Des manifestants serbes dénonçant des fraudes électorales sont de nouveau descendus dans la rue samedi. Il s'agit de la treizième journée consécutive de manifestation depuis l’annonce des résultats des législatives du 17 décembre, remportées par la droite nationaliste.
Le mouvement de contestation ne faiblit pas. Des milliers de Serbes sont descendus samedi 30 décembre dans les rues du centre de Belgrade pour protester contre la fraude ayant entaché selon eux les législatives du 17 décembre, remportées par la droite nationaliste.
C'est la treizième manifestation consécutive, et de loin la plus importante, depuis l'annonce des résultats des élections législatives et locales, au terme desquelles le parti SNS (droite nationaliste) du président serbe Aleksandar Vucic a remporté 46 % des voix contre 23,5 % pour la coalition de l'opposition.
L'opposition a contesté ces résultats, parlant de nombreuses irrégularités, notamment le fait que des Serbes de Bosnie auraient été illégalement autorisés à venir voter dans la capitale. Les observateurs internationaux ont également rapporté de nombreuses irrégularités.
"Élection volée"
La manifestation de samedi est organisée par un groupe d'intellectuels, artistes et célébrités qui se désignent sous l'appellation ProGlas, un jeu de mot qui signifie à la fois "proclamation" et "pro-vote" en serbe. ProGlas avait commencé par faire campagne pour appeler les Serbes à aller voter, et son message s'est ensuite transformé en protestation contre les fraudes électorales.
Mais les protestataires rassemblés samedi sont de tous bords, de la principale coalition d'opposition "La Serbie contre la violence" aux groupes d'étudiants et de jeunes qui manifestent depuis près de deux semaines.
"Des étudiants, de 18 ans, 20 ans, sont accusés d'avoir cherché à renverser l'ordre constitutionnel et assignés à domicile. Est-ce que c'est le signe d'élections justes ?", a lancé samedi une des dirigeantes du mouvement étudiant, Emilija Milenkovic. "Nous demandons simplement que notre voix soit entendue au moins lorsque nous votons."
Un professeur d'université, Filip Ejdus, s'est félicité du fait que les étudiants, "de nos jours, nous donnent des leçons de responsabilité civique et de courage". "Nous refusons cette élection volée, les arrestations d'étudiants et la torture de la part de la police", a-t-il ajouté.
Vendredi, des étudiants, à l'appel du groupe Borba ("Combat" en serbe), avaient réussi à bloquer une rue du centre de Belgrade.
Lieu symbolique
Les manifestants réclament inlassablement l'annulation des élections et des enquêtes sérieuses sur les fraudes, afin de pouvoir organiser de nouvelles élections dans six mois.
La foule a acclamé samedi la dirigeante de l'opposition Marinika Tepic, qui, en grève de la faim depuis le 18 décembre, a dû être aidée pour monter sur l'estrade.
"La seule chose que je peux vous dire, c'est que tout a déjà été dit. Ces élections doivent être annulées", a-t-elle lancé, avant de se rendre à l'hôpital et d'annoncer qu'elle mettait un terme à sa grève de la faim.
Le lieu du rassemblement, autour de la fontaine de Terazije, est symbolique, lié dans les mémoires aux quatre jours de manifestations de mars 1991, les premières grandes protestations contre l'homme fort de l'époque, Slobodan Milosevic, inculpé en 1999 pour crimes de guerre et contre l'humanité à l'issu des guerres de Yougoslavie.
Dimanche dernier, des manifestants dénonçant les résultats contestés des législatives en Serbie avaient attaqué la mairie de Belgrade, brisant des fenêtres à coups de pierres, avant d'être repoussés par la police. Une trentaine d'arrestations avaient eu lieu.
Avec AFP