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L'État français s'invite dans les discussions entre Alstom et General Electric

Le ministre de l'Économie, Arnaud Montebourg, a indiqué au quotidien "Le Monde" qu'il travaillait sur "d'autres solutions" qu'un rachat du géant français de l'énergie Alstom par l'Américain General Electric.

Branle-bas de combat à Bercy et accélération dans le dossier Alstom. Le ministre de l'Économie, Arnaud Montebourg, a indiqué, vendredi 25 avril, travailler sur la recherche "d'autres solutions" qu'un rachat du géant français des transports par l'Américain General Electric (GE). Le président du groupe américain, Jeffrey Immelt, serait d'ailleurs attendu dimanche à Paris, où il devrait rencontrer le ministre de l'Économie, au moment où GE semble en passe de lancer une offre sur le pôle énergie d'Alstom.

Un conseil d'administration du groupe français, décisif, est prévu dimanche pour étudier cette offre qui s'élèverait à 13 milliards de dollars (9,4 milliards d'euros), a-t-on appris de sources proches du dossier.

De son côté, le PDG d'Alstom, Patrick Kron a dementi qu'une "OPA" était en cours sur son groupe. "Le gouvernement travaille à d'autres éventualités que celles imaginées seules et sans que le gouvernement n'en ait été informé par Alstom", a précisé le patron de Bercy au quotidien "Le Monde". Une manière de dire que l'État comptait bien s'impliquer dans un dossier qui touche un groupe stratégique en France.

Cette sortie d’Arnaud Montebourg accrédite, tout d’abord, la thèse d’un intérêt de General Electric pour Alstom. Jusqu’à présent, un tel rapprochement relevait de la rumeur persistante et très récente. C’est d’abord la chaîne économique américaine Bloomberg qui en avait fait état, jeudi 24 avril, puis le quotidien économique britannique "Financial Times" l’avait reprise à son compte.

Face à l'emballement médiatique et l'intervention du pouvoir politique, le PDG d'Alstom, Patrick Kron, a tenté de remettre les points sur les "i". "Je ne valide pas les rumeurs parues dans la presse américaine d'une OPA de General Electric. Ce qui est exact, c'est que nous sommes en discussions sur une opération industrielle", a-t-il indiqué. Mais, Patrick Kron s'est gardé d'évoquer l'ampleur de cette opération et les sommes en jeu.

Les précisions du patron d'Alstom était devenues d'autant plus nécessaires que la prise de position d’Arnaud Montebourg avait donné un sérieux coup de vieux au communiqué de presse d’Alstom qui démentait, il y a moins de 24 heures, toute l'affaire. Le ministre de l'Économie avait, en outre, rencontré jeudi Patrick Kron.

Alstom vitrine de "l’ingéniosité française"

Ce n’est pas la première fois que l’ancien ministre du Redressement productif sort le bouclier de la défense des intérêts français contre les appétits américains. Arnaud Montebourg s’était déjà fermement opposé à l’acquisition de la plateforme vidéo Dailymotion par le portail internet Yahoo. Il était aussi monté sur ses grands chevaux oratoires face au patron américain de l’équipementier automobile Titan, Maurice Taylor, dans le dossier Goodyear. Leur échange de lettres et d’"amabilités" sur le modèle économique français avait fait grand bruit en France et dans le monde anglo-saxon.

Cette fois-ci, l’affaire semble cependant aller au-delà du positionnement médiatique d’Arnaud Montebourg en faveur de la défense des groupes français. Le Premier ministre, Manuel Valls, serait, d’après le "Financial Times", sur la même longueur d’ondes que son ministre de l'Économie. Le Premier ministre serait "très sensible aux questions de centre de décision, de technologies et d’emplois" dans ce dossier, d’après l'influent journal financier britannique.

Il faut dire qu'Alstom est devenu, au fil de son histoire, une véritable vitrine du savoir faire technologique des grands groupes français. "Alstom est le symbole de notre puissance industrielle et de l'ingéniosité française", a résumé Arnaud Montebourg. Voir le groupe passer sous pavillon américain serait donc une pilule difficile à avaler pour le gouvernement.

Le mastodonte industriel hexagonal est surtout connu pour le TGV. Alstom se targue, d’ailleurs, d’être capable de construire les trains les plus rapides et fiables au monde. Il est aussi très actif dans la construction de métro automatique "à grande capacité".

Une opportunité pour Bouygues ?

Mais ce n’est pas cet aspect-là qui intéresse GE. Le groupe américain serait d’ailleurs d’accord pour se passer de la branche transport du Français. D'abord, parce que d’après Bloomberg, c’est l'aspect technologiquement le plus sensible aux yeux des politiques et qu’une offre faisant l'impasse sur cette question pourrait être mieux perçue.

Ensuite, parce que le cœur du métier de General Electric est dans l’énergie et que, dans ce secteur, Alstom est bien loti. Il fournit "des centrales intégrées clés en main et des équipements pour la quasi-totalité des sources d'énergie", rappelle le quotidien "Le Figaro".

Certes, la branche énergie d’Alstom génère la plus grande part des ventes du groupe français, mais de là à dépenser 13 milliards de dollars pour mettre la main sur le groupe ? Les médias anglo-saxons sont d’autant plus circonspects que General Electric a annoncé, en janvier, vouloir dépenser quatre milliards de dollars au maximum en acquisitions cette année.

Pour le "Financial Times", il s'agirait d’abord d’une affaire d’opportunité. Le plus important actionnaire d’Alstom, Bouygues, chercherait à trouver des fonds frais alors qu'il bataillait ferme pour racheter SFR. L’opérateur français aurait donc voulu vendre tout ou partie des 29 % du capital d’Alstom qu’il détient. General Electric y aurait vu une bonne porte d’entrée pour prendre le contrôle du géant français.

En se penchant sur le dossier, le groupe américain aurait en outre, d’après Bloomberg, réalisé qu’il y avait un moyen "d'améloirer rapidement les marges d’Alstom". En clair, il pourrait facilement rationaliser le mammouth français pour le rendre plus profitable. Les synergies entre Alstom et GE permettraient de faire "600 millions de dollars d’économies par an", souligne Bloomberg.

Il risquerait donc d’y avoir de la restructuration dans l’air. Alstom emploie 93 000 salariés dans une centaine de pays, mais éprouve le plus de difficulté sur le marché européen de l’énergie où ses ventes ont baissé. C'est donc le Vieux continent qui risquerait d’être le plus frappé par une éventuelle restructuration en cas de rachat. Vu le contexte actuel de l'emploi en Europe, toute opération de rationalisation des coûts entreprise par General Electric si l'acquisition d’Alstom se concrétisait serait tout sauf une promenade de santé.