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Statut de Jérusalem : la communauté internationale inquiète de la décision de Trump

La décision annoncée de Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d'Israël et d'y installer à terme l'ambassade américaine inquiète au plus haut point la communauté internationale. Benjamin Netanyahou est, lui, resté discret.

Donald Trump devrait reconnaître Jérusalem comme la capitale d'Israël mercredi 6 décembre, rompant avec des décennies de diplomatie américaine et internationale, et ce malgré les mises en garde de toutes parts contre le risque d'une flambée de violences. Après la "préoccupation" exprimée dès lundi par le président français, Emmanuel Macron, la communauté internationale s'inquiète de la décision du président américain.

De la Chine au Vatican, les réactions ont fusé. Pékin, "inquiète", a dit craindre une "escalade des tensions" dans la région. "Toutes les parties concernées doivent avoir à l'esprit la paix et la stabilité régionales, être prudentes dans leurs actions et leurs déclarations, éviter de saper les bases d'une résolution de la question palestinienne", a déclaré un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères.

Même "préoccupation" au Royaume-Uni : "Nous pensons que Jérusalem devrait, évidemment, faire partie d'une solution définitive (au conflit) entre Israéliens et Palestiniens, une solution négociée", a insisté le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson, avant de préciser : "Nous-mêmes n'avons pas l'intention de déplacer notre ambassade".

Le pape François, qui s'est entretenu mardi avec le président palestinien, Mahmoud Abbas, a également appelé à faire preuve de "sagesse et prudence". "Je ne peux taire ma profonde inquiétude pour la situation qui s'est créée ces derniers jours. […] Jérusalem est une ville unique, sacrée pour les juifs, les chrétiens et les musulmans, qui y vénèrent les Lieux saints de leurs religions respectives, et elle a une vocation spéciale pour la paix", a déclaré le pontife argentin devant des milliers de fidèles au Vatican. "J'adresse un appel vibrant pour que tous s'engagent à respecter le statu quo de la ville, en conformité avec les résolutions pertinentes de l'ONU."

L'envoyé spécial de l'ONU au Proche-Orient, Nikolaï Mladenov, a justement rappelé depuis Jérusalem que le statut futur de la ville devait faire l'objet de négociations "avec Israël et les Palestiniens assis côte à côte".

Initiatives diplomatiques

La Turquie figure parmi les chancelleries les plus véhémentes. Son président, Recep Tayyip Erdogan, avait averti mardi que le statut de Jérusalem était "une ligne rouge" pour les musulmans et que son franchissement pourrait mener à une rupture diplomatique. Un porte-parole du gouvernement turc a estimé, mercredi, que la décision de Trump – "une négation historique, une grande injustice, un grand manque de vision et une grande folie" – risquait de précipiter la région dans "un incendie".

En réaction immédiate, Erdogan a initié un mouvement diplomatique. Il convoque, le 13 décembre à Istanbul, un sommet extraordinaire de l'Organisation de coopération islamique (OCI), dont la Turquie est présidente en exercice, afin de "permettre […] d'agir de façon unifiée et coordonnée face à ces développements", selon un porte-parole.

Les Palestiniens et les Jordaniens, appuyés par le Maroc, ont suivi le mouvement et demandé à la Ligue arabe une réunion d'urgence des ministres des Affaires étrangères pour discuter de la décision américaine. Selon la demande du représentant de la Palestine, cette réunion, qui devrait se tenir samedi 9 décembre selon une source diplomatique, permettra d'examiner "les actions arabes qui s'imposent au sujet de ce changement affectant le statut juridique et historique de Jérusalem". Mardi, les délégués permanents des États membres avaient déjà mis en garde Donald Trump contre une décision qui représenterait une "menace (pour) la stabilité régionale", selon le secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul Gheit.

Téhéran a aussi vivement réagi : le président Hassan Rohani a affirmé que "l'Iran ne tolèrera pas une violation des lieux saints musulmans" et a appelé les musulmans à "rester unis face à ce grand complot".

Pour sa part, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, est resté totalement silencieux sur la question lors d'un discours prononcé mercredi au cours d'une conférence diplomatique devant un parterre de diplomates, de politiciens ou d'analystes. Alors que chacun guettait son premier commentaire public en la matière, il s'en est tenu à un discours sur de nouvelles convergences diplomatiques régionales, la menace représentée selon lui par l'Iran et les performances de son pays dans le domaine de la sécurité et de l'économie.

Avec AFP