
Si le numéro 2 du FMI, John Lipsky, a pris pour l’heure la place du Français Dominique Strauss-Kahn à la tête de l'institution internationale, la question de la succession de DSK reste entière. Des noms de candidats potentiels commencent à circuler.
A peine l’Américain John Lipsky s’est-il installé, dimanche, dans le siège de patron temporaire du Fond monétaire international (FMI) que les rumeurs enflaient sur les remplaçants potentiels du Français Dominique Strauss-Kahn. Inculpé pour agression sexuelle, tentative de viol et séquestration par la justice américaine, le Français devrait céder sa place à la tête de l'institution.
Aucune procédure officielle pour le remplacer n’a encore été lancée au FMI, mais chacun avance d’ores et déjà ses pions. Dès lundi, la chancelière allemande, Angela Merkel, défendait une candidature européenne. Depuis sa fondation en 1944, le FMI a toujours été dirigé par un Européen. Il s'agit là d'une coutume issue d'un accord tacite entre l'Europe et les États-Unis qui placent, de leur côté, l'un des leurs à la tête de Banque mondiale. D’autres soutiennent que ce scandale devrait être l’occasion de tourner la page de ce privilège du Vieux Continent et de nommer un ressortissant d’un pays émergent. Qui sont les favoris ?
John Lipsky (États-Unis) : Dominique Strauss-Kahn avait qualifié, il y a quelques mois, son numéro 2 de "très bon communicant", et de "grand avocat du multilatéralisme et d’une surveillance accrue des milieux financiers". Le premier directeur-adjoint du FMI est avant tout un ancien banquier. Avant d’intégrer la prestigieuse institution internationale, il était l’économiste en chef de la banque d’investissement JPMorgan.
Il a lui-même annoncé qu’il ne chercherait pas à briguer la succession de Dominique Strauss-Kahn. Il prend cependant la tête du Fond monétaire international à un moment crucial. Cette semaine, l’Europe et le FMI doivent en effet se pencher sur l’opportunité d’apporter une nouvelle aide internationale à la Grèce. Une décision qui pourrait se révéler cruciale pour l’avenir de la zone euro. Si John Lipsky gère correctement cette crise, certains pourrait vouloir qu’il reste aux commandes. Cependant, jamais un Américain n’a été patron du FMI depuis 1944.
Kemal Dervis (Turquie) : Cet ancien ministre turc de l’Économie (entre mars 2001 et août 2002) a un profil consensuel. Il peut être considéré représentant d’un pays émergent au sein de la sphère d’influence européenne. De quoi satisfaire tout le monde.
Kemal Dervis, actuellement l’un des vice-présidents du prestigieux centre de recherche américain le Brookings Institutes, est aussi, comme DSK, un économiste qui s’est frotté à la politique. Il a passé près de 25 ans au sein de la Banque mondiale (1977 à 2001) et s’est également illustré comme administrateur du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).
Axel Weber (Allemagne) : La chancelière allemande, Angela Merkel, rêverait d’en faire le prochain patron du FMI. Elle avait déjà essayé de propulser cet ancien chef de la Bundesbank (banque centrale allemande) à la tête de la Banque centrale européenne. Mais l’intéressé avait lui-même jeté l’éponge. Sera-t-il davantage tenté par le poste de Dominique Strauss-Kahn ?
Gordon Brown (Royaume-Uni) : L’ancien Premier ministre travailliste britannique est clairement intéressé par le poste. Il s’était déjà déclaré candidat en 2007. Mais Tony Blair, son meilleur ennemi et autre ancien Premier ministre britannique, s’y était opposé. Finalement, Dominique Strauss-Kahn avait été nommé. Cette fois-ci, c’est l’actuel Premier ministre, David Cameron, qui s’y oppose. Un obstacle insurmontable ?
Trevor Manuel (Afrique du Sud) : Il a été sans interruption ministre des Finances en Afrique du Sud de 1996 à 2009. Un pedigree politique qui fait de lui l’un des plus sérieux candidats issus d’un pays émergent. En outre, Trevor Manuel a failli être nommé en février dernier président du Comité monétaire et financier international, organe de direction politique du FMI. Il a donc plus d’un atout dans sa poche.
Montek Singh Ahluwalia (Inde) : Il est l’un des économistes les plus réputés en Inde. Actuellement, cet ancien ministre indien des Finances préside la Commission au plan en Inde. Sa candidature est d’autant plus sérieuse qu’il connaît parfaitement le FMI. Il est premier directeur du bureau indépendant d'évaluation de l’institution.
Tharman Shanmugaratnam (Singapour) : C’est le candidat des fameux tigres asiatiques (pays émergent du sud-est asiatique). Il est l’actuel ministre des Finances de Singapour et surtout il est la tête du très influent Comité monétaire et financier international, l’organe de direction politique du FMI. En outre, Tharman Shanmugaratnam aurait le soutien de la Chine qui ne présenterait pas de candidat si ce ressortissant de Singapour était le favori dans la course à la succession de DSK.
Christine Lagarde (France) : Une Française après un Français ? L’actuel ministre de l’Économie du gouvernement Sarkozy jouit d’une très bonne réputation dans les milieux financiers. Alors qu’elle est fragilisée en France pour son rôle dans l’affaire Tapie, un exil à Washington pourrait être tentant. La rumeur se nourrit du silence de Christine Lagarde à ce sujet. Reste qu’après la chute de DSK, une autre candidature française a peu de chance de récolter des soutiens internationaux.