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Le Premier ministre japonais Fumio Kishida est arrivé dimanche en Corée du Sud pour un sommet avec le président Yoon Suk-yeol. Cette visite doit permettre de poursuivre le réchauffement des relations entre Tokyo et Séoul entamé depuis mars.
Si les relations entre Séoul et Tokyo ont longtemps été tumultueuses, la visite de Fumio Kishida à Séoul marque l'ouverture d'un nouveau chapitre, entamé depuis deux mois. Le Premier ministre japonais est arrivé dimanche 7 mai en Corée du Sud pour un sommet avec le président Yoon Suk-yeol, pour qui de meilleures relations avec son voisin asiatique est une priorité absolue face à la montée de la menace nucléaire nord-coréenne.
C'est la première fois depuis douze ans qu'un sommet entre le Japon et la Corée du Sud se tient dans ce dernier pays. Yoon Suk-yeol, un conservateur arrivé au pouvoir en mai 2022, s'était pour sa part rendu au Japon mi-mars.
Les relations entre les deux pays restent hantées par la brutale colonisation de la péninsule coréenne par le Japon entre 1910 et 1945. Elles s'étaient considérablement détériorées en 2018 après une décision de justice sud-coréenne ordonnant à des entreprises nippones de verser des compensations pour le travail forcé subi par de nombreux Coréens pendant l'époque coloniale.
Mais début mars, Yoon Suk-yeol a présenté un plan pour indemniser ces victimes, sans participation financière obligatoire du Japon. Il est temps de "briser le cercle vicieux de l'hostilité mutuelle et de travailler ensemble", avait-il déclaré à l'AFP avant de partir pour Tokyo en mars.
Lors cette visite, Tokyo et Séoul avaient levé leurs restrictions commerciales mutuelles, dont celles imposées par le Japon en rétorsion au jugement de 2018. Et en avril, le Japon avait annoncé la réinscription de la Corée du Sud sur une liste "blanche" de partenaires commerciaux de confiance, dont il l'avait retirée en 2019.
Retour de la "navette diplomatique"
Yoon Suk-yeol et Fumio Kishida se sont également engagés à reprendre la "navette diplomatique" entre leurs deux pays, un mécanisme de rencontres régulières entre dirigeants interrompu depuis 2011. Et Fumio Kishida a invité Yoon Suk-yeol à participer à un sommet du G7 en mai à Hiroshima, au Japon.
Ce rapprochement est vivement encouragé par les États-Unis, leur allié commun, face aux menaces de la Corée du Nord. Pyongyang multiplie depuis plus d'un an les essais de missiles – dont certains survolent parfois le Japon – et a déclaré en septembre que son statut de puissance nucléaire était "irréversible", enterrant toute possibilité de négociation sur son désarmement.
Les États-Unis et la Corée du Sud ont renforcé leur coopération en matière de défense, organisant une série de manœuvres militaires majeures, dont deux exercices trilatéraux impliquant le Japon cette année.
Avant de quitter Tokyo dimanche, Fumio Kishida a dit s'attendre à "un échange de points de vue honnête (...) basé sur une relation de confiance" avec le président Yoon.
À son arrivée, il s'est immédiatement rendu au cimetière national de Séoul, où reposent des combattants sud-coréens, pour y déposer des fleurs. Un geste exceptionnel pour un dirigeant japonais, a fait remarquer à la chaîne de télévision YTN Lim Eun-jung, professeur à l'Université nationale de Kongju. "Il est rare qu'un Premier ministre japonais en exercice se rende à cet endroit. Cela incite à suivre la situation de très près."
Yoon Suk-yeol a ensuite reçu Fumio Kishida pour le sommet proprement dit avant un dîner à la résidence présidentielle, probablement autour d'un barbecue coréen. Le président pourrait même cuisiner pour son invité, selon les médias locaux.
Une victoire diplomatique pour le président Yoon ?
Mais ce rapprochement entre Tokyo et Séoul ne fait pas que des heureux. Une centaine de Sud-Coréens se sont rassemblés samedi à Séoul pour protester contre la venue du Premier ministre japonais. Selon eux, les contentieux liés à la guerre devraient figurer en tête de l'ordre du jour.
Fumio Kishida "doit présenter des excuses sincères pour les crimes contre l'humanité commis par le Japon et assumer ses responsabilités", a déclaré Kim Jae-won, un manifestant.
Le meilleur effet possible pour les Sud-Coréens serait que "Kishida s'excuse avec ses propres mots", a estimé auprès de l'AFP Benjamin A. Engel, professeur de relations internationales à l'Université nationale de Séoul.
S'il parvient à des améliorations significatives dans les relations entre Séoul et Tokyo, Yoon Suk-yeol "remportera une victoire diplomatique importante avant la fin de sa première année au pouvoir", a écrit Tongfi Kim, de la Brussels School of Governance.
Selon cet analyste, "à moins d'incidents diplomatiques dus à des erreurs d'inattention, la visite de M. Kishida en Corée du Sud aura un impact positif sur les relations bilatérales et ouvrira la voie à l'approfondissement de la coopération trilatérale entre les États-Unis".
Avec AFP