"Révolutionnaire de profession" comme il se définit lui-même, Carlos doit répondre de quatre attentats commis en France entre 1982 et 1983, devant la cour d'assises de Paris, où son second procès s'est ouvert ce lundi.
AFP - "Je suis révolutionnaire de profession": Ilich Ramirez Sanchez, alias Carlos, s'est ainsi présenté lundi devant la cour d'assises spéciale de Paris, qui le juge pour quatre attentats qui, il y a près de 30 ans, ont fait en France 11 morts et quelque 150 blessés.
Ventripotent, front dégarni et barbe blanche, l'homme qui s'attribue "1.500 à 2.000 morts" avait plus l'air, dans son box, d'un retraité tranquille que d'un dangereux révolutionnaire.
Tantôt accoudé à la vitre du box, tantôt en discussion avec son escorte, tantôt assis en toute décontraction, le Vénézuélien de 62 ans donnait l'impression d'être à la cour d'assises comme d'autres sont au spectacle. Un indéfectible sourire aux lèvres, il semblait être le maître des lieux.
Reconnaissant des soutiens, il les salue en brandissant le poing de la Révolution. Un mot sur "l'Etat raciste" d'Israël soulève des applaudissements immédiats.
"Ca se passe exactement comme on nous l'avait dit", réagit Philippe Rouault, grièvement blessé lors de l'attentat de la rue Marbeuf en 1982. "Il est joueur, il est révolutionnaire", dépeint-il, tout en assurant être "psychologiquement prêt à ça", d'autant qu'"il va nous en montrer d'autres".
Les deux conseils de Carlos ont dénoncé "un procès inéquitable". Jugeant qu'ils ne pouvaient "se mettre en faillite" en défendant gratuitement Carlos, abandonné par le Venezuela, Mes Isabelle Coutant-Peyre et Francis Vuillemin ont déclaré qu'ils se retiraient du procès. Mais le président Olivier Leurent les a immédiatement commis d'office.
La cour s'est également refusée, pour l'instant, à rejeter les rapports des services secrets hongrois, roumains et est-allemands, comme le réclame la défense. En revanche, elle a donné raison à Carlos en jugeant irrecevable la constitution de partie civile de la Fenvac, une association de victimes qui n'a étendu que très récemment sa compétence aux actes de terrorisme.
Avocat de plusieurs parties civiles, Me Paul-Albert Iweins a brocardé les discours révolutionnaires "un peu dépassés" de Carlos et d'avocats.
"Je m'aperçois que je suis renvoyé aux années 1970, aux meetings anti-impérialistes", a-t-il moqué. A présent, a-t-il averti, "il va falloir que Carlos prenne conscience qu'il n'est pas ici pour faire la révolution mais pour répondre de ses actes."
Ilich Ramirez Sanchez conteste les quatre attentats qui lui sont imputés par la justice française. Interpellé au Soudan en 1994, il a déjà été condamné en 1997 à la prison à vie pour le meurtre en 1975 à Paris de trois hommes, dont deux policiers.
Le défenseur de la cause palestinienne est accusé d'avoir orchestré quatre attentats afin d'obtenir la libération de sa compagne allemande Magdalena Kopp et du Suisse Bruno Bréguet, deux membres de son groupe arrêtés à Paris en février 1982 avec armes et explosifs.
Le 29 mars 1982, une bombe explosait dans un train Paris-Toulouse faisant 5 morts et 28 blessés. Le 22 avril de la même année, l'explosion d'une voiture piégée devant le siège du magazine Al Watan Al Arabi, rue Marbeuf à Paris (8e), tuait une passante et faisait 66 blessés.
Le "mythe" Carlos
Enfin, le 31 décembre 1983, deux attaques terroristes touchaient la gare Saint-Charles, à Marseille (2 morts et 33 blessés), et le TGV Marseille-Paris, à Tain-L'Hermitage (3 morts et 12 blessés).
Trois autres membres du groupe Carlos sont également jugés par défaut: Johannes Weinrich, l'ancien bras droit de Carlos, détenu en Allemagne, ainsi que Christa Frohlich et Ali Kamal Al Issawi, tous deux en fuite.
Magdalena Kopp, qui a épousé Carlos en 1991, a fait savoir qu'elle ne viendrait pas car, écrit-elle dans un courrier, il lui est "impossible de témoigner pour ou contre (s)on conjoint et père de (leur) fille".
Verdict le 16 décembre.