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Après des années de débats, les États membres de l'Union européenne ont décidé de rendre aux gouvernements nationaux le choix d'autoriser ou non les cultures génétiquement modifiées sur leur territoire.

Les gouvernements européens ont laissé, jeudi 12 juin, le champ libre aux producteurs de semences OGM dans les États disposés à les cultiver et espèrent avoir le soutien du nouveau Parlement européen pour un accord très attendu par les multinationales américaines.

Sept OGM sont en attente d'une autorisation de culture dans l'UE, dont le maïs MON810 de Monsanto et le maïs TC1507 du groupe Pioneer.

Tous ont obtenu le feu vert de l'Autorité européenne pour la sécurité des aliments (EFSA), mais le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a préféré les retenir pour éviter l'affrontement avec les gouvernements.

Le compromis approuvé jeudi à Luxembourg par les ministres de l'Environnement de 26 des 28 États membres donne la possibilité aux Etats d'autoriser ou d'interdire la culture sur "tout ou partie de leur territoire".

La France a notamment interdit la culture du maïs transgénique le mois dernier.

Le processus recommande désormais aux semenciers de limiter géographiquement leur demande d'autorisation pour la culture aux seuls pays qui le veulent. Si l'entreprise refuse de restreindre le champ de sa demande, les pays qui refusent de le cultiver seront habilités à l'interdire. Ils devront transmettre à la Commission les motivations de leur décision. Une liste non exhaustive de motifs a été élaborée et des combinaisons sont possibles.

La liberté de choix rendue aux États a emporté leur décision de soutenir le compromis élaboré par la présidence grecque de l'Union européenne. Si le nouveau Parlement l'avalise, "cela fera sauter un verrou qui paralyse le processus d'autorisation des OGM depuis 4 ans", a souligné jeudi Tonio Borg, le commissaire à la Santé responsable de ce dossier sensible.

"Un rôle important laissé aux entreprises"

"Le nouveau système garantit aux États la possibilité de choix, s'ils souhaitent cultiver ou non", a expliqué la ministre française de l'Environnement Ségolène Royal.

Ce nouveau système "permet du sur mesure", s'est félicitée la ministre néerlandaise Wilma Mansveld.

Tous les gouvernements ne partagent pas cet enthousiasme. La ministre de l'Environnement du Luxembourg, Carole Dieschbourg, a ainsi émis de sérieuses réserves sur la solution retenue en raison du "rôle important laissé aux entreprises de biotechnologies" et a dit redouter "une vague d'autorisation de cultures" dans l'UE.

Le représentant belge Olivier Belle s'est également abstenu sur ce compromis. La crainte des disséminations transfrontalières motive ces réserves. Ségolène Royal a souhaité que ce sujet soit abordé avec le Parlement européen.

Des doutes sont également émis sur la validité des motifs d'interdiction en cas de litige au sein de l'Union européenne et devant l'OMC (Organisation mondiale du commerce).

Déception des défenseurs de l'environnement comme des industriels

Les défenseurs de l'environnement entendent batailler pour convaincre le nouveau Parlement européen de refuser le compromis.

Mute Schimpf, de l'organisation des Amis de la Terre, a ainsi dénoncé le pouvoir inacceptable donné aux compagnies comme Monsanto sur toute décision d'interdire la culture de leurs produits.

"Les gouvernements doivent avoir la possibilité de bannir des semences OGM sans avoir à demander la permission aux compagnies", a-t-elle soutenu dans un communiqué.

L'ancienne député européenne française Corine Lepage a pour sa part dénoncé "un accord au rabais" qui "ne comporte aucune base juridique solide pour réellement interdire les OGM et confère un pouvoir exorbitant aux compagnies dans le processus de décision".

Si l'accord adopté jeudi par les gouvernements de l'UE est avalisé par les députés, il ouvrira les terres de l'Union européenne à la culture des OGM, une mesure attendue par les semenciers depuis quatorze ans.

Mais ces derniers sont loin d'être satisfaits. "Cette proposition permet à un pays de décider d'une interdiction pour n'importe quel motif", a déploré un de ses porte-parole, Brandon Mitchener.

"Ce serait tragi-comique si cela n'adressait pas un signal aussi mauvais au reste du monde, à savoir que l'on peut sans difficultés ignorer la science et interdire des produits pour des raisons populistes", a-t-il argumenté.

Brandon Mitchener a confirmé que Monsanto ne comptait pas présenter de nouvelles demandes d'autorisation de culture dans l'UE et allait continuer ses investissements dans les biotechnologies dans d'autres régions que l'Europe.

(Avec AFP)