
Le président centrafricain Michel Djotodia a limogé dimanche trois de ses ministres, jugés trop absents pendant la crise ou trop critiques. Il affirme par ailleurs privilégier le dialogue avec les milices armées opposées à la Séléka.
Trois ministres centrafricains - celui de la Sécurité publique, des Finances et du budget et de l'Élevage - ont été limogés, dimanche 15 décembre, par le président Michel Djotodia, alors que la Centrafrique est en proie à une vague de violences interreligieuses. Le président autoproclamé a par ailleurs assuré lundi, sur l’antenne de RFI, être ouvert au dialogue avec les milices armées anti-Balaka, opposées à la Séléka. Les ex-rebelles de la Séléka avaient porté au pouvoir Djotodia à la suite d'un coup d’État en mars dernier.
L'archevêque catholique de Bangui, Mgr Dieudonné Nzapalainga, très respecté en Centrafrique, a lancé un message de paix dimanche devant 1 500 fidèles réunis pour la messe dans l'église Saint-Charles, à Bangui. "Beaucoup de chrétiens ont dit qu'ils allaient se venger. Les chrétiens doivent être habités par l'esprit de Dieu, ils ne doivent pas tuer", a-t-il déclaré.
"Nous sommes devenus des animaux, les exactions dépassent la raison quand on tue quelqu'un et qu'on brandit son bras", a encore affirmé l'archevêque, demandant aux fidèles de s'inspirer de Nelson Mandela.
"Je suis pour la paix, je veux que les Centrafricains s’entendent", a-t-il martelé. Il a en outre rejeté la responsabilité des tensions dans le pays sur l’ancien président François Bozizé, affirmant que ce dernier avait distribué des machettes à la population avant sa destitution.
Le pays est actuellement ravagé par des affrontements interreligieux, qui ont fait plus de 600 morts en une semaine, selon l’ONU. Dans ce contexte dramatique, les trois ministres limogés ont été démis de leurs fonctions parce qu’"on ne sait pas où ils sont. Ils ne gouvernaient plus", a indiqué une source proche du pouvoir.
Trop absent, trop critique
Accusé par les autorités centrafricaines de détention d’armes illégales, le ministre de la Sécurité publique - équivalent du ministre de l'Intérieur - le pasteur Josué Binoua, a été limogé alors qu’il se trouvait en France, après avoir été exfiltré par l’armée française. Des armes ont été trouvées à son domicile, mais il affirme qu'elles étaient destinées à des agents de la sécurité publique et assure que toutes sont répertoriées. "La décision de me démettre ne me surprend pas. […] Je ne pouvais pas rester en Centrafrique en raison de menaces sur ma personne", a affirmé à l'AFP cet ancien candidat à la présidentielle de 2005, qui dispose aussi de la nationalité française.
Selon le porte-parole du gouvernement Guy-Simplice Kodégué, le ministre des Finances, Christophe Bremaidou, a lui été limogé en raison de son absence prolongée durant la crise. Certains émettent cependant l'hyptohèse selon laquelle il subirait la situation économique catastrophique du pays, l'État centrafricain étant constamment au bord de la cessation de paiement. Le directeur du Trésor et de la Comptabilité publique a également été limogé. Selon une "instruction présidentielle", "tous les mouvements sur les différents comptes du Trésor public sont suspendus jusqu'à nouvel ordre".
Quant au ministre de l'Élevage, Joseph Bendounga, il a été jugé trop critique envers le gouvernement.
Avec AFP et Reuters