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Propos recueillis par – Michel Platini, qui s'est porté candidat à la présidence de la Fifa mercredi, parviendra-t-il à sortir du marasme l'instance internationale du foot ? Entretien avec Arnaud Ramsay, co-auteur d'une biographie de l'ancien international français.
Michel Platini, président de la puissante fédération européenne de football et ancien international français, s’est officiellement porté candidat à la présidence de la Fifa, mercredi 29 juillet. L’annonce n’a provoqué l'enthousiasme du prince jordanien Ali bin Al Hussein, potentiel candidat. L'homme s’est fendu d’un communiqué incendiaire : "La Fifa est embourbée dans les scandales. La culture des arrangements en coulisses, en sous-main, doit prendre fin. […] Ce qui est clair, c’est que la Fifa a besoin d’une nouvelle direction indépendante, lavée des pratiques du passé."
>> À lire sur France 24 : "Michel Platini officialise sa candidature"
Platini peut-il faire entrer la Fifa dans une nouvelle ère ? France 24 a posé la question à Arnaud Ramsay, co-auteur de la biographie "Président Platini", parue en 2014 chez Grasset.
France 24 : Michel Platini peut-il vraiment révolutionner la Fifa ?
Arnaud Ramsay : Tout le monde s’enthousiasme de la candidature de Michel Platini, qu’on nous présente comme un chevalier blanc face à un Blatter qu’on dit corrompu. Aujourd’hui, et depuis quelques années, Platini et Blatter ont pris leurs distances. Le premier semble être l’antithèse du second. Mais il faut rappeler que Platini a longtemps été proche de Blatter. Il devait être au courant [de toutes les pratiques qui ont mené à la démission de Blatter] depuis plus de dix ans et n’a pas démissionné avec fracas, comme il aurait pu le faire s’il avait vraiment voulu dénoncer le mode de fonctionnement à la Fifa.
Il est un pur produit du système. Mais, en l’état, il est impossible d’être élu à la Fifa sans en connaître les rouages [les candidats doivent être parrainés par au moins cinq fédérations sur les 209 du monde entier, NDLR]. Et d’autre part, Platini a l’intelligence politique de se présenter comme un homme hors-système.
Et pour l’instant, il n’a pas donné de programme pour la Fifa, il a seulement évoqué des intentions. Et la Fifa est un gros paquebot, difficile à manœuvrer. Mais il reste sept mois avant les élections [prévues pour le 26 février 2016, NDLR]...
Après huit années idylliques à la tête de l’UEFA, Platini semblait à l’aise au niveau européen. Pourquoi se lancer à la conquête de la Fifa ?
Quand on est patron de l’Europe et qu’on a la possibilité de devenir le patron du monde, ça ne se refuse pas. Platini a trouvé sa voie dans les années 1990, lorsqu’il a été nommé co-président du comité d’organisation de la Coupe du monde 1998 par François Mitterrand. Il a ensuite grimpé les échelons : il est devenu membre du comité exécutif de la Fifa en 2002 puis a mené en 2007 une campagne très intelligente pour tenter d’accéder à la présidence de l’UEFA, qu’il a obtenue à la surprise générale face au président sortant Lennart Johansson. Cela s’est très bien passé à l’UEFA. Il a été réélu en 2011 sans adversaire crédible puis de nouveau en 2015. Il n’a pas de contre-pouvoir au sein de l’instance européenne.
Il n’a pas eu le cran de se porter candidat à la présidence de la Fifa contre Sepp Blatter lorsque celui-ci a annoncé qu’il se représentait alors qu’il avait promis qu’il ne le ferait pas. Pour Platini, c’était : "Rendez-vous en en 2019" [à la fin du mandat de quatre ans du président de la Fifa, NDLR].
Mais là, avec la démission de Blatter, il ne peut pas reculer. Entre 1974 et aujourd’hui, il n’y a eu que deux présidents à la tête de la Fifa : Havelange entre 1974 et 1998 puis Blatter à partir de 1998. C’est maintenant ou jamais pour Platini ! S’il laisse la place à quelqu’un d'autre, la place sera prise pour longtemps. C’est une chance inédite, surtout qu’il n’a pas vraiment d’adversaire crédible déclaré. En se déclarant si tôt, il coupe l’herbe sous le pied de ceux qui voudraient se présenter contre lui. C’est une vraie bête de compétition, comme tous les champions. S’il se lance, cela signifie qu’il sait qu’il sera élu.
Quelles seront ses relations avec l’UEFA, s’il est élu à la Fifa ?
Platini, derrière l’image publique qu’il se donne, est très directif. Il ne laisse pas vraiment exister les autres. C’est pour ça qu’il n’y a pas de têtes qui dépassent à l’UEFA.
Pour le remplacer [à la présidence de l’instance européenne], la presse espagnole avance le nom de Wolfgang Niersbach, l’actuel président de la fédération allemande. Or, le foot allemand compte beaucoup aujourd’hui [l’Allemagne est notamment championne du monde en titre, NDLR], donc cela semble plausible. Ce n’est pas vraiment un dauphin de Platini car personne n’a vraiment émergé pendant les deux mandats du Français. Dans un monde idéal, Platini n’aurait pas son mot à dire concernant son successeur. Mais étant donnée son importance au sein de l’UEFA, même si le prochain président n’est pas son dauphin, il ne sera pas non plus un rival. Le soutien de la fédération européenne restera assuré à Platini.
C’est d’ailleurs pour ça que même s’il a longtemps milité pour que l’UEFA prenne de l’importance lorsqu’il était à sa tête, il prendra sans doute du recul s’il obtient la présidence de la Fifa. Il faudra en tout cas qu’il soit assez intelligent pour maintenir un équilibre entre les différentes fédérations continentales. Car s’il accorde plus de places à l’Europe pour les phases finales de Coupe du monde, par exemple, l’Asie et l’Afrique, qui en réclament aussi, seront vent debout.