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Covid-19 : la Pâques orthodoxe s'annonce sans fidèles malgré des résistances

Plus de 260 millions de chrétiens orthodoxes fêtent Pâques, dimanche, dans un contexte de confinement. Les autorités les ont globalement invités à rester chez eux pour limiter la propagation du coronavirus, mais des rassemblements sont maintenus.

Une semaine après les catholiques et les protestants, les orthodoxes, qui constituent la troisième branche la plus importante du christianisme en nombre de croyants, célèbrent, dimanche 19 avril, Pâques dans des circonstances exceptionnelles. Malgré le confinement et l'appel des autorités à rester chez soi, des rassemblements sont maintenus.

Le 12 avril 2020, les célébrations de Pâques avaient donné lieu à des scènes ahurissantes de lieux de culte complètement déserts, notamment sur la place Saint-Pierre au Vatican.

Il s'agissait d'un nouvel exemple des bouleversements historiques engendrés par le Covid-19, qui a fait plus de 150 000 morts dans le monde et provoqué le confinement de la moitié de l'humanité.

Dans l'ensemble, les orthodoxes s'apprêtent à vivre une expérience semblable, bien que l'Europe orientale et l'ex-URSS, les principales régions dont la population est en majorité chrétienne orthodoxe, soient officiellement moins touchées par la pandémie que les pays occidentaux.

Offices fermés et porte-à-porte

Pour entraver la propagation du Covid-19, Kirill, le chef du Patriarcat de Moscou qui revendique le plus de fidèles orthodoxes dans le monde – 150 millions –, a recommandé de suivre les offices à la maison. Pour l'exemple, le président Vladimir Poutine fêtera Pâques dans une petite chapelle de sa résidence officielle.

De nombreux lieux de culte vont, cependant, rester ouverts dimanche dans des dizaines de régions de Russie, qui compte 36 793 cas de coronavirus, dont 313 mortels. Mais à Moscou et dans sa région – de loin le principal foyer épidémique dans ce pays –, les services se dérouleront obligatoirement à huis clos.

Le Patriarcat œcuménique de Constantinople, en Turquie, a également annoncé que les offices seraient fermés au public et retransmis sur Internet. Même situation à Chypre et en Grèce, en Serbie, en Macédoine du Nord ou encore en Egypte pour les plus de 10 millions de Coptes orthodoxes.

La Vieille Ville de Jérusalem, généralement bondée pour les célébrations de Pâques, était pour sa part quasiment déserte ce week-end, en raison des mesures de confinement mises en place par Israël.

En Roumanie, les églises seront elles aussi inaccessibles, mais des volontaires et des prêtres feront du porte-à-porte, à bonne distance, pour distribuer du pain béni et le feu sacré, symboles de la Pâque orthodoxe.

"Si on peut aller à la pharmacie chercher des médicaments pour notre corps, pourquoi ne peut-on pas aller à l'église pour nos médicaments spirituels ?", a tout de même lancé Monica, une septuagénaire interrogée par l'AFP à Bucarest, et qui n'a jamais manqué un office pascal depuis l'enfance.

Des résistances au Bélarus, en Ukraine ou en Géorgie

Plusieurs Églises sur la planète se sont néanmoins opposées aux mesures de confinement pour avoir le droit de célébrer dans un semblant de normalité la fête la plus importante du calendrier orthodoxe.

En Bulgarie, les lieux de culte demeureront ouverts, mais ils devraient être vides. Les fidèles se hasardant dans les églises devront porter un masque et conserver les distances de sécurité.

En Géorgie – 385 cas de coronavirus recensés –, le gouvernement a dû céder à l'influent Patriarcat orthodoxe et des rassemblements publics seront autorisés dans les temples assez grands, malgré le couvre-feu en vigueur. Aucun dirigeant politique n'assistera toutefois aux célébrations. 

Une opposition comparable existe en Ukraine, où le président ukrainien Volodymyr Zelensky a invité les fidèles à rester chez eux, tandis que l'Église orthodoxe rattachée au Patriarcat de Moscou, l'une des trois principales de ce pays, a encouragé les fidèles à se réunir en plein air. 

Cette église a pourtant été directement frappée par l'épidémie. Un célèbre monastère orthodoxe au cœur de Kiev, sous son autorité, est en effet devenu un foyer de la maladie avec près de 100 contaminations et la mort de trois moines.

Au Bélarus, c'est au contraire le métropolite Pavel qui a recommandé à ses fidèles de ne pas sortir, tandis que le président Alexandre Loukachenko, qui ne cesse de multiplier les déclarations relativisant l'épidémie, a annoncé qu'il se rendrait à la messe de Pâques contre vents et marées.

Avec AFP