
Cent-cinquante-huit ans après, elle continue de faire grincer des dents. Un responsable de l’enseignement turc a annoncé mercredi 21 juin que le chapitre sur la théorie de l’évolution sera supprimé du programme de troisième dès la rentrée prochaine.
Les écoliers turcs n’entendront plus parler de Darwin et de sa théorie de l’évolution. C’est ce qu’a annoncé Alpaslan Durmuş, l’un des responsables de l’enseignement en Turquie, dans une vidéo diffusée sur le site du ministère de l'éducation, mercredi 21 juin.
Le chapitre sur l’évolution sera donc supprimé des programmes de troisième. Le sujet pourra seulement être étudié à l’université. "Nous estimons que ces sujets dépassent la compréhension des élèves", a déclaré Alpaslan Durmuş.
D’autres changements relatifs aux programmes scolaires seront annoncés à la fin du ramadan, ce week-end. En Turquie, cette annonce était presque prévisible. Déjà en début d’année, le vice-premier ministre Numan Kurtulmus affirmait que la théorie de l’évolution était "archaïque et dépourvue de preuves".
Une théorie qui a du mal à passer
Accusée d’encourager l’eugénisme et le racisme par les uns, de justifier le sexisme par les autres, la théorie de l’évolution figure parmi les thèses scientifiques les plus critiquées au monde. Dans de nombreux pays, elle reste blâmée pour avoir contredit les enseignements religieux des trois monothéismes, d’après lesquels Dieu a conçu d'argile le premier homme, Adam.
En plus de ce créationnisme fondé exclusivement sur des croyances religieuses, se sont développées ces dernières années des théories alternatives supposées invalider l’évolutionnisme par des arguments plus ou moins scientifiques. À l’instar du mouvement du "dessein intelligent" (intelligent design) aux États-Unis dont les partisans assurent que la diversité de l’univers ne peut résulter que d’une volonté supérieure, pas d’un processus aléatoire comme la sélection naturelle.
En France, où l’adhésion à la théorie de l’évolution est plus consensuelle, le chercheur Didier Raoult avait provoqué un tollé en publiant "Dépasser Darwin". Dans cet ouvrage paru en 2011, le chercheur s'est opposé à l’idée d’un ancêtre commun à toutes les espèces défendue par Darwin et mettait en garde contre le darwinisme érigé en "néo-religion".
Les programmes feront plus de place aux scientifiques musulmans
"On a transformé une théorie scientifique sur l'explication des changements d'espèces en une adoration sans nuance, au motif non avoué de lutter contre les croyances véhiculées par les religions du livre", affirmait-t-il, dans une tribune au Point.
Contrer l'européocentrisme intellectuel
En Turquie, les programmes scolaires accorderont désormais aussi plus de place aux personnalités scientifiques turques et musulmanes, afin de lutter contre un supposé européocentrisme intellectuel. L'approche qui prime dans les écoles serait en effet "européocentrée", d'après Alpaslan Durmuş. Ces dernières années, le nombre d’heures de cours coranique a augmenté quand celles réservées à Mustafa Kemal, fondateur de la république turque laïque, ont diminué.
Pour l’opposition au régime, ces changements s’inscrivent dans un élan d’islamisation de la société turque, portée par le président et son parti AKP, islamo-conservateur. Et ce, alors que ses pouvoirs sont désormais étendus.
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