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Affaire Benalla : l'audition très attendue du directeur de cabinet de Macron

Après une série d'auditions pointant la responsabilité de l'Élysée dans l'affaire Benalla, Patrick Strzoda, directeur de cabinet du président, doit être entendu mardi par l'Assemblée nationale. Un témoignage essentiel pour l'opposition.

En France, l'affaire Alexandre Benalla est bel et bien devenue une affaire d'État. Comment et pourquoi cet ex-collaborateur d'Emmanuel Macron a-t-il pu frapper des manifestants le 1er mai dernier muni d'un casque et d’un brassard de police ? Qui était au courant et qui a laissé faire ?

Entendus lundi 23 juillet par la commission des lois de l’Assemblée nationale, le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, le préfet de police, Michel Delpuech, et le directeur de l'ordre public, Alain Gibelin, ont tour à tour pointé des responsabilités individuelles et des "copinages avec des policiers". En clair, la responsabilité de l’affaire revient, selon eux, à l'Élysée. Et c'est justement le directeur de cabinet du président Emmanuel Macron, Patrick Stzroda, qui sera auditionné mardi 24 juillet à 16h30 (heure de Paris).

"Parole contre parole"

Déjà entendu jeudi comme témoin, Patrick Strzoda a reconnu plusieurs faits   : c'est lui qui a autorisé Alexandre Benalla à participer à la manifestation du 1er mai en tant qu'observateur aux côtés de la police. C'est aussi lui qui a infligé à l'ancien collaborateur de l'Élysée une simple suspension temporaire de 15   jours après avoir eu connaissance de ses actes de violence. Des responsabilités qui rendent son témoignage essentiel pour une partie de l’opposition.

Car, aux yeux de cette dernière, de nombreuses zones d’ombre subsistent. Alors qu’il était mis à pied, A lexandre Benalla a-t-il assisté à des réunions consacrées à la sécurité des déplacements d'Emmanuel Macron ? Lors de son audition, Alain Gibelin a laissé entendre que oui... avant de erevenir sur ces propos, mardi matin. Autre question qui taraude les député : la préfecture de Paris savait-elle qu’Alexandre Benalla bénéficiait, le 1er mai, du statut d’"observateur" au sein de la police   ? L'Élysée, en tous cas, l'affirme.

Mais si elle espère des réponses, l'opposition ne veut pas non plus que les responsabilités de Patrick Strzoda n'éclipsent celles des autres. Car, à 66 ans, cet ancien préfet et haut fonctionnaire expérimenté qui doit prendre sa retraite en octobre, fait figure de fusible idéal. Au cours d’une réunion de crise ce week-end, Emmanuel Macron a ainsi demandé au secrétaire général de l’Élysée, Alexis Kohler, de "mener une réorganisation pour éviter qu'un tel dysfonctionnement se reproduise" au sein de la présidence. Principal cabinet visé par cette restructuration : celui dirigé par Patrick Strzoda.

Pas sûr, cependant, que cette réforme interne suffise à apaiser les tensions au sein du Parlement. Plusieurs députés réclament désormais d'auditionner le président lui-même. "La seule personne qu’il faudrait auditionner et qu’on ne peut pas auditionner, bien sûr, c’est le président de la République", a commenté Nicolas Dupont-Aignan, député non inscrit de l’Essonne. Sur Twitter, Jean-Luc Mélenchon, chef de file de La France insoumise (LFI), a également demandé que le chef de l’État soit entendu par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale.

Bilan #Colomb. Il ment. Il connaissait #Benalla et #Mizerski. Il n'y a pas eu d’enquête IGPN le 3 mai. Il ne savait rien, #Macron sait tout. Il doit être auditionné.#CommissionEnquete

  Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) 23 juillet 2018

Reste que la possibilité qu’un président de la République puisse être entendu par une commission parlementaire n’est pas clairement envisagée par la Constitution. Ce serait, en tous cas, une première dans la Ve République.

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