
Le Canard enchaîné a révélé mercredi que les services de renseignement américains s’intéressent aux liens financiers et politiques existant entre le Front national de Marine Le Pen et la Russie, qui pourrait chercher à influencer le scrutin.
Et si Moscou jouait un rôle dans l’élection présidentielle française en 2017 ? Les liens entre la France et la Russie font déjà l’objet d’un débat depuis que plusieurs candidats, François Fillon et Marine Le Pen en tête, ont prôné un rapprochement stratégique avec le président russe Vladimir Poutine. C’est désormais une éventuelle interférence de la Russie dans la campagne présidentielle des prochains mois qui attire l’attention, y compris aux États-Unis.
Le Canard enchaîné du 21 décembre révèle en effet que Mike Turner, un parlementaire américain membre du comité sur le renseignement de la Chambre des représentants, a écrit au patron du renseignement américain pour lui demander d’enquêter sur les liens entre le Front national et la Russie. Dans sa lettre, dont certains passages sont publiés par le journal hebdomadaire satirique, plusieurs éléments sont évoqués, dont le prêt de 9,8 millions de dollars qu’a reçu en 2014 le FN en provenance d’un établissement bancaire russe et la recherche auprès de banques russes du financement, à hauteur de 30 millions de dollars, de la campagne du FN pour la présidentielle et les législatives.
Si Marine Le Pen a affirmé au Lab d’Europe 1, mercredi, qu'"aucun prêt n’a été pour l’instant contracté", la candidate du Front national à l’Élysée ne dément pas vouloir trouver des fonds en Russie, au contraire. "Il n’est un secret pour personne que nous cherchons dans le monde entier une banque susceptible de nous prêter pour la présidentielle puisqu’aucune banque française n’a répondu positivement à notre demande", a-t-elle ajouté.
Les craintes de Mike Turner portent bien évidemment sur les contreparties que pourrait attendre la Russie en échange de son aide financière. Voir Marine Le Pen devenir présidente de la République favoriserait un rapprochement politique entre Paris et Moscou. La patronne du Front national a fait de l’alliance avec la Russie l’un de ses propositions principales en matière de politique étrangère. Et dans une interview au média pro-Kremlin RT News, en mai 2016, elle déclarait notamment qu’elle pourrait "reconnaître la Crimée comme russe" en cas d’élection.
Les partis politiques potentiellement visés par des cyberattaques électorales
Le sujet de l’interférence russe dans les élections est particulièrement sensible aux États-Unis. Mi-décembre, la CIA et le FBI ont affirmé que la Russie s'était immiscée dans le processus électoral américain pour aider Donald Trump à gagner en fournissant au site WikiLeaks des emails piratés sur les comptes de l'ancien directeur de campagne de la candidate démocrate Hillary Clinton, John Podesta, et du parti démocrate. À la différence de l’ancienne secrétaire d’État, le futur président américain, Donald Trump, n’avait pas caché, durant la campagne, sa volonté de travailler étroitement avec Vladimir Poutine.
Or il semblerait que des actions similaires soient à craindre pour les candidats français à l’élection présidentielle. À l’image du patron des services secrets extérieurs allemands qui avait mis en garde en novembre, à moins d’un an des élections législatives outre-Rhin, contre une multiplication des piratages informatiques en provenance notamment de Russie, le directeur général de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi), Guillaume Poupard, souligne que les cyberattaques ne se cantonnent plus au secteur économique. "Il y a des attaques numériques pour faire de la politique, dont le but est d'influencer" l'opinion, a-t-il déclaré, mercredi 21 décembre, lors d’un point presse.
Pour éviter un scénario à l’américaine, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), auquel l’Anssi est rattachée, a donc organisé un séminaire avec les partis politiques, fin octobre, pour les sensibiliser aux cyberattaques électorales.
"Nous avons mis en garde" les partis français, leur "avons expliqué quels sont les sujets de préoccupation pendant une campagne électorale et montré les bonnes pratiques", a affirmé mercredi Louis Gautier, secrétaire général de la SGDSN.
Trois risques majeurs sont identifiés : la captation de données numériques comme les fichiers électoraux, les risques d'interférence dans le processus électoral et le "risque réputationnel", comme dans le cas de la publication d'emails d'Hillary Clinton.
Tous les partis présents au Parlement ont été conviés à ce séminaire de la SGDSN. "Pour certains, c'était une piqûre de rappel, pour d'autres un éveil", a expliqué Louis Gautier. Seul le Front national n'a pas jugé bon d’y assister.