
En marge du sommet du mouvement des Non-alignés qui s'est tenu en Égypte, les premiers ministres indien et pakistanais ont promis de poursuivre les pourparlers de paix, rendus difficiles par des décennies de tensions entre les deux pays.
Pas d'annonce concrète, juste des promesses. La rencontre entre les Premiers ministres indien et pakistanais, Manmohan Singh et Yousouf Raza Gilani, en marge du sommet des non-alignés organisé en Égypte, n'a pas donné grand-chose. Dans un communiqué commun, les deux hommes se sont simplement engagés à poursuivre leurs discussions et à coopérer dans la lutte anti-terroriste. Quant au Pakistan, il promet de mettre tout en œuvre pour "traduire les auteurs des attentats de Bombay devant la justice."
Pour Ayesha Siddiqa, une spécialiste pakistanaise des questions de Défense, il était difficile d'espérer plus : "Le fait que les deux pays s'engagent à dialoguer est déjà une bonne chose, car les relations entre New Delhi et Islamabad sont très mauvaises depuis les attaques de Bombay en novembre 2008."
Depuis, l'Inde accuse en effet le Pakistan de ne pas faire assez d'efforts pour lutter contre le terrorisme. Elle reproche notamment à son voisin d'avoir libéré Hafeez Saeed, le fondateur du Lashkar-e-Taiba, un groupe armé soupçonné d'avoir perpétré les attentats de Bombay.
De son côté, le Pakistan s'inquiète de voir l'Inde accroître son influence en Afghanistan, pays qu'il a toujours considéré comme son arrière-cour. L'Inde est très impliquée dans sa reconstruction. Elle y construit des routes, mais aussi un barrage, dans l'ouest. "À terme, le Pakistan pourrait perdre une partie de son influence en Afghanistan, ce qui inquiète beaucoup Islamabad", explique Ayesha Siddiqa.
Tension palpable entre les deux voisins
D'ailleurs, à l'ouverture du sommet de Charm-el-Cheikh, en Égypte, chacun a campé sur ses positions : Manmohan Singh a exhorté le Pakistan à ne plus soutenir les groupes terroristes, tandis que Youssouf Raza Gilani a insisté pour régler d'abord la question du Cachemire, un territoire que les deux États se disputent depuis plus de 60 ans.
Jeudi matin, les journaux des deux pays ne cachaient pas leur méfiance. Le Time of India insistait sur la dangerosité des groupes djihadistes pakistanais, qui chercheraient à mener des attentats à Bombay et dans l'ouest du pays. Côté pakistanais, The Dawn, l'un des principaux quotidiens anglophones, a accusé l'Inde de rejeter tout compromis. "L'Inde a choisi d'adopter une ligne très dure en demandant au Pakistan l'extradition de terroristes présumés, de poursuivre les auteurs des attentats de Bombay, et de mettre fin à l'infiltration de militants djihadistes au Cachemire."
Pourtant, la semaine dernière, le président pakistanais, Asif Ali Zardari, avait tenté de calmer le jeu en déclarant : "Les militants et les extrémistes ont été créés et engraissés de manière délibérée, dans le but de réaliser des ambitions stratégiques à court terme." Et d'ajouter : "Les terroristes d'aujourd'hui étaient les héros d'hier, jusqu'au 11 septembre 2001." Ces paroles n'ont toutefois pas suffi à apaiser les Indiens, qui se demandent si Asif Ali Zardari est crédible. "Le président pakistanais est un homme controversé, accusé de corruption. Pour les Indiens, rien ne dit qu'il soit en mesure de mener à bien un processus de paix", conclut Ayesha Siddiqa.