
Des dizaines de milliers d'Éthiopiens se sont réfugiés au Soudan voisin pour fuir les combats entre l'armée éthiopienne et les forces de la province du Tigré. Mais une fois à l'abri des combats, il leur faut survivre à l'exode.
Plus de 45 000 réfugiés avaient déjà franchi la frontière entre l'Éthiopie et le Soudan au 1er décembre. Selon l'ONU, leur nombre pourrait grimper à 200 000 au cours des prochains mois, en fonction de l'évolution de ce conflit opposant le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).
Dans des charrettes, sur des tracteurs, en bateau et souvent à pied, les réfugiés ne possèdent généralement que les seuls vêtements qu'ils portaient lors de leur fuite. Certains ont dû marcher près de quinze jours, presque sans manger. Ils ont souvent dû éviter les villages où étaient stationnés milices et soldats. Cadavres dans les rues, exécutions ciblées, bombardements... Tous décrivent des scènes d'une extrême violence.
Le Soudan a décidé de leur ouvrir ses portes, mais le pays n'était pas prêt à un tel afflux de réfugiés. Les villages d'Hamdayet et Hashaba ont très vite été dépassés. De petites ONG locales ont fait du porte-à-porte chez les habitants pour collecter de la nourriture et des couvertures, mais les stocks se sont révélés insuffisants. Les réfugiés ont dû dormir dehors, sans nourriture ni couvertures.
Un camp des années 1980 réhabilité
Rapidement, les autorités soudanaises sont arrivées sur place pour apporter de l'aide : elles ont aussi été débordées après quelques jours. L'est du Soudan est difficile d'accès, il a fallu du temps aux ONG internationales et à l'ONU pour pouvoir apporter les premiers services d'urgence. Une aide jusqu'à présent limitée : elles aussi manquent de fonds pour aider ces réfugiés.
Face à l'afflux incessant, les autorités ont décidé de rouvrir un camp déjà utilisé dans les années 1980 lors de la guerre entre l'Éthiopie et l'Érythrée : Um Rakuba. Laissé à l'abandon, il a fallu le réhabiliter rapidement pour qu'il puisse accueillir plus de 10 000 personnes. Les réfugiés y ont été déplacés en bus, et contrairement à ce qu'ils imaginaient, aucun abri ne les y attendait. Il n'y avait pas assez d'eau, pas assez de nourriture. Depuis, l'ONU et les ONG effectuent une course contre la montre pour aider ces milliers d'Éthiopiens à survivre à leur exode.