Le correspondant du Wall Street Journal et ancien journaliste de l'AFP, Evan Gershkovich, a été arrêté en Russie et accusé d'espionnage. Placé en détention provisoire pour deux mois dans l'attente d'un éventuel procès, il risque jusqu'à 20 ans de prison. Des accusations dénoncées comme "ridicules" par la Maison blanche.
C'est une première depuis l'offensive en Ukraine le 24 février 2022 et dans un contexte de répression accrue en Russie. La justice russe a placé en détention provisoire, jeudi 30 mars, un journaliste américain du Wall Street Journal qu'elle accuse d'espionnage.
L'arrestation d'Evan Gershkovich a été annoncée, jeudi, par le service fédéral de sécurité russe (FSB). Le Kremlin a affirmé qu'il avait été pris en "flagrant délit", sans étayer ses accusations.
D'après un tweet de Reporters sans frontières, le correspondant du Wall Street Journal "enquêtait sur la société militaire Wagner". L'ONG a dit s'"alarmer" de "ce qui semble être une mesure de représailles : les journalistes ne doivent pas être pris pour cible !"
Arrêté en #Russie, le reporter américain Evan Gershkovich est accusé par le FSB d'espionnage. Le correspondant du @WSJ enquêtait sur la société militaire Wagner. RSF s'alarme de ce qui semble être une mesure de "représailles" : les journalistes ne doivent pas être pris pour cible pic.twitter.com/wSIxODFJJB
— RSF (@RSF_inter) March 30, 2023L'avocat du journaliste écarté de l'audience
Evan Gershkovich, un reporter parfaitement russophone reconnu pour sa rigueur, a nié les accusations portées contre lui lors d'une audience devant un tribunal de Moscou, selon l'agence de presse étatique russe Tass.
Le journaliste américain, âgé de 31 ans, a néanmoins été placé en détention provisoire jusqu'au 29 mai, a indiqué le tribunal dans un communiqué. Cette détention peut être prolongée dans l'attente d'un éventuel procès.
Selon Tass, l'affaire a été classée "secrète", ce qui limite fortement la publication d'informations à son sujet. L'avocat du journaliste, Daniil Berman, a indiqué qu'il n'avait pas pu assister à l'audience jeudi.
Enquête "sur une entreprise du complexe militaro-industriel" russe
Seuls détails disponibles à ce stade : le FSB a annoncé avoir "déjoué une activité illégale" en arrêtant Evan Gershkovich à Ekaterinbourg, dans l'Oural, à une date non précisée.
Les services de sécurité russes disent le soupçonner d'"espionnage au profit des États-Unis", l'accusant notamment d'avoir collecté des informations "sur une entreprise du complexe militaro-industriel" russe.
Depuis le début du conflit en Ukraine, la Russie a voté plusieurs lois punissant de lourdes peines de prison toute critique, ou assimilant les enquêtes journalistiques sur certains sujets sensibles à de l'espionnage.
Selon l'article 276 du code pénal russe, le journaliste risque en théorie jusqu'à 20 ans de prison.
Si la presse et les journalistes russes critiques du Kremlin sont souvent poursuivis, les journalistes étrangers ont jusqu'ici été épargnés, Moscou ayant préféré expulser des correspondants et durcir les règles d'accréditation.
Avertissement du Kremlin
Avant de rejoindre le quotidien américain en 2022, Evan Gershkovich était un correspondant de l'AFP à Moscou. Avant cela, il a travaillé pour le journal en langue anglaise Moscow Times. Il est d'origine russe et ses parents résident aux États-Unis.
La Maison blanche a rapidement dénoncé cette arrestation, faisant savoir que le département d'État américain était en contact direct avec le gouvernement russe et que l'administration du président Joe Biden échangeait avec la famille et l'employeur d'Evan Gershkovich.
"Ces accusations d'espionnage sont ridicules. Il est inacceptable que le gouvernement russe cible des citoyens américains", a déclaré la porte-parole de la présidence américaine lors d'un point de presse.
"Les journalistes doivent pouvoir exercer leur profession librement et méritent d'être protégés. Les autorités russes démontrent une fois de plus leur mépris systématique pour la liberté des médias", a tweeté le chef de la diplomatie de l'UE Josep Borrell.
La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères a indiqué que Washington avait demandé via des canaux diplomatiques un accès consulaire à Evan Gershkovich. Cela lui sera "accordé en temps voulu", a dit Maria Zakharova à Reuters.
Échange de prisonniers ?
L'analyste russe indépendante Tatiana Stanovaïa, qui dirige le centre d'analyse R.Politik, estime que dans cette affaire, le FSB a pu prendre le journaliste "en otage" en vue d'un éventuel échange de prisonniers.
Plusieurs échanges russo-américains ont en effet eu lieu ces dernières années. Interrogée sur un potentiel futur échange avec Washington, la diplomatie russe a jugé le sujet prématuré, appelant, via son vice-ministre des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, à "voir comment cette histoire évolue".
Avec AFP