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Covid-19 : à l'épreuve du confinement, les maraîchers se réinventent

Le printemps s’annonce difficile – voire fatal – pour les maraîchers, pénalisés par la fermeture des restaurants et des marchés, due au Covid-19. Pour surmonter les pertes liées au confinement, certains ont imaginé de nouveaux systèmes de vente, comme la vente à emporter ou la livraison. 

Depuis la fermeture des marchés et des restaurants, certains maraîchers ont trouvé des solutions pour continuer à vendre leurs fruits et légumes près de chez eux. Partout, à travers le pays, des initiatives pour soutenir les maraîchers se multiplient, en pleine crise du Covid-19. 

Malgré les mesures de confinement, Axelle Navineau, maraîchère à Varennes-sur-Loire dans le Maine-et-Loire, continue à vendre ses fraises, poivrons, tomates et autres fruits et légumes dans le centre-ville d'Angers.

Auparavant, elle les vendait sur un marché alimentaire de la ville mais depuis sa fermeture le 27 mars, elle a dû s'adapter. "Quand j'ai su que le marché allait fermer, le gérant du restaurant 'Au P'tit Resto' m'a proposé de mettre à disposition ses locaux. J'étais partante alors j'ai demandé l'autorisation à la mairie qui me l'a donnée", explique la maraîchère. 

En quelques jours, le restaurant s'est donc transformé en primeur. "Tous les dimanches soirs, j'envoie à mes clients une liste de mes fruits et légumes disponibles pour la semaine. En contrepartie, ils me renvoient un SMS en précisant leurs besoins et ils viennent récupérer leur commande au restaurant", détaille Axelle Navineau.

Ce nouveau système lui permet de faire face à la fermeture des marchés, où elle vendait la majorité de sa production. "J'arrive à écouler ma marchandise. Je ne me plains pas car j'ai des bons retours des clients", constate-elle. "J'ai gardé mes clients habituels et j'ai même réussi à attirer de nouveaux clients". 

Continuer à faire vivre le centre-ville

Si la productrice s'est organisée de façon autonome, à l'échelle de la ville, une initiative collective s'est mise en place en parallèle. Baptisée "Angers, adopte ton maraîcher", elle a été lancée par la municipalité.

Elle permet à une quarantaine de producteurs de vendre leurs fruits et légumes en utilisant les commerces fermés depuis le 15 mars à cause de l'épidémie de coronavirus. Les maraîchers, rejoints par d'autres producteurs locaux comme des fromagers ou des éleveurs de volaille, vendent au détail, proposent des paniers ou s'appuient sur un système de commandes.

Pour Stéphane Pabritz, adjoint au maire d'Angers et initiateur du projet, c'est une réussite. "Il a pris immédiatement et chaque jour, il prend encore de l'ampleur", se félicite-il. "Des commerçants et des producteurs supplémentaires nous demandent d'être intégrés au dispositif."

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Si ce genre d'initiative, qui fleurit un peu partout en France, aide les maraîchers à affronter la crise actuelle, elle leur demande cependant une organisation particulière. Axelle Navineau a, par exemple, dû trouver un nouveau lieu de stockage. "J'ai transformé mon garage. Il me sert désormais à trier et à ranger mes fruits et légumes", précise-t-elle. "J'ai récupéré des caisses en bois sur lesquelles j'inscris les numéros de commande. Mardi, j'ai passé ma journée à les noter."

À Nantes, la famille Terrien, qui produit notamment des épinards, des carottes et fraises, a dû elle aussi changer ses habitudes. Ne pouvant plus vendre ses fruits et légumes sur le marché, Thierry Terrien, maraîcher, s'est tourné vers un système de vente à emporter, utilisé par plusieurs producteurs du coin.

C'est sa fille, Émeline, qui est en charge des commandes. Malgré son succès, cette nouvelle offre demande beaucoup d'efforts. "On ne peut plus tout faire à trois donc on a employé huit personnes", détaille-t-elle. On préférerait que les marchés soient ouverts parce que l'on court partout. On travaille tout le temps, sept jours sur sept".

Si les commandes sont au rendez-vous, impossible pour le moment de savoir si ce fonctionnement sera durable. "Notre chiffre d'affaires est plus élevé qu'avant mais puisque l'on a plus d'employés, on ne sait pas si nous sommes vraiment rentables", déplore Émeline Terrien.

"La filière est complètement désorganisée"

Ces initiatives locales ont beau soutenir les maraîchers locaux, qui entrent dans une période charnière, tous ne pourront pas s'en sortir, d'après Jean-Claude Guehennec, membre du bureau de Légumes de France, fédération nationale des producteurs de légumes.

"Les situations sont très variables d'un département à un autre et d'une exploitation à une autre. Par exemple, parmi les maraîchers qui travaillaient pour les restaurants ou la restauration collective, beaucoup n'ont pas de solution", illustre-t-il. 

Selon lui, globalement, c'est le système D qui prime. "La filière est complètement désorganisée alors chacun fait comme il peut", avance-t-il. 

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Non seulement la question de la survie économique se pose mais les maraîchers réfléchissent aussi à l'après-confinement. Certains, comme Axelle Navineau, comptent abandonner la vente à emporter. "Je ne vais pas garder ce système-là parce que cette logistique n'est pas pratique. Et puis, mes clients ne sont pas qu'un panier de légumes. Je veux préserver les relations avec eux en leur expliquant par exemple mes méthodes de travail", admet-elle.

Même son de cloche du côté de Stéphane Pabritz. Selon lui, "Angers, adopte ton maraîcher" a de fortes chances de disparaître après la fin de la pandémie car les marchés vont finir par ouvrir à nouveau. Mais pas de quoi s'inquiéter, selon lui. "Le projet est un bon terreau d'expérimentation pour le futur. Cette initiative a le mérite de faire revenir les habitants dans le centre-ville et de montrer qu'ils veulent manger de bons produits", affirme-t-il.