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Les démocrates ont déposé une plainte devant la Commission électorale. Ils dénoncent le rôle joué pendant la campagne des législatives par des cadres proches de Thaksin Shinawatra alors qu'ils sont frappés d'interdiction d'activités politiques.

AFP - Les Démocrates battus aux récentes élections en Thaïlande ont lancé vendredi une longue bataille juridique contre les alliés de Thaksin, bientôt au pouvoir, en déposant une plainte devant la Commission électorale pour faire dissoudre leur parti.

La procédure devrait prendre des mois et n'empêchera pas Yingluck Shinawatra, soeur de l'ex-Premier ministre en exil Thaksin Shinawatra, de devenir la chef du prochain gouvernement et la première Thaïlandaise à assumer cette fonction.

Mais le dossier pourrait vite fragiliser son cabinet s'il devait prospérer. Et il laisse entrevoir des querelles incompatibles avec la "réconciliation" que les deux camps, officiellement, appellent de leurs voeux après les manifestations de masse souvent violentes auxquelles le pays est habitué.

Un succès "soulignerait le fait que les Démocrates, leurs alliés de l'armée et du palais royal et la machine judiciaire n'acceptent pas les élections", dénonce l'analyste Andrew Walker.

Wiratana Kalayasiri, chef de l'équipe de juristes du parti du Premier ministre sortant, Abhisit Vejjajiva, a indiqué à l'AFP avoir déposé une plainte contre le parti d'opposition vendredi, pour que le gendarme des élections "recommande la dissolution du Puea Thai à la Cour constitutionnelle".

Le Puea Thai est la troisième incarnation du parti des alliés de Thaksin, renversé en 2006 par un coup d'Etat militaire.

Le Thai Rak Thai (TRT) et le Parti du pouvoir du peuple (PPP) ont déjà tous deux été interdits, respectivement en 2007 et 2008. Plusieurs dizaines de leurs membres avaient été du même coup interdits d'activités politiques pour cinq ans.

La plainte argue que des cadres frappés de cette interdiction se sont impliqués dans la campagne, notamment dans la rédaction de programmes et l'organisation de vidéo-conférences et de coups de téléphones, adressés depuis Dubaï par Thaksin à ses partisans.

L'ex-magnat des télécommunications fait donc partie des personnalités visées.

Malgré son absence, il reste la personnalité sur laquelle se cristallise le fossé entre les élites traditionnelles de Bangkok, qui le haïssent, et les masses rurales et populaires du nord et du nord-est du pays, qui lui sont favorables.

De fait, son parti a fait sa campagne sur le slogan "Thaksin pense, le Puea Thai fait". Lui et les autres politiciens incriminés "ont fait plus que les dirigeants réels (du parti), et le Puea Thai en a directement bénéficié", a insisté Wiratana.

Si elle juge la plainte valable, la Commission devra la soumettre au parquet général, qui lui-même choisira de la renvoyer ou non devant la Cour constitutionnelle.

Un débat juridique qui ne manquera pas d'accroître la colère des "chemises rouges", dont le mouvement du printemps 2010 à Bangkok contre le gouvernement démocrate avait été réprimé par l'armée (plus de 90 morts), et dont certains cadres ont été élus comme parlementaires de la prochaine assemblée, sous la bannière du Puea Thai.

Les élections avaient été considérées comme un triomphe pour les pro-Thaksin, détenteurs désormais de la majorité absolue.

Le résultat avait été accepté et par le Premier ministre sortant Abhisit Vejjajiva, et par les militaires, toujours soupçonnés de vouloir s'immiscer dans les affaires politiques. Mais l'unanimité n'a pas duré.

Wiratana "a la gueule de bois depuis les élections et il ne respecte pas la décision du peuple", a ironisé Pormpong Nopparit, porte-parole du Puea Thai, après l'annonce de la plainte. "Ceux qui sont interdits d'activités politiques ne sont pas interdits de réfléchir".

Cinq jours après un scrutin apparemment sans écart, plane déjà au dessus du royaume le risque de crise politique.

"Il s'agit maintenant d'un problème de légitimité électorale en Thaïlande", regrette Andrew Walker. "Renverser ce résultat serait une incitation au chaos".