
Trois jours après la mort de quatre Américains à Benghazi, le film "L’innocence des musulmans" continue de provoquer l’ire des pays arabo-musulmans. La sécurité a été renforcée près des missions diplomatiques américaines.
Tous les regards seront braqués sur le monde musulman. Deux jours après le début des heurts provoqués par la diffusion sur Internet d’un film jugé blasphématoire contre l’islam, l’administration américaine redoute une nouvelle flambée de violences contre les représentations américaines en ce vendredi, jour de prière.
Au Yémen, des jeunes en colère ont pénétré jeudi matin dans l'enceinte de l'ambassade des États-Unis à Sanaa avant d'être repoussés par la police. Des heurts se sont poursuivis jusque dans la soirée aux alentours de la chancellerie, faisant au total quatre morts et 34 blessés, a indiqué un responsable des services de sécurité yéménites.
La Maison Blanche a déclaré que Washington faisait le maximum pour protéger les diplomates américains au Yémen, précisant que tous les membres du personnel de l'ambassade étaient sains et saufs.
Le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi a présenté ses "excuses au président américain Barack Obama", promettant de châtier les coupables.
Alerte rouge pour les ambassades
Irak, Iran, Gaza… la colère provoquée par le long-métrage "L’innocence des musulmans" continue à se propager dans de nombreux pays arabo-musulmans.
Au Caire, les heurts se poursuivaient vendredi matin aux abords de l'ambassade des États-Unis. Les manifestants, des jeunes se déplaçant en petits groupes de quelques dizaines de personnes, jetaient des pierres sur les policiers anti-émeute, chargés de boucler les accès à la mission diplomatique, qui répondaient par des tirs de grenades lacrymogènes. Jeudi, plus de 200 personnes ont été blessées dans la capitale égyptienne lors des manifestations.
Quelques 500 manifestants se sont aussi rassemblés près de l'ambassade américaine à Koweït, arborant le drapeau noir d'Al-Qaïda. Le royaume ultraconservateur d'Arabie saoudite a condamné le film produit "par un groupe irresponsable", mais aussi "les réactions violentes dans plusieurs pays visant des intérêts américains".
En Iran, environ 500 personnes ont manifesté aux cris de "Mort à l'Amérique" et "Mort à Israël" près de l'ambassade de Suisse à Téhéran, qui représente les intérêts américains dans le pays. Le Guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a demandé à Washington de "punir" les auteurs du film et leurs soutiens financiers.
Alors que la Maison Blanche a affirmé jeudi qu’elle surveillait de près ses missions diplomatiques à travers le monde, plusieurs pays d'Asie ont décidé de renforcer la sécurité autour de ces bâtiments pour contrer d’éventuelles manifestations.
Premières arrestations
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L'Indonésie, pays musulman le plus peuplé de la planète, a demandé à Google de bloquer la diffusion du film polémique sur son site de partage de vidéos, YouTube. Le gouvernement afghan a bloqué quant à lui la totalité du site, tandis que le Pakistan empêchait l'accès au seul film. De son côté, la compagnie américaine a annoncé qu’elle retirait la vidéo du site en Libye et en Egypte.
Par ailleurs, les autorités libyennes ont annoncé l’arrestation de quatre personnes dans le cadre de l’enquête sur l’attaque du consulat américain à Benghazi, qui a coûté la vie à l'ambassadeur Chris Stevens et à trois autres Américains, dont un ancien Navy Seal, soldat d'élite de la Marine, et un ex-militaire de l'US Air Force.
"Quatre hommes sont en détention et nous les interrogeons parce qu'ils sont soupçonnés de complicité dans les événements du consulat américain", a dit le vice-ministre libyen de l'Intérieur, Ouanis Charif. "Nous réunissons des éléments de preuve", a-t-il poursuivi sans plus de précisions.
Quant à Ansar al-Charia, mouvement islamiste mis en cause, il a nié toute implication dans l'attaque tout en pointant la responsabilité aux gardes du consulat qui auraient "changé le cours" de la manifestation pacifique en tirant sur la foule.
Par ailleurs, les autorités libyennes ont suspendu sans préavis le trafic aérien dans la nuit de jeudi à vendredi à Benghazi après avoir reçu des "menaces". Des sources militaires ont confirmé cette information sans donner plus de précisions.
France 24 avec dépêches