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Google aime les robots… même militaires

Le géant de l’Internet a acquis Boston Dynamics, l’une des entreprises pionnières de la robotique qui travaille essentiellement pour le Pentagone. C’est la huitième société de ce secteur acquise cette année par Google.

Cheetah et WildCat appartiennent dorénavant à Google. Il ne s’agit pas de deux aimables animaux domestiques, mais de robots construits par la société Boston Dynamics pour l’armée américaine. Cette entreprise américaine, spécialisée dans le nec plus ultra de la robotique, a rejoint la maison Google, a reconnu le géant de l’Internet vendredi 13 décembre. Le montant de la transaction n'a pas été rendu public.

Qu’on se rassure, Boston Dynamics ne construit pas des robots de destruction massive. Ses prototypes ne sont même pas à vocation offensive. Cette société, née dans les locaux du Massachusetts Institute of Technology (MIT) en 1992, s’est spécialisée dans les robots ultra-mobiles et ultra-rapides [voir encadré].

Marc Raibert, fondateur de Boston Dynamics, a assuré, au “New York Times”, n’avoir jamais considéré sa société comme un “sous-traitant de l’armée américaine”, mais plutôt comme une entreprise qui bénéficie de l’argent du Pentagone pour faire reculer les frontières de la robotique. Les financements proviennent tous de Darpa, l’agence du ministère américain de la Défense, spécialisée dans les projets technologiques novateurs.

Google a affirmé qu’il honorerait les contrats qui lient encore Boston dynamics à l’armée américaine mais qu’il n’avait pas l’intention de devenir un nouvel acteur du complexe militaro-industriel américain. Cette nouvelle acquisition devient, par ailleurs, la huitième société spécialisée dans ce secteur à être rachetée cette année par le roi des moteurs de recherche. Mais jusqu’à présent, il s’agissait exclusivement de petites start-up très spécialisées, et aucune n’avait la notoriété de l’inventeur de BigDog.

Robots livreurs ?

Preuve supplémentaire que Google prend les robots très au sérieux : l’ancien grand manitou d’Android, Andy Rubin, a été nommé début décembre à la tête d’une très mystérieuse cellule de travail sur la robotique au sein de Google.

Reste maintenant à savoir ce que le groupe américain veut tirer de tout ce savoir-faire. Dans un entretien accordé début décembre au “New York Times”, Andy Rubin s’est borné à dire qu’il était “content de pouvoir transformer ses hobbies en carrière”, laissant les médias se perdre en conjectures sur le but de cette nouvelle passion.

Pour les uns, tous ces robots pourraient permettre à Google de rationaliser sa chaîne de production et amener un peu de ferveur mécanique dans les usines de Motorola [le constructeur de téléphones qui appartient à Google]. Une vision très industrielle qui ne satisfait pas les plus romantiques comme le "New York Times" qui rappelle que le groupe a lancé, à San Francisco, un service de livraison d’achats baptisé Google Shopping Express. Les descendants de Cheetah viendront-ils un jour livrer, à toute vitesse, les courses à domicile ?

Enfin, pour le blog technologique américain TechCrunch, après les moteurs de recherche, la publicité en ligne, les smartphones et les Google Glass, le géant omniprésent cherche simplement à ne pas rater le prochain train de l’innovation. “Avec les bons produits et les bons robots, Google peut être sur tous les marchés d’avenir de la livraison automatisée aux changements annoncés des chaînes de production dans les usines”, prévoit le site. Andy Rubin n’a-t-il pas lui-même reconnu que c’était “bien de pouvoir travailler dans une entreprise qui peut se permettre de prévoir à dix ans ou plus” ?

De BigDog à Atlas

C'est en 2005 que Boston Dynamics attire pour la première fois la curiosité du grand public avec ses drôles de robots. Le groupe présente alors BigDog, sa première réalisation, qui doit aider à transporter du matériel militaire en terrain difficile. Ce quadripède mécanique, capable d’avancer avec plus de 100 kg sur le dos, est un phénomène sur YouTube, et chacune des vidéos illustrant ses prouesses y a attiré plus de trois millions d’internautes. Cheetah est, quant à lui, devenu, en août 2012, le plus rapide des robots sur terre : il peut courir à plus de 40 km/heure.

Le seul prototype qui pourrait avoir un petit air de Robocop est Atlas, la dernière réalisation de Boston Dynamics avant d’être racheté par Google. Cet humanoïde, dévoilé en juillet 2013, est appelé à participer à des missions de secours dans des zones où les hommes ne peuvent pas se rendre sans risquer leur vie, comme des sites irradiés après une catastrophe atomique.