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Londres dément tout marchandage pour la libération de Megrahi

La libération de Megrahi était-elle liée à des contrats commerciaux conclus entre Londres et Tripoli ? Le secrétaire britannique au Commerce, Peter Mandelson, dément toute négociation et s'offusque des allégations libyennes.

La Grande-Bretagne a démenti samedi tout marchandage commercial avec la Libye en échange de la libération d’Abdel Basset al Megrahi, ancien agent libyen condamné pour l’attentat de Lockerbie qui avait fait 270 morts en 1988.

« L’idée que le gouvernement britannique, le gouvernement libyen, puissent s’asseoir à une table pour marchander autour de la liberté ou de la vie de ce détenu libyen, dans le cadre d’un accord commercial, (...) n’est pas seulement fausse mais totalement invraisemblable et vraiment injurieuse », a dit le secrétaire britannique au Commerce, Peter Mandelson.

Megrahi, atteint d’un cancer en phase terminale, a été libéré de sa prison écossaise pour des raisons humanitaires et accueilli en héros jeudi soir à Tripoli. Il a ensuite été reçu par le numéro un libyen Mouammar Kadhafi qui lui a donné l’accolade.
Le fils du dirigeant libyen, Saïf al Islam, a affirmé à Megrahi que Tripoli avait fait de sa libération une condition à la signature de futurs accords énergétiques entre la Libye et la Grande-Bretagne.

« Quand il était question des intérêts britanniques en Libye, j’ai toujours mis ton nom sur la table », a-t-il dit à l’ancien agent libéré, rapporte samedi le journal que dirige le fils du numéro un libyen.

« Toutes les visites de l’ancien Premier ministre (britannique Tony) Blair, tout le travail secret et public entre les parties, tout cela a été fait afin d’obtenir ta libération. Les intérêts politiques et commerciaux entre la Grande-Bretagne et la Libye ont toujours été exploités dans le but d’obtenir la libération d’Abdel Basset al Megrahi », ajoute le journal.

 "Non seulement faux mais aussi insultant"


Peter Mandelson a affirmé qu’il avait rencontré deux fois le fils Kadhafi depuis un an, reconnaissant que le cas de Megrahi avait été à chaque fois abordé, mais jamais en relation avec des questions économiques ou commerciales.

« Laisser supposer le contraire est non seulement faux mais aussi insultant », a-t-il dit.

« Il n’y a eu aucun marché - toutes les décisions sur le dossier Megrahi ont été prises par des ministres écossais, le Bureau de la Couronne en Ecosse et les autorités judiciaires écossaises », a renchéri un porte-parole du Foreign Office. « Il n’y a eu aucun marché entre le gouvernement du Royaume-Uni et la Libye liant Megrahi et un quelconque intérêt commercial. »

Londres et Washington ont condamné la liesse qui a accompagné le retour de l’ancien agent en Libye.

Les services de Gordon Brown ont diffusé samedi une copie de la lettre que le Premier ministre britannique a envoyé le 20 août à son « Cher Mouammar », lui demandant expressément d’éviter que la Libye réserve un accueil de héros au prisonnier libéré afin de ne « pas causer de nouvelles douleurs inutiles aux familles des victimes » et de ne pas « nuire à la réputation de la Libye » dans le monde.

Saluant le retour de Megrahi, Kadhafi a pour sa part vanté le « courage » du gouvernement autonome de l’Ecosse. « A cette heure, je tiens à adresser un message à nos amis en Ecosse, au Parti national et au Premier ministre écossais pour les féliciter de leur courage », a dit le dirigeant libyen.

Trois mois pour prouver son innocence

Il a aussi exprimé sa gratitude à Gordon Brown et à la reine Elizabeth d’Angleterre pour avoir « encouragé » cette libération qui, a-t-il souligné, ouvre la voie à un rapprochement entre Londres et Tripoli.

« Cette initiative est dans l’intérêt des deux pays (...) et de l’amitié personnelle entre eux et moi, et va à n’en pas douter se traduire positivement dans tous les domaines de la coopération entre les deux pays », a déclaré Mouammar Kadhafi, selon l’agence de presse libyenne Jana.

Abdel Basset al Megrahi, qui purgeait une peine de prison à vie en Ecosse, est la seule personne à avoir été jugée - en 2001 - pour l’explosion du Boeing 747 de la Pan Am au-dessus de la ville écossaise de Lockerbie en décembre 1988. L’attentat avait fait 270 morts, dont 189 Américains.

Dans une interview parue samedi dans le Times de Londres, il promet d’apporter la preuve de son innocence.

« Mon message aux communautés britannique et écossaise est que je montrerai des éléments (pour me disculper) et leur demanderai d’être mon jury », déclare-t-il sans autres détails.

« S’il y a une justice en Grande-Bretagne, je serai acquitté ou le verdict sera annulé parce qu’il n’est pas solide. C’est une erreur judiciaire », dit-il au Times.

Au président américain Barack Obama, qui a jugé « hautement désagréables » les scènes de liesse à l’aéroport de Tripoli, l’ancien agent répond: « Ne vous inquiétez pas, M. Obama... Je n’ai que trois mois (à vivre). »