne rapidement vers une autre vie. Elle se marie et déménage dans la ville voisine d'Iquique, créé une société d'importation de produits chinois, élève ses deux enfants et s’éloigne complètement du sport.
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Accepter Gérer mes choixTrente années passent jusqu'à l'arrivée de la pandémie de Covid-19. Le confinement la motive à reprendre une activité physique. Elle essaye le vélo et la musculation avant de se tourner vers un ancien ami : le tennis de table. "C'est ça, mon truc", se dit-elle, en réalisant qu'elle n'avait pas perdu sa technique, malgré les années.
En 2022, elle commence à participer à des tournois locaux. Elle remporte toutes les compétitions et l'année suivante, elle intègre l'équipe nationale. Lors des Jeux Panaméricains de Santiago en 2023, au Chili, elle remporte la médaille de bronze et vit son heure de gloire. C’est à cette occasion qu’elle conquiert le cœur du public chilien qui la surnomme "Tía Tania" (Tante Tania, en français). "Tout le monde me connaît, me salue, veut une photo et pour moi, c’est juste de la joie", confie-t-elle à l’Associated Press, disant se sentir "Chilienne de cœur et d’âme".
Réaliser un rêve
Tania Zhiying Zeng est classée 151e mondiale et vit désormais au rythme du ping-pong, entre Iquique et Santiago. "C'est un sacré changement, avant je ne pensais qu'au travail, à mon entreprise et à mon foyer", confie-t-elle.
À Paris, où elle fait partie des rares athlètes de plus de 50 ans, elle rêve d'une médaille. "On rêve, mais il faut rester réaliste. Je vais tout donner pour gagner un match, deux, trois. Et ce sera déjà une grande victoire."
Elle espère ne subir aucune blessure qui pourrait affecter sa performance olympique. "Un mauvais mouvement pourrait me blesser, et ça m'inquiète beaucoup", avoue-t-elle.
Samedi après-midi, non seulement les Chiliens seront rivés à leur télévision pour suivre celle qu'ils appellent désormais leur "grand-mère olympique", mais également le frère et le père de 92 ans de Zhiying Zeng, qui suivront la compétition depuis la Chine. "Quand il a appris que je m'étais qualifiée, il a sauté de sa chaise en criant... Imaginez, un homme de 92 ans !", s'enthousiasme la pongiste. "Il m'a immédiatement dit : 'C'est ton rêve de toute une vie, qui est maintenant réalisé. Vas-y, donne tout.'"
Avec AFP et AP