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France fraîchement déconfinée cherche Fête de la musique réinventée

Covid-19 oblige, la Fête de la musique doit se réinventer en France avec des artistes allant à la rencontre du public. Le rendez-vous annuel est également marqué par la mort, en 2019, de Steve, lors d'une intervention de la police à Nantes, à la fin d'une soirée électro.

Une Fête de la musique "corona-compatible". Tel est le mot d'ordre en ce 21 juin, alors que la France sort tout juste de l'épidémie de Covid-19. Concerts mobiles, scène flottante et beaucoup de numérique : de Grenoble à Nantes en passant par Paris, les artistes iront à la rencontre du public, plutôt que l'inverse.

L'édition 2020 est aussi marquée par un anniversaire funeste : la mort il y a un an de Steve Maia Caniço à Nantes, lors d'une opération policière controversée, à la fin d'une soirée électro.

Jack Lang, créateur de la Fête de la musique, a dédié l'édition 2020 à l'animateur périscolaire de 24 ans, dont le corps a été retrouvé dans la Loire, alors que l'actualité est marquée par une mobilisation contre les violences policières.

Je dédie à #SteveMaiaCanico la #FeteDeLaMusique 2020. Depuis sa création, jamais aucune violence ne s’était produite pendant son déroulement. Pour la 1è fois l’an dernier, une intervention brutale et illégitime de forces de l’ordre a brisé cette tradition. https://t.co/NjLyX57f22 pic.twitter.com/GcYrpxaHqx

— Jack Lang (@jack_lang) June 20, 2020

"La mort de cet amoureux de la musique (...) endeuille à jamais la Fête de la musique. Steve est dans mon cœur", a indiqué l'ancien ministre de la Culture.

Depuis un an, le jeune homme est devenu un symbole à Nantes où le slogan "Justice pour Steve" a résonné dans plusieurs manifestations. Une marche blanche a rassemblé plusieurs centaines de personnes en son hommage.

A quelques minutes du départ de la marche silencieuse pour #SteveMaiaCanico au pied du château à Nantes, une seule pancarte qui donne le ton: « justice pour Steve » pic.twitter.com/ApmJGtKtOj

— Ouest-France 44 (@OuestFrance44) June 21, 2020

Après des rapports de l'Inspection générale de la police nationale et de l'Inspection générale de l'administration, trois informations judiciaires "contre X" sont instruites à Rennes. L'une pour "homicide involontaire" concernant le décès de Steve, l'autre pour "mise en danger de la vie d'autrui" concernant l'intervention policière et la troisième pour violences sur "personne dépositaire de l'autorité publique" s'agissant de la prise à partie des forces de l'ordre.

À Nantes, toujours marquée par le drame, des "playlists" seront proposées par des artistes de la ville sur une page Web de la mairie, tandis que les habitants sont appelés à se produire en soirée sur leur balcon ou fenêtre, en musique.

Karaoké géant et concert en réalité virtuelle

Jack Lang, quant à lui, se trouvera à l'institut du Monde arabe qu'il préside désormais. L'IMA invite les mélomanes à participer à un grand karaoké en plein air sur le parvis de l'immeuble. Trois sessions avec des jauges à 400 personnes sont organisés durant l'après-midi et en début de soirée. Parallèlement, des DJ sets et performances musicales se succéderont sur le toit et seront retransmis sur Arte.

Le monde du spectacle vivant a été durement touché par la pandémie et s'estime être le "grand perdant" de la crise. Partout en France,la règle reste l'interdiction concernant les concerts de plus de 10 personnes et les artistes doivent faire preuve d'imagination.

Jean-Michel Jarre a donné le ton en annonçant qu'il allait jouer en direct, dimanche, "en avatar, comme dans Matrix", dans un univers virtuel, où il pourra être rejoint "par les avatars des spectateurs en immersion totale, une première mondiale.

See you later for #alonetogether.
9:15pm CET for all details how to join vist https://t.co/aQqQEjImUT pic.twitter.com/jwWaqDIOiF

— Jean-Michel Jarre (@jeanmicheljarre) June 21, 2020

À la Philharmonie de Paris, pas de show en réalité augmentée mais le premier récital avec public depuis la mi-mars dans la grande salle Pierre Boulez (2 400 places) avec la pianiste Khatia Buniatishvili devant une jauge réduite (800 personnes).

Scène flottante et concerts mobiles

Aux quatre coins de la France, c'est surtout l'idée des concerts mobiles qui séduit.

À La Rochelle (Charente-Maritime), la municipalité propose d'amener sets de hip-hop, fanfares et concerts en calèches dans différents lieux pour éviter les attroupements. Les Francofolies, annulées comme l'écrasante majorité des grands festivals d'été, mettra en ligne une programmation musicale.

Plus au sud, à Pau (Pyrénées-Atlantiques), cinq camions sillonneront la ville pour un marathon musical dans les rues et sur Internet.

L'idée est également à l'honneur dans l'Est : à Nancy, la fête se fera "au balcon et en wagon", le petit train touristique circulant dans les rues du centre avec des musiciens à bord. Désignée "ville créative Unesco musique", Metz verra également des DJ's sillonner ses rues sur des chars pour faire danser les habitants dans leurs appartements.

À Strasbourg, une "scène flottante" avec DJs et groupes locaux sera installée sur un bateau qui naviguera sur la rivière l'Ill, pour mettre de l'ambiance sur les quais. Dix vélos-cargos sonorisés se promèneront dans des quartiers et les habitants seront invités à chanter ou jouer des percussions avec les artistes.

À Lyon, la Fête de la musique est surtout rythmée par des interdictions, notamment celle de jouer pour les musiciens amateurs.

En zone alpine, à Chambéry, six DJs se relaieront dans un espace vide du Phare, la grande salle de concerts et d'exposition. Mais le public pourra interagir en se filmant sur Zoom et les images seront projetées sur des écrans géants, une idée devenue courante depuis la fermeture des théâtres.

Avec AFP