
De lourds soupçons de corruption pèsent sur l'attribution de la Coupe du monde 2022 au Qatar. Dans une enquête publiée dans son dernier numéro, France Football accuse le pays d'avoir acheté des votes pour s'offrir le Mondial.
Le 2 décembre 2010, Sepp Blatter annonçait que le Qatar avait remporté l’organisation de la Coupe du monde de football 2022. En obtenant 14 voix contre huit en faveur les États-Unis, ce petit pays du Golfe avait créé la surprise. Beaucoup d’observateurs s’étaient alors étonnés du succès de la candidature de ce pays, qui cumule nombre de handicaps pour accueillir un tel évenement sportif. Comment expliquer ce choix, alors qu'au Qatar, les infrastructures sont inexistantes, les conditions météorologiques extrêmes (50 degrés l’été) et certaines interdictions problématiques (pas de vente d’alcool) ?
Par la corruption des membres de la Fifa par le Qatar, répond France Football, dans un dossier intitulé "Qatargate" paru dans son édition du 29 janvier.
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"Ils ont acheté le Mondial"
Selon le magazine, les Qataris n’auraient pas hésité à sortir leur chéquier pour convaincre les responsables de la Fifa d’adhérer à leur projet. Pour preuve, France Football cite un mail interne écrit en mai 2011 par Jérôme Valcke, le secrétaire général de la Fifa et adressé au vice-président de l’organisation, Jack Warner : "Ils ont acheté le Mondial 2022", affirme-t-il.
Les journalistes évoquent aussi les millions déboursés pour s’offrir des ambassadeurs de luxe censés promouvoir la candidature du Qatar. "Le recrutement de Gabriel Batistuta, Pep Guardiola, Zinedine Zidane, de Bora Milutinovic, Ronald de Boer et Roger Milla a coûté 5,5 millions [d'euros, ndlr]", peut-on lire dans l’enquête.
L’existence de "dessous de table" est également illustrée par le rôle trouble joué par le Qatari Mohammed bin Hamman, président de la Confédération asiatique de football (AFC), au moment de l'attribution du Mondial et aujourd’hui suspendu pour des soupçons de corruption.
Selon un rapport du Tribunal arbitral du sport (TAS), "un certain nombre d’enveloppes non marquées qui contenaient chacune 40 000 dollars (soit environ 29 700 euros) ont été distribuées aux délégués de l’Union caribéenne de football" lors d’une conférence en mai 2011 à laquelle participait bin Hamman. "Comment imaginer qu’il n’a pas usé, en sous-main, de son influence et de sa force de persuasion lors du vote du décembre 2010 ?", s’interroge France Football.
Le rôle de la France
L'enquête pointe également la France du doigt en évoquant une "réunion secrète" organisée en novembre 2010, soit dix jours avant le vote de la Fifa, au palais de l’Élysée entre Nicolas Sarkozy, le prince du Qatar Tamin bin Hamad al-Thani, et Michel Platini, président de l’UEFA. En échange d’un rachat du club parisien du PSG et de la création d’une nouvelle chaine de sport, les Qataris auraient alors obtenu de Platini qu'il "ne donne pas sa voix aux États-Unis, comme il l’avait envisagé", mais à leur pays.
Interrogé par le magazine, l’ancien membre de la Fifa, le Suisse Guido Tognoni, corrobore ces graves accusations. Pour lui, il "existe de forts soupçons de compromissions" autour des membres de la Fédération. "Les arrangements entre amis, les postes dans des commissions pour amadouer ses ennemis, le cash qui a permis à certains de s’en mettre plein les poches, tout s’est organisé au fil des ans comme une petite mafia", ajoute-t-il.
Annuler le vote ?
Au regard de tous ces éléments, France Football s'interroge sur l'opportunité d'une réattribution de la Coupe du monde 2022 à un autre pays. Même si le vote n’est pas annulé, le magazine estime que le calendrier doit être modifié. Pas question d’organiser un Mondial au mois de juin : "Jouer au foot par des températures dépassant les 50 degrés, comme c’est le cas l’été au Qatar c’est de la folie furieuse", estime l'hebdomadaire.
De son côté, la Fifa s'est refusée à commenter ces accusations. L’instance sportive a seulement rappelé que sa commission d'éthique, présidée par l'Américain Michael Garcia, un ancien procureur fédéral à New York, a "l'intention de mener une enquête approfondie" sur les "allégations concernant des événements survenus dans le cadre de la procédure d'attribution des Coupes du Monde de la Fifa 2018 [à la Russie, ndlr] et 2022".