
Tim Burton a adapté au cinéma le roman "Miss Peregrine et les enfants particuliers", écrit par Ransom Riggsn tout en s'attachant à rester le plus fidèle possible à l'identité visuel de ce récit richement illustré. Mission accomplie.
Adapter une œuvre littéraire au cinéma, c'est déjà tout un art. Mais quand, de surcroît, cette œuvre a déjà une esthétique propre et des personnages ancrés visuellement dans l'imagination de son auteur et, de fait, de ses lecteurs, la tâche peut s'avérer encore plus rude.
C'est l'un des nombreux défis que Tim Burton a dû relever pour son film "Miss Peregrine et les enfants particuliers". Le roman phare de l'auteur américain Ransom Riggs, que le réalisateur a adapté, a lui-même été inspiré par les photographies que Riggs collectionne depuis plusieurs années.
S'il a la passion des mots, Ransom Riggs a aussi celle de l'image. L'écrivain de 37 ans avoue volontiers que depuis l'enfance, il est fasciné par la photographie. En 2011, il raconte au Huffington Post qu'"étudiant, [il] ne [pouvait se] payer les oeuvres de photographes reconnus. En revanche, [il avait] les moyens de [se] procurer les vieux clichés qu'ils vendent sur les marchés aux puces et dans les brocantes, qui nagent dans d'immenses boîtes et sont vendues pour même pas 50 cents".
Cette photo, sûrement trouvée dans une brocante, inspirera le personnage d'Enoch, un des "enfants particuliers".
Commence alors une véritable chasse au trésor, dont le butin est constitué de photographies usées, anonymes, sans histoire ou presque. Mais il ne s'agit pas pour Riggs de récupérer tout et n'importe quoi : "Moi, je collectionne les trucs bizarres, les photos qui vous font dresser les poils de la nuque. L'étrange. Je ne parle pas de bêtes de foire ni d'enfants en costume d'Halloween, je parle de photos qui nous dérangent, d'une manière qu'il est difficile de décrire (...) Le genre de photos qui semble vous fixer depuis l'autre bout de la pièce."
Ce sont ces photos, en tout cas une cinquantaine d'entre elles, qui l'inspirent pour écrire "Miss Peregrine et les Enfants Particuliers". Le lien est si fort entre ces clichés et son roman, publié aux États-Unis en 2011 chez Quirk Books, qu'il décide de les intégrer au fil de l'histoire.
Conserver "l'esprit du livre"
Son univers particulier pousse alors Tim Burton à s'emparer de son œuvre. "[Le roman] m'a plus avant même de l'avoir lu ! Je suis moi-même collectionneur de photos. Le fait qu'il soit basé sur des photos m'a personnellement touché. J'aimais l'idée-même de ce livre", explique le réalisateur lors d'une conférence de presse à Paris.
Ce visage peint à l'arrière du crâne d'un homme a inspiré la "particularité" de Claire, une enfant qui cache une deuxième bouche sous ses boucles blondes.
Pour Ransom Riggs, l'essentiel était que le réalisateur conserve l'esprit du récit. "L'esthétique de l'histoire est très importante, et ce grâce aux photos. Mais Tim a géré tous les aspects visuels du film, je n'ai fait que l'aider un peu", raconte-t-il au site Shockya. "Il fallait que le cœur et l'esprit du livre soient conservés, et je suis convaincu que Tim l'a fait mieux que personne", souligne cette fois l'auteur à Moviefone.
"J'ai transmis dans le film ce que je pensais être l'esprit du roman"
De son côté, le réalisateur avait évidemment à cœur de rester fidèle à l'œuvre originale : "Une photo a sa propre dynamique, chaque personne se fait sa propre idée de ce qu'il y a derrière. Quelqu'un peut trouver une photo drôle, un autre la trouvera flippante. Mais il se dégage de ces photos une sorte de poésie, de mystère, que je voulais retranscrire", explique-il. "Même si le support est différent, j'espère que le film a la même "saveur" que le livre. Sans être visuellement littéral, j'ai transmis ce que je pensais être l'esprit du roman."
Quand les photos prennent vie
L'auteur comme le réalisateur estiment donc que le résultat est fidèle à l'œuvre originale. "Le film est magnifique, et je suis heureux de voir ainsi mon histoire prendre vie", confie Ransom Riggs à Shockya. Et pour cause : les "enfants particuliers" qui vivent dans la pension de Miss Peregrine ont l'air d'être tout droit sortis de l'une de ces photographies. Avec une mention spéciale aux jumeaux :
Les costumes, les coiffures, les décors et la lumière du film ont été méticuleusement étudiés pour recréer scène après scène l'ambiance mystérieuse et tendrement effrayante si caractéristique au livre. Et pour rendre un hommage mérité aux photographies de Ransom Riggs, la 20th Century Fox a même demandé au créateur de GIFs Flux Machine de créer des animations, plaçant les personnages du film dans le même décor que les silhouettes des clichés.
Sans surprise, Tim Burton a toutefois réussi à conserver le style cinématographique qui lui est si propre. "Même les histoires pensées par d'autres, j'essaie de les traiter d'une manière personnelle. Entre ça et ma volonté de rester fidèle au roman, l'équilibre était parfois dur à trouver", confie-t-il.
De notre côté, on estime que le réalisateur d'"Edward aux mains d'argent" a pu atteindre, avec "Miss Peregrine", la hauteur de ses ambitions. Et puisque le roman a une suite en préparation, on espère voir Burton encore animer de vieilles photos, comme cette charmante petite fille empaillée, couverture du tome 2 des aventures de ces enfants si particuliers.
– Retrouvez tous les GIFs de "Miss Peregrine et les Enfants Particuliers" dans cet article de Mashable.
Quelque chose à ajouter ? Dites-le en commentaire.