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Syrie : raids aériens meurtriers sur un camp de déplacés, trêve respectée à Alep

Des raids aériens menés sur un camp de déplacés dans la province d'Idlib, dans le nord de la Syrie, ont fait au moins 28 morts. Les condamnations internationales sont nombreuses. Le régime de Damas nie toute implication.

Au moins 28 civils ont péri dans des frappes aériennes menées sur un camp de déplacés en Syrie. Le camp d'al-Kammouna, situé dans la province d'Idlib, près de la Turquie, où avaient trouvé refuge des familles ayant fui les combats dans la région voisine d'Alep, a été frappé, jeudi 5 mai, par des raids aériens, ont annoncé l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) et des militants.

Le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, n'était pas en mesure de dire quel pays était responsable de ces frappes. Mamoun al-Khatib, directeur de l'agence de presse Shahba Press, basée à Alep et favorable aux rebelles, a accusé le pouvoir du président Bachar al-Assad.

"Deux avions du régime ont tiré quatre missiles sur le camp, deux sont tombés tout près, provoquant un mouvement de panique, et deux autres à l'intérieur, où une dizaine de tentes ont pris feu", a affirmé ce militant. Il n'était pas possible de vérifier ces accusations. Le ciel de la Syrie est parcouru par les appareils du gouvernement, par ceux de la Russie et par ceux de la coalition internationale dirigée par les États-Unis.

La coalition internationale concentre ses frappes sur le groupe État islamique (EI), alors que Damas utilise son aviation aussi bien contre les rebelles que contre les jihadistes du Front al-Nosra et de l'EI. La Russie, alliée de Damas, frappe certains groupes rebelles et les jihadistes.

Pointée du doigt par des militants anti-régime, l'armée de Bachar al-Assad a nié toute implication, accusant les rebelles de procéder à des "attaques contre des cibles civiles" pour en faire assumer la responsabilité au pouvoir. Les rebelles n'ont pas d'avions.

"Que Dieu les maudisse"

Des vidéos postées sur internet par des militants et présentées comme celles du drame, montrent des tentes bleues réduites en lambeaux, des flammes et d'épaisses fumées noires s'élevant du lieu et des cris d'hommes et des pleurs d'enfants. "Que Dieu les maudisse !", peut-on entendre dans une des vidéos. "Où sont les ONG [internationales] ?", s'écrie une voix d'homme. Des volontaires avec des seaux d'eau s'activent dans le camp ravagé, où on peut voir des blessés, notamment des femmes, hurler de douleur.

Dans une autre vidéo, des secouristes tentent d'éteindre le feu dévorant les tentes, d'autres mettent une couverture sur des corps carbonisés. Au moins un corps d'enfant couvert de sang et de terre, avec les membres arrachés, est montré.

"Grave violation du droit humanitaire international"

Pour le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, ce raid "révoltant et d'inacceptable" s'apparente à un "crime de guerre". Attribuant les frappes aux forces gouvernementales syriennes, le ministre britannique des Affaires étrangères, Philip Hammond, s'est dit "horrifié". "Le mépris du régime d'Assad envers les efforts pour rétablir la cessation des hostilités en Syrie est clairement visible par tous", a-t-il déclaré dans un communiqué.

Les insurgés prennent un village stratégique près d'Alep

Les insurgés syriens se sont emparés du village stratégique de Khan Touman, au sud d'Alep, après de violents combats qui ont fait des dizaines de morts, rapporte vendredi 6 mai l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

La veille, les insurgés, parmi lesquels des combattants du Front Al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda, avaient lancé une grande offensive pour reprendre ce village tenu notamment par des miliciens chiites soutenus par l'Iran et situé près de l'autoroute reliant Alep à Damas.

Plusieurs sources rebelles ont confirmé la prise de Khan Touman, qui a en revanche été démentie par une source de l'armée gouvernementale syrienne

Selon l'OSDH, les combats pour le contrôle du village ont fait au moins 73 morts, 43 dans les rangs des insurgés et 30 côté gouvernemental.

Sans se prononcer sur l'origine des frappes, l'Union européenne (UE) a souligné que "les attaques contre des camps de réfugiés sont inacceptables et constituent une grave violation du droit humanitaire international".

L'UE "rappelle la nécessité urgente pour toutes les parties au conflit d'assurer la protection des civils", déclare le communiqué commun de la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, et du commissaire européen chargé de l'aide humanitaire, Christos Stylianides.

Le chef des opérations humanitaires de l'ONU, Stephen O'Brien, s'est dit "horrifié et écœuré" et a réclamé une enquête. "Si on découvre que cette attaque choquante a pris délibérément une structure civile pour cible, cela pourrait constituer un crime de guerre", a-t-il déclaré dans un communiqué.

La grande majorité de la province d'Idlib est contrôlée par le Front Al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaïda, et par ses alliés rebelles.

Calme à Alep

Dans la ville d'Alep, les habitants ont eu, jeudi, une première journée de calme après l'entrée en vigueur d'une trêve pour mettre fin aux combats ayant fait près de 300 morts.

Aucun raid aérien n'a été signalé dans les quartiers rebelles de l'est depuis le début d'application de la trêve de 48 heures. De nombreux commerçants y ont rouvert leurs magasins et l'activité a repris sur les marchés de fruits et légumes, cibles de frappes sanglantes. "La situation est meilleure", a déclaré à l'AFP Mohammad Halwani, 31 ans, propriétaire d'un café internet.

Les États-Unis et la Russie ont négocié et annoncé la trêve temporaire à Alep, après que le cessez-le-feu du 27 février eut volé en éclats avec la reprise des hostilités dans cette ville le 22 avril.

La trêve du 27 février concernait tout le pays à l'exception des secteurs tenus par l'EI et le Front Al-Nosra, qui a lancé une offensive pour reprendre la région de Khan Toumane, au sud d'Alep.

Le secrétaire d'État américain, John Kerry, doit se rendre une nouvelle fois en Europe la semaine prochaine, à Paris puis à Londres, essentiellement pour parler du règlement diplomatique du conflit syrien, a annoncé le département d'État.

Avec AFP

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