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Le dernier "Charlie Hebdo" décliné en 5 langues

Une semaine après la tuerie dans les locaux du journal satirique, le dernier "Charlie Hebdo", qui sera tiré à cinq millions d’exemplaires au lieu de trois, sera diffusé dans plus de 20 pays et traduit en espagnol, italien, anglais, turc et arabe.

Il est toujours là. Une semaine après l’assassinat des journalistes de "Charlie Hebdo", le journal satirique est vivant. Certes, les rescapés sont meurtris, effondrés mais ils ont honoré la mémoire de leurs confrères en "tirant" le dernier exemplaire de leur hebdomadaire, sans perdre leur verve provocatrice. Le prophète Mahomet est toujours là, en une du journal, la larme à l’œil, pour défendre la liberté d’expression.

Les Messageries lyonnaises de presse (MLP), qui distribuent ce titre, ont annoncé que le numéro 1178 de "Charlie Hebdo" daté du 14 janvier sera finalement tiré à 5 millions d'exemplaires, soit 2 millions de plus qu'annoncé précédemment. Et il sera diffusé dans plus de vingt pays. "Charlie Hebdo" a donc montré que les terroristes n’ont pas gagné. Une démonstration de force déclinée en 5 langues ! En espagnol, arabe et anglais dans des versions numériques, en italien et en turc pour des versions papier. Inédit.

>> À voir dans "El Pais" : "Charlie Hebdo" en espagnol

"Ana Charlie" : #JeSuisCharlie, la version arabe de la une du nouveau Charlie. pic.twitter.com/AffcyjFLHk

— Delphine Minoui (@DelphineMinoui) 14 Janvier 2015

Reste désormais à le trouver. Dans le kiosque d’Issy-les-Moulineaux, au pied de France 24, à 6h15, tous les exemplaires avaient déjà été vendus. Même constat au métro de Belleville, dans le XIXe arrondissement de Paris : un kiosquier avait 150 exemplaires à l’ouverture, à 6 h. Mais il avait déjà été dévalisé à 6h30 même en ayant limité les achats à deux exemplaires par personne. Les kiosquiers seront approvisionnés tous les jours jusqu'au 19 janvier et le journal devrait rester en vente plusieurs semaines.

"Notre Mahomet est vachement plus sympa que celui brandi par ceux qui ont tiré"

La une sur Mahomet a déjà été reproduite par de très nombreux médias et sites dans le monde, surtout en Europe. Elle a en revanche été occultée par les grands médias des pays musulmans et dans certains pays d'Afrique ou d'Asie car l'islam interdit de représenter le prophète. En Turquie, le quotidien d'opposition Cumhuriyet publiera, lui, en turc, une large partie du numéro.

Le Mahomet de "Charlie Hebdo" était aussi absent des grands médias aux États-Unis, dans le "New York Times" notamment, où le lecteur doit cliquer sur un lien vers "Libération" pour découvrir la une du journal. Outre-Atlantique, la satire religieuse est taboue. Washington a cependant tenu à affirmer mardi son "soutien absolu au droit de "Charlie Hebdo"" à publier cette une.

Sans surprise, la nouvelle caricature de Mahomet a en revanche déclenché la colère de certaines instances musulmanes. Al-Azhar, principale autorité de l'islam sunnite basée en Égypte, a estimé qu'elle allait "attiser la haine". En Iran, le site d'information Tabnak (conservateur) estime que Charlie Hebdo "insulte de nouveau le prophète". En France, les responsables de l'islam de France ont appelé au calme, à la veille de la parution.

"Notre Mahomet est vachement plus sympa que celui brandi par ceux qui ont tiré. C'est un bonhomme qui pleure avant toute chose", se sont défendu les survivants du journal. "L'état d'esprit ‘Je suis Charlie’ cela veut dire aussi le ‘droit au blasphème’", a résumé leur avocat, Richard Malka, réfutant avec virulence toute accusation d'islamophobie.

Avec AFP